13 juillet 2008

Musique pour Caméléons de Truman Capote

Elle était grande et mince, soixante-dix ans peut-être, les cheveux argentés, soignée, ni noire, ni blanche, couleur de rhum doré pâle. C’est une aristocrate de la Martinique qui vit à Fort-de-France mais qui possède aussi un appartement à Paris. Nous sommes assis sur la galerie de sa maison, une maison aérée, élégante, qui semble faite de dentelle de bois : elle me rappelle certaines vieilles maisons de la Nouvelle-Orléans. Nous buvons du thé à la menthe glacé, légèrement parfumé d’absinthe.
Trois caméléons verts se courent l’un après l’autre sur la galerie ; l’un d’eux s’arrête aux pieds de Madame, darde sa langue fourchue et elle commente : « Les caméléons. Des créatures vraiment exceptionnelles. Leur façon de changer de couleur. Rouge. Jaune. Citron. Rose. Lavande. Et saviez-vous qu’ils adorent la musique. » Elle me dévisage de ses beaux yeux noirs. « Vous ne me croyez pas ? »

7 juillet 2008

Twilight de Stephenie Meyer

I’d never given much thought to how I would die — though I’d had reason enough in the last few months — but even if I had, I would not have imagined it like this.

I stared without breathing across the long room, into the dark eyes of the hunter, and he looked pleasantly back at me.

Surely it was a good way to die, in the place of someone else, someone I loved. Noble, even. That ought to count for something.

I knew that if I’d never gone to Forks, I wouldn’t be facing death now. But, terrified as I was, I couldn’t bring myself to regret the decision. When life offers you a dream so far beyond any of your expectations, it’s not reasonable to grieve when it comes to an end.

The hunter smiled in a friendly way as he sauntered forward to kill me…

28 juin 2008

Le Parfum de Patrick Süskind

Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus abominables de cette époque qui pourtant ne manqua pas de génies abominables. C’est son histoire qu’il s’agit de raconter ici Il s’appelait Jean-Baptiste Grenouille et si son nom, à la différence de ceux d’autre scélérats de génie comme par exemple Sade, Saint-Just, Fouché, Bonaparte, etc., est aujourd’hui tombé dans l’oubli, ce n’est assurément pas que Grenouille fût moins bouffi d’orgueil, moins ennemi de l’humanité, moins immoral, en un mot moins impie que ces malfaisants plus illustres, mais c’est que son génie et son unique ambition se bornèrent à un domaine qui ne laisse point de traces dans l’histoire: au royaume évanescent des odeurs.

A l’époque dont nous parlons, il régnait dans les ville une puanteur à peine imaginable pour les modernes que nous sommes. Les rues puaient le fumier, les arrière-cours puaient l’urine, les cages d’escaliers puaient le bois moisi et la crotte de rat, les cuisines le chou pourri et la graisse de mouton; les pièces d’habitation mal aérées puaient la poussière renfermée, les chambres à coucher puaient les draps graisseux, les courtepointes moites et le remugle âcre des pots de chambre. Les cheminées crachaient une puanteur de soufre, les tanneries le puanteur de leurs bains corrosifs, et les abattoirs la puanteur du sang caillé. Les gens puaient la sueur et les vêtements non lavés; leurs bouches puaient les dents gâtées, leurs estomacs puaient le jus d’oignons, et leurs corps, dès qu’ils n’étaient plus tout jeunes, puaient le vieux fromage et le lait aigre et les tumeurs éruptives. Les rivières puaient , les places puaient les églises puaient, cela puait sous les ponts et dans les palais. Le paysan puait comme le prêtre, le compagnon tout comme l’épouse de son maître artisan, la noblesse puait du haut jusqu’en bas, et le roi lui-même puait, il puait comme un fauve, et la reine comme une vielle chèvre, été comme hiver. Car en ce XV111e siècle, l’activité délétère des bactéries ne rencontrait aucune limite, aussi n’y avait-il aucune activité humaine, qu’elle fût constructive ou destructive, aucune manifestation de la vie en germe ou bien à son déclin, qui ne fût accompagné de puanteur.

27 juin 2008

Il n’y a pas beaucoup d’étoiles ce soir de Sylvie Testud

J’avais presque oublié que j’avais cette catégorie ^^;

Admise au Conservatoire ! Admise au Conservatoire ! Admise au Conservatoire !
Comme dans une chappelle, cette phrase résonne.
Sylvie est admise au Conservatoire.
Ils ont tous fait le Conservatoire les grands.
Le « Conse ». C’est comme ça qu’on dit.
On dit le « Conse ».
La liste des anciens élèves est à tomber à la renverse !

C’est la rentrée au Conse.
2 bis, rue du Conservatoire Paris 9ième.
Le monde entier rêve d’entrer au Conse.
L’entrée du Conse est splendide.
Il faut vérifier sur les listes quand même.
On ne sait jamais…S’ils avaient changé d’avis.
« Ils », c’est eux.
Ceux qui ont fait le Conse. Maintenant, ils y enseignent, ils y décident, ils sont membres du jury.
Si « eux » ils disent non, tu rentres pas au Conse.
Ouf ! Mon nom et mon prénom sont là, toujours à la même place.

Ils vont tout dire aux élèves pour que les élèves soient des bons acteurs de des bonnes actrices qui vont un jour jouer avec des bons metteurs en scène dans des bonnes pièces et des bons films.

24 septembre 2007

Ni d’Eve Ni d’Adam D’Amélie Nothomb

Ni d'Eve ni d'AdamVous avez aimé La métaphysique des tubes et Stupeur et tremblement, jetez-vous sur Ni d’Eve ni d’Adam car ça se confirme : les meilleurs Nothomb se passent au Japon. Et forcément l’experience est encore plus forte quand on y a mis les pieds en vrai et que, comme Amélie, on a le Mont Fuji dans les tripes et dans la tête. Sa relation fusionnelle avec la grosse montagne décrite avec ses mots c’est à peu de chose près ce que j’ai ressenti depuis le lac Kawaguchi (l’ascension s’avérant a priori difficilement faisable pour moi maintenant). Et le coup de la montagne fumante en moins (ceux qui ont lu comprendront). Du haut de ce chapeau blanc, plusieurs milliers d’années nous contemple.
Bien-sûr ça ne parle pas que du Mont Fuji sinon le titre n’aurait rien à voir avec la choucroute. Pour résumer, c’est la rencontre de la culture européenne d’Amelie Nothomb avec la culture japonaise de Rinri et d’une histoire d’amour à la Amélie Nothomb façon étonnement lucide et de Rinri façon grands romans qui se cristallisent. Tout ça avec beaucoup d’humour et une certaine recherche de la formulation qui aboutit à ce genre de choses :

Je bénie l’inventeur des fiançailles. La vie est jalonnée d’épreuves solides comme la pierre ; une mécanique des fluides permet d’y circuler quand même. La Bible, ce superbe traité de morale à l’usage des cailloux, des rochers et des menhirs, nous enseigne d’admirables principes pétrifiés, « que Ton verbe soit oui ? oui, non ? non. Ce que l’on ajoute vient du malin » – et ceux qui s’y tiennent sont ces êtres inentamables et d’un seul tenant, estimés de tous. A l’opposé, il y a les créatures incapables de comportements granitiques et qui, pour avancer, ne peuvent que se faufiler, s’infiltrer, contourner. Quand on demande si oui ou non elles veulent épouser untel, elles suggèrent des fiançailles, noces liquides. […]

Le livre en fourmille. Un vrai régal. Puis ça tombe bien, y a 100 pages de plus cette année, c’est Byzance :) (Et ça absorbe bien l’ascension de la deuxième montagne qui pour le coup est pas tip-top et aurait pu être coupée… ça c’est le point noir mais il est vite oublié.) Bref, tout le monde en dit du bien en ce moment et c’est pour une bonne raison.