3 juillet 2010

Bon ben si c’est ça on va le lire en anglais hin

J’étais bien partie pour lire un livre en français pour une fois (2 en si peu de temps, ça relevait de l’exploit) mais là ça ne va pas être possible. Le livre en question est « Carbone modifié » de Richard Morgan, que je lis dans le cadre du club de lecture Vampires et Sorcières (enfin en parallèle, j’accompagne juste ce mois-ci). Au bout de 30 pages, je suis déjà en train de m’arracher les cheveux. L’utilisation du passé composé au lieu du passé simple me met en pause toutes les 10 lignes. Du coup pour savoir si c’est moi qui lit trop en anglais et ai perdu l’habitude ou la traduction, j’ai jeté un œil à la version originale.

My lift turned out to be a battered but undeniably rakish-looking Lockheed-Mitoma transport decked out in what were presumably police colours. I’d flown Lock-Mits on Sharya, but they’d been a dull radar-reflective black all over. The red and white stripes on this one looked garish by comparison. A pilot in sunglasses to match the rest of Ortega’s little gang sat motionless in the cockpit.
The hatch into the belly of the cruiser was already hinged up. Ortega banged on the hatch coaming as we climbed aboard and the turbines awoke with a whispery sound.

En français ça donne ça.

Mon regard a été attiré par un transport Lockheed-Mitoma cabossé, peint aux couleurs de la police. J’avais piloté des Lock-Mit sur Sharya, mais ils étaient noirs, mats et antiradar. Les rayures rouges et blanches de celui-ci lui donnaient un petit air de clown. Un pilote arborant les mêmes lunettes que le reste de la bande d’Ortega attendait, immobile, dans le poste de pilotage.
L’écoutille commençait à s’ouvrir. Ortega a tapé sur la carlingue quand nous sommes montés dans l’appareil et les turbines se sont animées dans un murmure.

Moi j’y vois plutôt ça, même si je ne suis certainement pas traductrice, ça montre qu’il y a un soucis quelque part dans les détails.

Mon transport se révéla être un Lockheed-Mitona cabossé mais indiscutablement fringant arborant ce qui devait être les couleurs de la police. J’avais piloté des Lock-Mits sur Sharya, mais ils étaient recouverts du noir anti-radar terne. Les rayures rouges et noires de celui-ci étaient tape-à-l’oeil en comparaison. Un pilote portant des lunettes de soleil similaires au reste de la bande d’Ortega était assis immobile dans le cockpit.
L’écoutille sur le ventre du croiseur était déjà ouverte. Ortega tapa sur le montant de l’écoutille alors que nous montions à bord et les turbines se mirent en marche dans un murmure.

« Decked out » porte plus de sens que « peint ». Il y a une notion de « finesse » qui est passée à la trappe.
« Garish » et « clown », j’avoue que je ne vois pas comment c’est arrivé.
Pour « rakish-looking », le terme français me manque. Il s’agit a priori d’un terme maritime sous-entendant qu’un vaisseau est élégant et rapide d’où mon fringant.

Rien qu’à la ligne suivante, il y a encore un bout de phrase qui disparait magiquement entre la vo et la vf.
C’est le genre de petites choses qui me découragent de lire les traductions quand je peux lire en anglais. Bref, je ne sais vraiment pas ce qui m’est passé par la tête en me disant que j’allais pour une fois lire un Milady. Altered Carbon me voilà.

6 décembre 2009

Pourquoi Twilight n’est pas de la bit-lit ?

La bit-lit : kesako ?
La définition sur laquelle je renvoie le plus souvent quand la question se pose c’est l’article que Milady avait fait sur le sujet sur son blog.

« La bit-lit ou paranormal romance est un sous-genre de l’urban Fantasy. Ces romans ont pour cadre le monde contemporain. Il s’agit du monde que nous connaissons à quelques différences près : les créatures magiques sont réelles, la magie existe et elle est effective. Les loups-garous, les vampires, les démons, les fées, les sorcières, bref, toutes ces créatures se côtoient.
Neverwhere de Neil Gaiman est un bon exemple de roman d’urban Fantasy, tout comme les séries Nightside de Simon Green ou Les Dossiers Dresden de Jim Butcher.

Le terme de « bit-lit » mérite une explication : « bit » est le prétérit de « bite », « mordre » en anglais. Cette appellation fait référence à un autre genre littéraire : la « chick-lit », littéralement, « littérature pour filles ». Donc, pour simplifier, la bit-lit serait de la littérature pour filles avec des trucs qui mordent comme les vampires. Mais en fait, les hommes aussi apprécient ce genre. Il s’agit donc de romans mettant en scène des héroïnes combattant des démons ou autres créatures… à moins qu’elles-mêmes soient les démons. Elles ont des préoccupations qui relèvent de la vie quotidienne, mais elles ont aussi des préoccupations d’un tout autre ordre : magie, exorcisme, vampires, loups-garous… fin du monde.

Et c’est le contraste entre leurs deux vies qui fait tout le piment de ces romans. Car on s’aperçoit qu’il est parfois plus facile pour ces héroïne de sauver le monde que de gérer une rupture. Un autre monde existe, mystérieux, mais, paradoxalement il est moins effrayant que la réalité, même s’il est plus sauvage. Et peut-être est-ce justement pour ça qu’il est moins effrayant. Les règles y sont plus simples, les codes tribaux très marqués, comme à la période de l’adolescence.

Ces genres abordent justement des thématiques propres à l’enfance et à l’adolescence, des périodes de la vie où le réel est plus intimidant. Et c’est d’ailleurs aussi toute la thématique de la série Buffy contre les vampires. Buffy c’est de la bit-lit : une héroïne forte qui combat les vampires et autres démons, mais dont les préoccupations principales sont le bal de promo, les mecs, la fac, grandir, devenir adulte, etc.

Vous l’aurez compris la référence à la chick-lit n’est pas anodine, la romance est très présente. Ces romans mêlent intrigues sentimentales, parfois sexuelles, à l’enquête et au paranormal tout en jouant sur l’aspect addictif de la série : on a hâte de lire le prochain épisode et de suivre le fil rouge d’une aventure à l’autre. Et c’est ce qui fait leur succès. C’est un genre en pleine expansion en Grande-Bretagne et surtout aux États-Unis. Ces romans sont désormais en têtes des listes de meilleures ventes de Fantasy. En France, les premiers frémissements se font sentir.»

J’avoue avoir bêtement fait suivre le lien et n’avoir jamais vraiment relu la chose avant aujourd’hui. L’article date du 20 octobre 2008 et entre temps j’en ai bouffé des livres. Maintenant je me rends compte à quel point leur définition est complétement bancale et je m’excuse par avance auprès d’Isabelle V. mais je vais décortiquer son article.

Tout d’abord, le plus drôle avec ce terme « bit-lit » c’est que sa consonance anglophone fait penser qu’il est importé…alors qu’il n’existe absolument pas en anglais (où alors ils l’ont bien caché). D’ailleurs, il y a un certain nombre de personnes outre-Atlantique qui se demandent d’où il sort et en retraçant la source on retombe sur les français. C’est magique. Le mot a été importé au passage en Australie par une française en stage chez Black Dog Books. Ça leur a tellement plu qu’ils l’ont blogué. Mais visiblement pas adopté.

A couple of months ago our French intern, Audrey, was giving us a presentation on the ins and outs of French publishing and mentioned the term “Bit Lit” in reference to the recent rash of vampire novels that are around at the moment. She read it in a French newspaper article and we loved it!

La même Audrey est citée dans une interview de Kristen Young, éditrice chez Black Dog Books datée du 13 mai 2009
Il suffit de faire une recherche en anglais sur google pour se rendre compte que le mot est tellement peu usité en anglais, qu’il renvoie plus sur des sites parlant de traduction de la bible ou de conception d’appli pour mobile.

Donc les Français ont visiblement inventé le terme… de là à déduire que ça vient direct des bureaux de Milady, il n’y a qu’un pas que je ne vais pas franchir pour l’instant. (Après recherche, le terme a bel et bien été déposé à l’INPI par Bragelonne). Mais revenons à la définition qui prend vite un coup dans l’aile. On se base donc sur la « chick-lit » (la romance légère) et on en fait de la « bit-lit » en y rajoutant des trucs qui mordent (très bien trouvé d’ailleurs, en passant) mais en contradiction totale avec la première phrase. La bit-lit serait de la romance paranormale, un sous-genre l’Urban Fantasy. Faux. La romance paranormale est un sous-genre de la romance, il s’agit de livres s’axant principalement sur la romance avec un soupçon de fantasy (on peut y retrouver les mêmes acteurs que dans l’Urban Fantasy justement, d’où la confusion) mais le but premier est de raconter une belle et grande histoire d’amour. Comme auteurs de romances paranormales, je peux citer Nora Roberts, Christine Feehan par exemple et ça sera la matière première de choix de la nouvelle collection Harlequin. L’Urban Fantasy quant à elle est un sous-genre de la fantasy. Elle inclut à son tour la fantasy contemporaine et la fantasy paranormale. L’histoire place généralement des êtres magiques ou surnaturels dans un environnement urbain, la plupart du temps contemporain mais pas obligatoirement. Peu importe que le héros soit un homme ou une femme. Peu importe qu’il y ait un soupçon de romance dans l’air ou pas. C’est là qu’on classe Laurell K. Hamilton, Charlaine Harris, Patricia Briggs, Kim Harrison mais aussi Jim Butcher, Charles de Lint.
Donc si la bit-lit est de la romance paranormale comme dit en intro et que par définition la romance paranormale n’est pas de la fantasy urbaine alors le rayon bit-lit est au final bien vide.

Le deuxième paragraphe essaye de se rattraper aux branches en disant que parce que les hommes sont fans aussi, alors il faut revoir un peu la définition et là on a tout de suite quelque chose de plus concret pour le terme bit-lit qui colle à 100% à la collection de Milady. Mais ça reste une définition maison pour sous-catégoriser l’Urban Fantasy.

Il s’agit donc de romans mettant en scène des héroïnes combattant des démons ou autres créatures… à moins qu’elles-mêmes soient les démons. Elles ont des préoccupations qui relèvent de la vie quotidienne, mais elles ont aussi des préoccupations d’un tout autre ordre : magie, exorcisme, vampires, loups-garous… fin du monde.

Pas mal en effet. Dommage que le dernier paragraphe remettent les pieds dans le plat, re-parallèle avec la chick-lit donc sous-entendu que la composante romance est plus forte que le paranormal donc qu’il s’agit de romance paranormale et pas d’urban fantasy. A nouveau le catalogue se retrouve vidé de ses auteurs. Par contre, ce que je ne contredis pas c’est le « Ces romans mêlent intrigues sentimentales, parfois sexuelles, à l’enquête et au paranormal tout en jouant sur l’aspect addictif de la série ». Parfois sexuelles me parait même bien en dessous de la réalité quand on voit les titres de la collection, surtout les ajouts récents comme les Morgane Kingsley et Pleine Lune. Et sans parler de ce que nous réserve la petite Anita dans les tomes à venir. Toujours sexuelles voire très imagées conviendrait beaucoup plus (puis c’est plus vendeur) :D

Ailleurs sur le site de Milady, on trouve cette définition-là, sans doute plus récente et qui finalement rectifie le tir.

La bit-lit est un sous-genre de la Fantasy Urbaine. Ces romans ont pour cadre le monde contemporain… à quelques différences près : les créatures magiques sont réelles, la magie existe et elle est effective. Les loups-garous, les vampires, les démons, les fées, les sorcières, bref, toutes ces créatures se côtoient, au milieu de nous, humains.
Le terme de bit-lit mérite une explication : « bit » est le prétérit de « bite », mordre en anglais (Vampires, loups-garous, on est vite accros… euh, à crocs). Cette appellation fait ensuite référence à un autre genre littéraire : la « chick-lit », littéralement, « littérature pour filles ».
Pourquoi ? Parce qu’il s’agit de romans mettant en scène des héroïnes combattant des monstres avec en plus des préoccupations qui relèvent de la vie quotidienne.
Et c’est d’ailleurs la thématique de la série Buffy contre les vampires, par exemple. Les romans Buffy c’est de la bit-lit : une héroïne forte qui combat les vampires et autres démons, mais dont les préoccupations principales sont le bal de promo, les mecs, la fac, grandir, devenir adulte, etc. Pareil pour les ouvrages de Stephenie Meyer : de la bit-lit !

J’avoue que cette insistance à vouloir inclure Buffy dans la bit-lit me laisse perplexe. Une partie des livres s’adresse en effet à un public adulte mais ça n’est pas le cas de tous les livres Buffy justement et on ne peut pas mettre la littérature pour ado et la bit-lit dans le même panier. J’y reviens juste après cette vidéo de la RTBF qui a fait le tour des sites spécialisés.

Pourquoi Twilight n’est pas de la bit-lit ?

Il ne faut pas attendre 30 secondes pour entendre l’énormité du moment qui me fait grincer des dents. Dès que je dis que je lis des histoires de vampires, en plus de me prendre pour une goth, tout de suite on me parle de Twilight… sauf que Twilight est à mille lieux de ce que je lis justement ie de l’Urban fantasy ou de la bit-lit pour rejoindre Milady même si je dois avoir 3 livres à tout casser issus de leur collection. Dès qu’un média parle de bit-lit (France Info en a rajouté une couche aussi), on en revient toujours à Twilight -Oh grand précurseur du genre-. Le hic c’est que dans Twilight, on ne peut pas dire que ça couche beaucoup, et encore quand ça arrive dans le tome 4, des hordes de fans généralement adultes se sont mises à hurler parce qu’on ne voyait rien justement. Il y a une bonne raison à cela, Twilight c’est pour ado et malgré tout le mal que je pense de Stephenie et de son œuvre, je ne peux que la remercier de préserver un peu l’innocence des jeunes têtes blondes. C’est d’ailleurs le cas de beaucoup d’autres livres « pour ado » (dit young-adult en anglais, ils ont leur catégorie à eux). Ces ouvrages ont pour héros/héroïne un(e) ado et s’axent effectivement plus sur les problèmes de l’adolescence, du passage à l’âge adulte avec des histoires d’amour plus en phase avec les attentes du cœur de cible. Tout ça avec ou sans la touche de fantasy qui va bien mais ça n’est pas parce qu’il y a un vampire, qu’il y a coucherie débridée à l’infirmerie du collège. A côté de Meyer, on peut citer Meg Cabot, Melissa de la Cruz, P.C. Cast, L.J. Smith etc. Des lectures saines sans rapport avec ce à quoi les adultes ont droit (mais ça ça nous regarde).

Le problème avec cette manie des medias, les libraires peu professionnels (<-- suivez moi ce lien, vous ne regarderez plus les vendeurs de la FNAC comme avant) et Milady aussi pour le coup à tout mettre dans le même panier, c'est qu'on finit par orienter des jeunes et innocentes jeunes filles vers des livres qui ne sont pas de leur âge. Vous avez lu le coup de gueule sur Onirik, vous savez maintenant que certains n'hésitent pas à recommander un livre plein de SM à des gamines de 13 ans qui devraient plutôt être en train de lire Harry Potter. Et il n’y a pas que le sexe parfois très cru qui peut être choquant dans la bit-lit, il y a la violence et le gore (la scène de la maternité dans Papillon d’Obsidienne, elle était pas mal dans le genre non ?). Donc non dire que Twilight est de la bit-lit n’est pas une bonne idée même si c’est sans doute très vendeur. C’est limite dangereux parce que tous les publics ne sont pas prêt à lire les descriptions très détaillées des parties de jambes en l’air à 5 ou 6 d’Anita Blake. Je passerais presque pour une vieille puritaine américaine en disant ça mais j’estime avoir l’âge de lire tout ça alors qu’à 13-14 ans, on a encore le cerveau en pleine formation et pas forcément le recul nécessaire. De là ma question : qu’est-ce que Milady et les autres qui surfent sur la même vague attendent pour rajouter une mention « pour public averti » sur leurs livres histoire de prévenir ado et parents ? Et surtout quand est-ce qu’on va arrêter de nous dire que Twilight est de la bit-lit ? Curieusement, il n’y a pour l’instant aucun titre pour ado dans la collection Bit-Lit de Milady.

PS : Un bon site qui range très bien les choses et où je pêche beaucoup d’idées lecture : lovevampires.com
PPS : à compléter par ce post plus récent.