14 juillet 2011

Avis : Capture (Femmes de l’Autremonde 2) de Kelley Armstrong

Synopsis : Elena Michaels est une femme recherchée.
Elle n’a pourtant rien fait de mal. Enfin, pas récemment. Mais il y a dix ans, son amant l’a changée en loup-garou. La seule femme loup-garou au monde,
en vérité. Et aujourd’hui, alors qu’elle parvient enfin à l’accepter, un groupe de scientifiques apprend son existence. Ils la pourchassent et elle s’apprête à
foncer droit dans leur piège.
Mais c’est sans compter sur sa famille adoptive, la Meute, qui ne reculera devant rien pour la retrouver. Et sans compter non plus sur Elena elle-même, ce qui est une grossière erreur… (Milady)

 

Avis : Après un premier tome particulièrement plaisant dédié à 100% aux loups-garous, Kelley Armstrong a décidé d’étaler un peu plus ses cartes et de dévoiler la richesse de son univers. Non seulement il est peuplé de loups-garous mais aussi de sorcières, de vampires, de shamans, de mages, de semi-démons et bien plus encore. De quoi avoir matière à écrire pas mal de livres, surtout quand on sait qu’elle change régulièrement d’héroïne par la suite. Cependant, dans Capture, c’est bien d’Elena dont il s’agit, l’unique louve de sa race qu’on a découverte dans Morsure. Il y a un certain plaisir à la retrouver aux côtés de Clay et Jeremy même si on ne sait pas trop à quelle sauce on va être mangé. Après tout, c’était la grande force du premier tome : des personnages particulièrement bien construits, avec des histoires personnelles uniques et passionnantes et une héroïne qui est forcée de se poser des questions existentielles sur sa vie et son avenir. Oui mais voilà, maintenant que l’on connaît mieux tout ce petit monde, ils n’ont plus beaucoup de secrets pour nous et ils laissent entièrement la place à l’intrigue. Et le hic avec Capture, c’est que l’intrigue n’est pas saisissante de suspense et d’action. Au contraire, à part quelques scènes un peu saignantes, le gros de l’histoire n’est que le compte rendu heure après heure de la captivité d’Elena dans un centre d’expérimentation. Autant dire que l’étape de découverte de ce nouvel environnement passée, l’excitation est loin d’être à son comble. Le rythme est lent et plat et même si la lecture s’avère fluide et rapide, ça reste malgré tout très vide ; il ne se passe pas tant de choses que ça, à part peut-être l’incident avec la femme médecin qui permet d’en découvrir un tout petit peu plus sur les loups-garous. Et encore. Un aspect qui aurait pu être vraiment intéressant à développer ce sont les conversations à mots couverts entre Armen et Elena mais l’auteur semble avoir oublié l’une des règles de base de l’écriture : ne dis pas, montre ! Résultat : le lecteur reste sur sa faim. Heureusement que les rares scènes d’action sont relativement efficaces car en contrepartie, il y a une absence quasi-totale de suspense. A aucun moment, on ne doute qu’Elena s’en sortira et certains retournements de situations tombent à l’eau pour peu que l’on soit un minimum attentif au fil de la lecture.

 

Ce livre se voulait sans doute aussi psychologique que le premier sans jamais réussir à atteindre le même niveau. Les personnages secondaires, dont ceux qui prendront la main dès le tome suivant, ne sont que survolés et peinent un peu à retenir l’attention du lecteur. Il faut dire qu’Elena passant une très grosse partie du livre dans un bunker, il est difficile de vraiment les appréhender en profondeur. Certes, il y a aussi des gens à ses côtés : prisonniers, gardes ou médecins. Certains prennent plus vie que d’autres grâce à leurs « pouvoirs » particuliers ou leur capital sympathie mais ils sont noyés dans la masse. Le seul bon point, c’est qu’Armstrong sait créer des méchants bien tordus auxquels on souhaite immédiatement une fin toute aussi tordue. Tyrone Winsloe est un bien beau spécimen du genre.

 

Au final, Capture est un tome de transition qui permet d’introduire dès à présent des personnages que l’on sera amenés à revoir dans les tomes suivants. Une idée judicieuse. Mais l’effet de surprise et de découverte qui avait tant su séduire dans le premier tome n’est plus là. On est en terrain connu, Elena n’a plus rien à nous révéler sur elle et l’histoire ne suffit pas remplir ce vide. La lecture n’est pas désagréable dans son ensemble mais reste assez anecdotique.

Note :

25 février 2011

Avis : Morsure (Femmes de l’Autremonde 1) de Kelley Armstrong

Synopsis : Elena Michaels est un loup-garou et la seule femelle de son espèce. Voilà qui n’est déjà pas banal. Mais en plus, elle fait tout ce qu’elle peut pour être normale. Elle voudrait une vie ordinaire, sans ses désirs inhumains, sa sauvagerie, sa faim et ses instincts de chasseuse.
Mais la Meute fait appel à elle. Enfreignant les lois du clan, des déviants menacent de dévoiler leur existence. Elena obtempère, car la loyauté du sang ne se discute pas. Et au cours de son combat, elle découvrira sa vraie nature… (Milady)

 

Avis : Les impératifs du calendrier forcent parfois à lire des livres dont on n’a pas forcément envie sur le moment. Dans le cas de Morsure, ce fut une obligation qui déboucha sur une très bonne surprise. Kelley Armstrong est une auteur parmi tant d’autres qui écrit de l’urban fantasy mais pour une fois il s’agit d’un premier livre qui ne se cantonne pas aux 350 pages réglementaires et aux codes du genre. L’héroïne n’est pas non plus tout à fait comme ses camarades.

Elena est un personnage plus complexe psychologiquement qui a déjà eu une longue vie marquée par les drames, notamment la mort de ses parents, le système de placement chez des parents adoptifs (et les horreurs qui vont parfois avec) et les circonstances de sa transformation. Il est même étonnant, vu tout ce qu’elle a vécu, qu’elle soit saine d’esprit mais au fil de l’histoire, on comprend mieux que la Meute fait finalement partie de la thérapie. Elena était une battante avant sa transformation mais à la voir évoluer dans ce monde dur et sans concession, on se rend compte qu’elle y est comme un poisson dans l’eau même si elle refuse de pleinement l’admettre. Ce qui est d’ailleurs le nœud de son problème dans ce tome. Le contraste entre sa vie à la ville et sa vie à Bear Valley est tellement radical qu’il souligne à la perfection à quel point sa vie citadine est une comédie où elle reste foncièrement seule au final et est au contraire au naturel dans l’autre, alors que justement elle est la seule femelle loup-garou existante. Pourtant le monde des loups est loin d’être glamour, tout du moins du point de vue d’un humain normalement constitué. C’est la loi du plus fort qui y règne. On y saigne froidement aussi bien des lapins que des humains. Il y a bien sûr la traditionnelle structure de la meute avec l’alpha en haut et les loups classés par ordre en dessous qui donne une impression d’emprisonnement car Elena est encore en train de se rebeller contre ce qu’elle est, contre ce qu’elle doit faire et pas ce qu’elle veut faire et d’avoir des relations conflictuelles avec ceux qui l’aiment et veulent l’aider. Sa vie est un dilemme.

 

Cet aspect est renforcé par la vie amoureuse compliquée d’Elena. D’un côté, il y a Philip, l’homme parfait avec qui elle a appris à vivre mais qui ne pourra jamais pénétrer dans son jardin secret et de l’autre, il y a Clay. L’amour de toujours par qui le malheur arrive. Le loup qui vit dans le corps de l’homme et qui reste totalement hermétique au monde des humains. Avec lui tout devient intense. Les courses et l’amour dans la forêt, les engueulades, la colère, les réconciliations. Le personnage est d’ailleurs assez dur à appréhender au début. Il considère Elena comme quelque chose d’acquis dans son univers et forcement ça ne peut que clasher avec elle (sans parler que c’est extrêmement déplaisant pour le lecteur). Puis on apprend à le connaître et à comprendre son mode de pensée. Rares sont ceux qui ne se rallieront pas à sa cause en cours de route. Il en va de même pour la plupart des membres de la meute. Armstrong recourt en abondance et très judicieusement aux flashbacks pour montrer ce qu’a vécu Elena dans le passé et comment elle en est arrivée à ce point-là de sa vie. Mais ça permet surtout d’en apprendre plus sur les personnages qui l’entourent et de s’y attacher rapidement. Mais attention, l’auteur n’est pas du genre à faire de prisonniers et s’attacher c’est prendre le risque de se brûler les ailes.

 

Morsure n’est pas de ces livres où le ton est simplement enjoué ou dramatique. Au contraire, il est souvent froid, rebutant, violent. Les choses sont ainsi et c’est au lecteur et à Elena de les accepter. Il se dégage quelques chose d’extrêmement viscéral par moment. Dans les scènes de chasse notamment. Comme chez Patricia Briggs, on court dans la nature sous forme animale mais Mercy le coyote paraît bien gentillette à côté. Sous forme de loups, les personnages ne se comportent plus du tout en humains, ils jouent comme des loups, chassent comme des loups, dorment comme des loups. C’est même étonnant que ça n’aille pas plus loin. C’est sauvage et brut. Sous forme humain, ils restent des loups qui auraient juste adopté le mode de vie des bipèdes plus ou moins par convenance. Mais hormis Elena, rares sont ceux qui luttent contre leur instinct animal. C’est peut-être ça qui fait de l’histoire quelque chose de peu ordinaire. Ça ne plaira sans doute pas à tout le monde mais une fois rentré dedans, difficile de lâcher le livre et l’univers en lui-même. A la fin, on en redemande.

Note :