30 juin 2010

Avis : Le Baiser du démon de Lilith Saintcrow (Danny Valentine 1)

4ème de couverture : Elle est nécromante.
Elle a un tempérament de feu, la répartie cinglante et un corps de rêve.

Elle s’appelle Dante Valentine – Danny pour les amis. Le démon qui frappe un jour à sa porte, envoyé par Lucifer en personne, n’est pas un ami : Danny déteste les créatures des Enfers. Et pour couronner le tout, voilà que le Diable lui propose un contrat : sa vie, en échange de l’élimination d’un renégat. Une offre impossible à refuser… et impossible à honorer non plus : la dernière fois que Danny a rencontré l’invincible Santino, elle a failli mourir. Alors à moins d’un miracle, elle risque d’y passer, c’est sûr, et ce n’est pas l’aide de ce fichu démon qui pourra arranger les choses !

 

Avis : Voilà un livre qui fait énormément de bien. A première vue, il s’agit d’un énième livre d’Urban Fantasy. Une héroïne avec du tempérament, intelligente, débrouillarde, autonome et qui possède un pouvoir magique va se retrouver dans une mouise pas possible quand un méchant va venir perturber sa vie ; elle sera bien sûr aidée dans son aventure par un acolyte à visée romantique. Jusque là tout va bien. Sauf que non en fait. Lilith Saintcrow a eu la délicieuse idée de ne pas situer son histoire dans notre quotidien mais dans un monde proche mais différent qui n’est même pas défini comme étant notre futur ou tout simplement un autre univers. Quoiqu’il en soit, on entre dans le monde de la SF auquel se mêle de la fantasy grâce à la présence de démons, chamans, nécromants et autres bestioles fantastiques. Un mélange auquel on n’a pas forcément l’habitude et c’est justement ça qui fait du bien. Grand coup de balai sur les traditions chrétiennes. Depuis le grand Éveil, les codes de la foi ont changé et celle de notre héroïne repose sur le dieu Anubis (rien de plus normal pour une nécromante cela dit). Adieu les « oh mon Dieu » et « doux Jésus », place aux exclamations en égyptien. Les vampires ne portent même plus le nom de vampires mais de nichtven. Enfin, les vampires ça sera pour la suite, là on touche surtout aux démons avec le Diable (pardon le « Prince ») en tête et quand le Diable vous propose un contrat, il vaut mieux lire les petits lignes, c’est plus sûr.

Dante (un nom prédestiné) Valentine n’est pas ce qu’il se fait de plus original en matière d’héroïne même si elle porte sur le visage la nature de ses pouvoirs et que le rendu a l’air d’être plus un handicap qu’un embellissement. Elle est même assez clichée, coincée entre efficacités à toute épreuve et démons intérieurs qui la torturent mentalement même dans son sommeil. Elle aurait gagné à être encore plus sombre. C’est cruel à dire vu son passé mais un peu plus de Sven (Les aux’) dans le sang aurait vraiment été original pour le coup. Ça transpire un peu par moment mais ça n’est pas encore ça (comprendre : elle pleure encore beaucoup trop). Là, elle reste attachante parce que bien construite mais pas extraordinaire. De même, Japhrimel (« notre jeune premier ») peine à devenir vraiment sympathique, sans doute parce qu’il renferme encore trop de secrets mais que l’aspect mystérieux n’est même pas vraiment exploité pour lui donner de la profondeur. Il est juste l’ombre au-dessus de l’épaule de Danny qui lui répète sans cesse qu’il fera tout pour lui sauver la vie. Du coup, certains élans dramatiques peinent à faire mouche. Les quelques personnages secondaires s’en sortent limite mieux comme la copine Gabe et l’ex Jace. Ce qui sauve vraiment ce livre et le rend très plaisant c’est surtout l’ambiance SF/Dark Fantasy avec tout un vocabulaire inventé pour l’occasion, ses véhicules volants, ses gadgets futuristes et ses codes nouveaux avec lesquels il faut se familiariser. Même le fait d’être en mesure de visiter l’enfer pour y rencontrer le Diable a un côté distrayant. La cerise sur le gâteau, c’est que l’histoire est vraiment prenante et pleines de bonnes surprises scénaristiques. C’est le genre de livre qu’il devient difficile de lâcher une fois lues les 50 premières pages. On pourra lui reprocher très facilement quelques longueurs qui vont de paire avec le fait qu’il s’agit du tome d’introduction et une certaine tendance à la répétition mais au final les pages se tournent toutes seules quand on adhère à ce nouvel univers.
Le prochain tome étant prévu pour janvier 2011 et même si la traduction m’a paru particulièrement respectueuse, il est fort peu probable que j’attende jusque-là, surtout que la série ne fait que 5 tomes. A suivre.

29 avril 2010

Avis : Ardeur – 14 writers on the Anita Blake, vampire hunter series ~ Part 2

Première partie ici.

Bon Rapports de Marella Sands
Grâce à une amie de son groupe d’écriture, on arrive enfin à la partie chaude promise par le titre du recueil, avec l’évocation d’un souvenir commun où Laurell avait juré qu’il n’y aurait jamais de sexe décrit dans ses livres. Oh fan ! Esclaffe-toi un bon coup !
C’est aussi l’occasion de revenir sur la faiblesse du vocabulaire anglais quand il s’agit de décrire l’acte en question. Sands s’amuse (et nous amuse énormément) en remontant un peu dans l’histoire de la métaphore en invoquant Polidori et Bram Stoker puis en s’essayant à faire le tour du vocabulaire existant mais souvent bien peu sexy. Tout ça pour conclure que Laurell sait jouer avec les mots pour rendre les scènes aussi bien fascinantes que terriblement érotiques. Chose que l’on savait déjà ;)

Mom! There’s Something Dead Sucking on My Neck! de Cathy Clamp
Où il est question de l’humour dans Anita et de mauvaise haleine, le tout raconté avec pas mal d’humour mais aussi une facheuse tendance à s’éloigner du sujet d’origine. Les grandes considérations sur l’alimentation et l’esthétique chez les vampires ne sont pas vraiment raccord et c’est bien dommage. Ça aurait pu être un essai très drôle mais au final il s’effondre assez rapidement. L’auteur ne sachant pas vraiment où elle va dans son raisonnement et avançant de fil en aiguille vers un but indéfini.

Open mouth, bare fangs. Geez, now she’s wrinkling her nose and pulling away! I knew I should have stolen the Certs out of that last guy’s pocket. Ignore your nose. It’s just the scent of your own desire.

The Other Side of the Street de Alasdair Stuart
Adieu sexe et humour, ici il est question de l’horreur et de toutes les monstruosités sorties de l’esprit de LKH ou plutôt comment la réalité s’invite dans son univers et comment Anita s’y retrouve confrontée, les sensations étant exacerbées parce que, nous dit-on, Anita est une femme. Ce qui est plaisant c’est que cet essai transpire le vrai fan, celui qui a su s’attacher aux détails pour avoir une lecture assez différente des autres. Il décrit comment et pourquoi Anita finit par percevoir le monde en gris, comment elle fait pour naviguer entre monde « normal » et surnaturel où les monstres ne sont justement pas les monstres et où le monstre qui donne le plus la chair de poule est un homme (Olaf en l’occurrence). En plus de cela, il nous gratifie au passage d’une jolie description de Jean-Claude :

He’s a curious figure, one part Machiavellian politician and one part tragic antihero, and it’s only as the novels go on that we begin to learn why he is the way he is.

L’un des meilleurs essais du livre, sans aucun doute.

The Domestication of a Vampire Executioner de Natasha Fondren
S’il y a bien une chose qui est sûre, c’est qu’Anita n’est pas une femme comme les autres et même si elle en rêve au début, elle tire assez rapidement une croix sur la jolie barrière blanche, le chien et le mari normal. Pourtant comme son titre l’indique, cet essai est sur la vie domestique d’Anita et comment elle y arrive, car oui elle finit par en avoir une même si elle n’est pas celle à laquelle elle aspirait au départ ; qu’elle en soit consciente ou pas. Des mots même de Laurell dans l’introduction, c’est l’aspect qu’elle n’avait pas du tout prémédité et qui pourtant, une fois exposé comme ça, lui parait évidente et révélatrice sur son héroïne et surtout sur elle-même. N’est ce pas ironique que l’être le plus faible et le plus soumis de tout soit souvent celui qui la sauve de situations bien délicates ? Voir la liste de ces moments énumérés rend la chose très évidente aussi en effet.

Ardeur’s Purpose de Devon Ellington
Au moins avec un titre d’essai aussi clair, on sait tout de suite de quoi ça va parler. Un sujet longtemps rebattu depuis la sortie de Narcissus in Chains, pourtant l’auteur arrive à faire une synthèse très juste de ce que ça a apporté ou enlevé à Anita.

Guilty Pleasures ends with the words: “I know who and what I am. I am the Executioner, and I don’t date vampires. I kill them.” Yet by the ffteenth book, The Harlequin, Anita’s become someone who’ll say: “I’ll compromise; I’ll bend” to make someone she loves happy, in spite of her fear that, in bending, she just might break.

Ça a même le mérite de mettre en avant des subtilités comme le fait que, malgré tout, Anita serait probablement bien malheureuse si elle était privée ce pouvoir du jour au lendemain.

“I’d learned that the ardeur could be about friend-ship and not just romance. . . . It was about that feeling of belonging, of being home.”

La réflexion sur les raisons qui poussent Anita à évoluer au fil de l’histoire ne s’arrête pas là et inclut ses relations avec les autres personnages et comment ils finissent pas l’influencer et la faire changer et c’est très bien vu. En passant, ça n’est pas non plus tous les jours qu’on lit quelqu’un dire autant de bien de « Micah ».

Trying the System de Melissa L. Tatum
Premier essai à ne pas être écrit pas un auteur mais par une juriste qui s’intéresse forcement au système judiciaire en place dans les Anita tout en le comparant à ce qui existe en vrai à l’heure actuelle. Ou comment les vampires (et autres créatures fantastiques des Anita même si ça n’est pas clairement abordé) n’ont absolument pas droit au même traitement que le commun des mortels. Preuves à l’appui. Saisissant.

“The law isn’t about justice . . . it’s about the law.”

Et il faut voir ce qu’elle dit la loi quand il s’agit des vampires…

Are the Fangs Real? de Mikhail Lyubansky, Ph.D.
Voilà venir l’éternelle analogie entre les vampires et les minorités raciales. A la manière de Lamplighter, Lyubansky semble avoir du mal à se restreindre au sujet imposé et part tout de suite dans une historique de l’analogie en remontant à Dracula et en passant par « I Am Legend » pour finalement en arriver à Anita. Une approche et une interprétation un peu réductive qui en laissera sans doute plus d’un très septique par moment dans le cas précis de la série. Certaines comparaisons sont en effet justifiées mais d’autres… n’ont jamais effleuré l’esprit de LKH au moment de l’écriture, comme elle le souligne elle-même dans l’introduction.

Death Becomes Her de Sharon Ashwood
Laurell qui parle de son enfance au côté de sa grand-mère morbide, on en avait eu vent sur son blog mais jamais autant en détails et surtout abordée avec une certaine lucidité sur la façon dont cela a influencé les premières heures d’Anita. Cette anecdote servant à introduire le chapitre sur la nécromancie de l’héroïne et qui décortique la relation qu’Anita entretient avec la/les mort(s) depuis sa plus tendre enfance et comment cela a formé l’éthique de l’Anita du début puis a évolué par la suite. Ceci expliquant pourquoi Richard n’avait aucune chance face à Jean-Claude :D

« I felt his stillness, a depth of quiet that nothing living could touch, like a still pool of water hidden away in the dark. In one crystalline moment, I realized that, for me, this was part of the attraction: I wanted to plunge my hands into his stillness, into that quiet place of death. I wanted to embrace it, confront it, conquer it. I wanted to fll him up with a burning wash of life, and I knew in that moment that I could do it, but only at the price of drinking in some of that still, dark water. (The Killing Dance)« 

Le petit clin d’œil à Edward (La Mort) est cocasse il faut avouer. Sans parler de ce passage sur Belle-Morte, la némésis par définition.

Is Anita a potential mini-Morte?

Death’s Got Your Back de Vera Nazarian
Encore un essai sur les relations qu’Anita entretient avec son entourage mais cette fois ce sont Edward, Olaf et les ennemies parfois alliées, Belle-Morte et Marmée Noir qui servent à la définir. Un rapprochement qu’on ne fait pas forcément mais qui, présenté comme ça, est effectivement assez saisissant. L’analogie avec les cartes de tarot aussi même si c’est un peu plus tiré par les cheveux. Sur le début, ça a tendance à répéter un peu ce qui a été dit par avant (normal quand on est le 13ème essai), il en ressort néanmoins encore quelques belles formulations comme la suivante, qui recoupe ce qu’il se disait dans l’essai précédent d’ailleurs :

Edward is the personifcation of Anita’s control. And yet, he’s Death. And death’s this necromancer girl’s best friend.

Showing the Scars de Jacob Clifton
Où il est question des règles qui gèrent les choses. Qu’il s’agisse de celles avec lesquelles LKH a construit sa vie depuis sa plus tendre enfance sans forcement ce conformer à ce que la société attendait d’elle mais celles lui permettant de trouver sa voie et son équilibre. Ou qu’il s’agisse de celles qu’elle a réinventées pour faire des Anita Blake une œuvre novatrice à ses débuts et toujours au top de nos jours ; en partie en brouillant les pistes et en dotant l’héroïne de pouvoirs qui sont généralement l’apanage des monstres dans la littérature classique. Mais aussi en revisitant ses relations parfois très complexes avec les hommes qui l’entourent.

In the last three generations alone we have experienced extreme gender oppression and extreme sexual freedom, resulting in a great deal of confusion and pain. I believe the vampire/animal/woman triumvirate in current fction is an expression of our collective attempts to resolve these contradictions.

Note en passant : le premier Anita que Clifton a lu est « Danse Macabre« . Le pauvre ! Il a du en tomber de sa chaise. On comprend mieux pourquoi il assimile tout le sexe des livres avec une tentative de reproduction de la vie sexuelle des bêtes sur papier (s’appuyant sur les études de biologie de LKH pour étayer).

 

Contrairement à ce que le titre pouvait laisser imaginer, il ne s’agit pas d’un recueil uniquement sur l’ardeur et le sexe dans les Anita. Heureusement d’ailleurs. Au contraire chaque auteur s’est intéressé à un aspect bien spécifique de ce qui a fait et rend les Anita si unique dans le monde de l’Urban Fantasy et du thriller paranormal. La plupart d’entre eux apportent un regard nouveau sur la série qui éclairent à la fois le lecteur qui pourrait s’être simplement laissé porter par les histoires sans aller chercher plus loin mais éclairent aussi Laurell elle-même sur ce que son subconscient laisse transparaître sur le papier. A de rares exceptions, tous ont visiblement bien fait leur travail, voire même sont fans et ça se sent -et surtout ça aide pour mettent dans le mille. Bien-sûr certaines affirmations sont discutables et sont d’ailleurs discutées par LKH elle-même dans les introductions de chaque essai, et on comprend mieux la nécessité de son implication dans le projet. Outre les anecdotes sur sa vie dont les fans sont toujours friands, elle laisse parfaitement transparaitre si oui ou non elle est d’accord avec ce que dit l’essayiste. Ce genre de livre est rare parce que Laurell K Hamilton est comme son héroïne, elle aime tout contrôler. Qu’elle ait autorisé celui-là est une bonne chose pour ceux qui souhaitent élargir leur perception de la série Anita Blake. A lire donc… si vous êtes anglophones.

Lire en VO

27 avril 2010

Avis : Ardeur – 14 writers on the Anita Blake, vampire hunter series ~ Part 1

Ce qu’il y a d’intéressant avec ce livre ce sont les petits changements qui ont été fait entre le moment où le projet a été rendu public et le moment où le livre est finalement sorti. Voilà un peu l’historique de la chose. 16 avril 2009, soit il y a un an, une certaine Némésis trouve une référence à ce livre sur Amazon.co.uk. La sortie initiale était prévue pour décembre 2009. Le forum US de l’auteur n’était pas très enclin à dire de quoi ça allait parler et le « unauthorized » de la couverture laissait à penser qu’il y avait largement un lien de cause à effet entre les deux. Tout ce qui avait filtré était le descriptif sur le site de l’éditeur US qui suggérait un recueil d’essais sur les Anita Blake. En octobre 2009, la date de sortie est repoussée à avril 2010. Début décembre, Laurell elle-même fait une allusion au livre via Twitter.

Back from lunch. Almost done with intros to the essay collection, Ardeur. Yes is a collection of essays by others exploring my Anita Blake.

Suivi d’un article sur son blog.
C’est là qu’on devine aisément que l’auteur n’allait pas laisser quelqu’un d’autre parler de son bébé sans son accord et qu’elle s’est invitée dans le comité de rédaction. Au final, le livre est sorti le 6 avril, avec un mot d’introduction de Laurell au début de chaque essai.
Même au niveau de la couverture, il y a de petites modifications subtiles.

Ardeur couverture 1 Ardeur couverture 2

Mais passons au vif du sujet.

Giving the Devil Her Due de Nick Mamatas
Le mot d’introduction de Laurell revient sur la fameuse séance de dédicaces tenue en 2000 au Nebula Awards dont il est fait référence dans l’essai. Il faut avouer que lire cette phrase n’est pas sans rappeler la séance de dédicaces du Salon du livre 2010.

When time came for the official book signing, Barnes & Noble had to give me a table and a chair of my own to one side, sort of segregated from the other authors, because my line was as big as everyone else’s combined

Mamatas était donc à cet événement et se souvient très bien de l’accueil réservé à Laurell à cette occasion, ce qui lui permet de revenir sur ce qui selon lui a fait le succès de l’auteur, ce depuis Guilty Pleasures, le tout premier Anita.

The Anita Blake series earned its popularity by doing something very little fantasy and horror did in the 1990s: it took women seriously.

Il en profite pour écorcher un peu le marché de l’édition aux USA qui a l’époque était d’une telle rigidité qu’il ne discernait pas les perles au milieu du rayon « littérature de gare ». Cas des Anita du début jusqu’à Papillon d’Obsidienne (voir interview de l’éditrice ici).

Il y dit également des petites choses intéressantes au détour d’une phrase : comment l’expérience d’Anita face à ce serviteur humain qui l’a marquée avec la croix chauffée à blanc peut être assimilée à celle d’un viol ou encore comment Laurell a l’art de vraiment définir son genre en s’intéressant plus aux petits soucis du quotidien (courir avec des collants, ça n’est pas pratique du tout) qu’au fait qu’il y a des zombies dans la rue.
Cette première analyse est à la fois très bien vue et montre une admiration certaine de Mamatas vis-à-vis du chemin parcouru par Laurell et comment elle a su effectivement créer un sous-genre nouveau pour l’époque et une œuvre reposant sur des bases tellement solides qu’elle perdure aujourd’hui encore.

The fangs on her neck would have been a recurring theme through-out the novel, indeed perhaps even throughout the series, as the au-thor reveled in the rape survivor–like vulnerability of the “heroine.”

Girls Gone Wild de Heather Swain
LKH revient sur sa vision de l’amour du début quand elle était fraiche et innocente et comment celle-ci a évolué au fils des années et comment cela a influencé la sexualité d’Anita dans les livres. A lire en complément l’un des posts de son blog justement sur ce même sujet.

Que serait Anita sans sexe ? Heather Swain se propose d’analyser comment une jeune femme bien sous tout rapport, chrétienne et pleine de bons principes moraux s’est transformée au fil des livres en mangeuse d’homme à la vie sexuelle débridée. Pourquoi chez certaines (Bertha et Britney) c’est un signe incontestable de déchéance et pourquoi Anita, elle, en ressort au contraire grandie. Swain part dans une comparaison très drôle entre Anita et l’univers de Jane Eyre ou comment, si Anita était apparu dans le livre, elle n’aurait pas cru une seule des belles promesses de Rochester et lui aurait filé une raclée par le même occasion. La comparaison se faisant surtout avec le personnage de Bertha, la première femme que l’on enferme dans le grenier pour cacher sa non-conformité par rapport aux « standards » de l’époque.

Seems there’s no room in Victorian England for a woman who gets mad and likes to fuck. Anita wouldn’t have stood a chance back then. They’d have locked her up and called her crazy.

Et Swain de constater qu’avec les Anita, la vision de la société face à une femme qui assume sa sexualité n’a pas forcément changé mais qu’Anita, et derrière elle Laurell elle-même, ont changé et ont décidé qu’il n’y avait pas qu’une seule règle du jeu pour vivre dans ce monde. Faisant assez justement écho au féminisme de Charlotte Brontë quelques 150 ans plus tard.

Hamilton wrote new rules for the female protagonist. She could be tough, she could be sexy, she could even be bitchy.
She could do whatever she needed to protect herself and make herself happy.

Ambiguous Anita de Lilith Saintcrow
Introduction sur ce qui définit une femme dans notre société, ce que l’on attend d’elle et de ce que sont les relations entre les femmes. Des sujets que Laurell avoue ne pas forcément maitriser, ne basant par ses relations avec les autres sur le genre de chacun mais sur d’autres critères à ses yeux plus importants.
Qui de mieux pour parler de ce qui fait d’Anita un personnage si unique dans l’histoire de l’urban fantasy qu’une autre reine de l’urban fantasy : Lilith Saintcrow, qui trouve le moyen de ramener Buffy sur le devant de la scène. La comparaison est d’ailleurs assez judicieuse. C’est intéressant de voir quelqu’un mettre le doigt précisément sur ce qui est « hors-norme » chez Anita (hors ardeur), sa violence et sa facilité à tuer, sa relation avec le bien et le mal, son côté sombre, le type d’arme qu’elle possède alors qu’elle est une femme. Ce qui rend le personnage ambigu. Tout du moins jusqu’au tome 6 où Saintcrow trouve que l’ambiguïté disparait à partir du moment où la relation Jean-Claude/Anita redevient une relation standard et rassurante : petit/petite ami(e). L’analyse des personnages de Ronnie, Raina et Edward est saisissante et explique effectivement bien l’existence et l’évolution de ces personnages et/ou de leurs relations avec Anita. Il est simplement dommage que Saintcrow semble ne s’intéresser qu’au 6 premiers tomes et ne donne pas l’once d’un avis sur la suite qu’elle a tendance à fortement dénigrer même si elle s’en défend.

Dating the Monsters de L. Jagi Lamplighter
Visiblement quelqu’un a dit quelque chose de travers puisque Laurell se défend bec et ongles d’écrire de la romance (tout court) dans la préface de cet essai. Allant jusqu’à expliquer avec pas mal d’humour et de dérision pourquoi toute sa vie elle a réfuté l’existence même de l’homme parfait et comment le concept même de romance ne l’a touche pas du tout même si elle sait l’identifier. Ça ressemble fortement à un tackle.

Non seulement Lamplighter a visiblement énervé LKH mais en plus elle l’a cherché. Quelle idée de s’embarquer dans une étude comparative de la culture face au divertissement construite comme une dissertation de français qui plus est ! La réduction de l’œuvre à de la romance pure et dure laisse même à penser que Lamplighter n’a pas lu les Anita ou alors n’a vraiment rien compris à ce qu’il s’y disait. Laurell ne se prive pas de répéter que « Love does not conquer all » et pourtant l’auteur de cet essai repart de la célèbre phrase (sans le « does » donc) pour construire son argumentaire pro-romance complétement à côté de la plaque.

Vers la deuxième partie.
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