22 novembre 2012

Blade Runner : Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick

Présentation de l’éditeur
Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?
Le mouton n’était pas mal, avec sa laine et ses bêlements plus vrais que nature – les voisins n’y ont vu que du feu. Mais il arrive en fin de carrière : ses circuits fatigués ne maintiendront plus longtemps l’illusion de la vie. Il va falloir le remplacer. Pas par un autre simulacre, non, par un véritable animal. Deckard en rêve, seulement ce n’est pas avec les maigres primes que lui rapporte la chasse aux androïdes qu’il parviendra à mettre assez de côté. Holden, c’est lui qui récupère toujours les boulots les plus lucratifs – normal, c’est le meilleur. Mais ce coup-ci, ça n’a pas suffi. Face aux Nexus-6 de dernière génération, même Holden s’est fait avoir. Alors, quand on propose à Deckard de reprendre la mission, il serre les dents et signe. De toute façon, qu’a-t-il à perdre ?

Note : la direction tient à signaler que l’auteur des lignes qui suivent n’a fumé ni le livre, ni la moquette. Par contre, il vaut mieux être prévenu : il ne s’agit pas d’un avis, mais plus d’une tentative de réflexion qu’il vaut mieux lire après avoir lu le livre.

Avis
Resituons le contexte pour les braves qui veulent tenter leur chance malgré tout. Les hommes ont pour la plupart quitté la Terre suite à la Dernière guerre mondiale. Les retombées radioactives ont pollué la planète et masqué le soleil. Les animaux se sont raréfiés, voire ont disparu, et ont été remplacés par des copies électriques.

Les hommes ont été vivement encouragés à migrer et ce sont même vu offrir un androïde de leur choix pour les aider à vivre dans les colonies de l’espace. Ceux restés derrière l’ont fait par choix ou justement parce qu’ils ne l’avaient plus. Certains humains trop contaminés -les spéciaux- ont été déclarés biologiquement inacceptables et n’ont pas plus le droit de migrer que de se reproduire. Pour les aider à supporter leur condition, ils peuvent utiliser les orgues penfield qui modifient artificiellement leurs humeurs à la demande, mais aussi regarder l’ami Buster, comique du petit écran à l’omniprésence écrasante. À moins qu’ils ne préfèrent utiliser leur boîte à empathie pour communier avec Mercer, un semblant de figure religieuse qui gravit une colline sous les jets de pierres et sait pertinemment qu’arrivé en haut, il sera précipité à nouveau à son pied et devra se relever pour reprendre son ascension depuis le début. Une expérience participative qui donne aux hommes la sensation d’être connectés les uns aux autres.

En parallèle, le marché porteur de l’androïde ne cesse de se développer et la fondation Rosen vient de sortir le Nexus-6, un modèle superintelligent qui pourrait bien approcher de la perfection. C’est quand huit d’entre eux arrivent illégalement sur Terre que commence la mission de Rick Deckard.

Attention, spoilers. Le sujet principal de Blade Runner est l’humanité : qu’est-ce qui la caractérise et est-ce qu’il est possible à un robot d’y accéder ? Philip K. Dick place son action dans une société hiérarchisée où la possession d’un animal vivant suffit à donner plus de valeur à un homme aux yeux des autres, où l’animal vivant a d’ailleurs plus de valeur que n’importe quel spécial, et où l’androïde ressemble tant à l’homme physiquement qu’il cherche dorénavant, et de lui-même, à franchir cette ultime frontière qui ferait de lui son égal.

L’auteur se sert à plusieurs reprises du doute pour initier la réflexion, autant chez ses personnages que chez le lecteur. Comme dans le film, Deckard est amené à se poser la question : « Et si j’étais un androïde en fait ? », et, dans le cas contraire, à s’interroger sur la validité des éléments qui lui permettent d’écarter l’hypothèse avec certitude. Face à Luba, la chanteuse d’opéra, il va aussi douter de la nécessité de la tuer, elle qui ressemble tant à un humain et a une si belle voix. De là découle directement son doute sur sa capacité à continuer à faire son travail correctement. Deckard est un homme en proie au doute presque d’un bout à l’autre du livre. Il se retrouve confronté à des questions essentielles sur ce qu’il est et ce qu’il veut. Et surtout s’il peut se satisfaire des réponses et être tout de même heureux. Ce qui est finalement la clé du problème.

Le titre original du livre n’a jamais été Blade Runner, mais toujours Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?. Il avait le mérite d’introduire immédiatement un questionnement. Au fil de la lecture, il devient vite clair qu’au-delà de la recherche d’une définition de l’humanité, il est aussi question de la poursuite du bonheur. Deckard rêve d’un animal vivant, un vrai, car il symbolise son idée de l’épanouissement personnel, et témoigne par là-même de son humanité. Les androïdes rêvent aussi : ils rêvent d’être des humains à part entière, mais, en contrepartie, il leur est impossible de comprendre pourquoi ça n’arrivera pas et de se faire une raison. Roy Baty, le plus dangereux d’entre eux, va même jusqu’à tester des drogues de fusion spirituelle pour tenter d’accéder à ce que le Mercérisme offre aux humains : la pleine conscience de leur empathie. Mesuré par le fameux test de Voight-Kampff, ce sentiment reste à la fois une énigme et une barrière infranchissable pour les androïdes.

La dualité de la scène de la révélation de l’ami Buster sur l’imposture de Mercer, qui se déroule en parallèle de la mutilation de l’araignée, est très emblématique à ce titre. D’un côté, les androïdes se réjouissent de la dénonciation de l’empathie comme vaste supercherie et ça leur suffit pour crier victoire et imaginer que plus rien ne peut leur barrer la route vers la reconnaissance de leur humanité. Mais, de l’autre, ils prouvent de manière implacable qu’au contraire, ils sont dans l’incapacité absolue de comprendre la valeur d’une vie, et, par extension, pourquoi cette humanité tant désirée leur restera toujours inaccessible.

L’obsession des androïdes pour cette reconnaissance est finalement tout aussi illusoire que l’espoir soudain qui né en Deckard quand il trouve un crapaud dans le désert à la fin, alors que la créature est dite disparue depuis longtemps. Pourtant, ils veulent continuer à croire que c’est possible, tout comme Deckard croit que son crapaud est un vrai. L’espace d’un instant tout du moins. Et l’une des différences entre humains et androïdes repose aussi là-dessus : seul l’humain pourra surmonter la désillusion qui accompagne la prise de conscience de la réalité et la dépasser pour mieux se relever encore et toujours.

C’est aussi ce qui ressort de la dualité des opiums du peuple : Buster et Mercer. Deux mensonges dont la société se nourrit : un androïde d’une part (dont le message satisfait d’ailleurs en premier lieu les autres androïdes) contre un vieil acteur alcoolique de l’autre. L’humain est, dans le fond, plus proche de Mercer. Il n’y a pas que la notion d’empathie qui est importante dans le message porté par le Mercérisme. Il y a aussi cette capacité à se transcender soi-même et à accepter son sort afin de pouvoir continuer à avancer dans la vie. Ce qui se transforme en une volonté de vivre chez l’humain qui n’est pas présente chez l’androïde. Et c’est pour ça que les hommes continuent à vouloir croire au message qu’il véhicule, malgré la désillusion de la révélation de Buster.

Difficile de parler de Blade Runner le livre sans penser un instant à Blade Runner le film ; surtout quand toute la première moitié suit grosso-modo le même plan. C’est presque un soulagement de voir l’histoire basculer d’un seul coup et de comprendre enfin que les deux œuvres mythiques ont pris des directions vraiment différentes et gagnent toutes deux à être lue/vue. À l’enquête policière rythmée et visuellement époustouflante s’oppose ici une réflexion beaucoup plus poussée sur l’humanité. Et à la question « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? », la réponse est donc : non. Pas encore. Mais la fondation Rosen y travaille.


Pour son épouse, il composa un 594 : acceptation reconnaissante de la sagesse supérieure de son époux en tout domaine.


Également publié sur Bit-lit.com

27 juillet 2011

Souvenirs de cinéma 1

Le cinéma est sans surprise un vieil ami même si je vois désormais beaucoup moins de films qu’à une époque, la faute principalement aux séries TV. Et encore moins en salle, la faute à une programmation de plus en plus maigre en VO. Pour ressituer un peu, je rappelle que je suis née fin 1978.

  • Je me souviens avoir été voir Blanche-Neige et les 7 nains avec ma maman pendant que mon père allait voir un James Bond. Dans ma mémoire, il s’agissait de Dangereusement Vôtre (1985) mais la ressortie de Blanche-Neige en France c’était 83 donc je ne suis pas très sûre de moi. Si ça se trouve c’était Octopussy.
  • En parlant de James Bond, j’ai vu au moins Permis de Tuer (1989) avec Timothy Dalton avec mon père. (Question : Ça n’était pas interdit au moins de 12 ans ?) Maintenant, chaque fois qu’un Bond sort, on en parle avec mon père, savoir si c’est un bon cru ou pas.
  • Une première parenthèse hors salle de ciné. On a eu un magnétoscope très top à la maison et la première K7 qu’on a enregistrée c’était aussi un James Bond : L’Espion qui m’aimait et comme ça a été la seule K7 pendant longtemps, j’ai dû voir le film des dizaines et des dizaines de fois. J’avoue connaître encore certaines scènes par cœur. J’étais en primaire.
  • Le premier film asiatique que j’ai vu, c’est Le Roi des singes contre le palais céleste issu des Studios de Shanghai. Je ne me souviens pas de l’année, j’étais vraiment petite mais on m’avait acheté le livre illustré du film. J’étais fascinée par la forme et la couleur des pêches. J’ai acheté le DVD quand on était à Shanghai mais je n’ai pas encore pris le temps de le revoir.
  • J’ai vu les Bisounours 2 avec mon père en 1986 au Capitole de Clermont-Ferrand. Qu’est ce qu’on n’est pas prêt à faire pour la joie de ses enfants quand même !
  • En 1991, c’était Robin des Bois, Prince des voleurs. Toujours avec le même accompagnateur. J’ail la BO en K7 audio et le CD de Bryan Adams.
  • La même année dans un tout autre genre : L’Histoire sans fin II. Le livre avait servi durant des mois à mes parents à m’endormir le soir quand je n’étais pas encore en âge de savoir lire et j’avais bien sûr vu le 1er de nombreuses fois.
  • En 1992, L’Arme Fatale 3. J’ai l’impression que ma mère ne m’a emmenée voir que Blanche-Neige en fait.
  • Je me souviens de ce film canadien : Bach et Bottine (1986), vu à Paris avec parents, oncle et tante. Je voulais une mouffette après. Note à moi-même : essayer de retrouver ce film pour le revoir.
  • Mon premier Woody Allen en salle c’était Meurtre Mystérieux à Manhattan (1993), j’avais adoré. A l’exception de Melinda et Melinda, j’ai vu tous les suivants. Par contre, je suis encore en retard sur le début de sa carrière.
  • En 1996, je passais le bac et le dernier jour, après la dernière épreuve qui avait lieu le matin, je filais directement prendre le train pour Clermont-Fd et voir Trainspotting. Il fait encore partie de mes grandes claques ciné aujourd’hui et j’ai deux affiches du films dans mon bureau.
  • En sortant de la projection d’Assassin(s) (1997), il y avait une exposition de peinture sur bennes à déchets sur la Place de Jaude. Ça m’a paru totalement surréaliste après le film.
  • J’ai passé une soirée à pleurer après avoir vu la Vie Rêvée des anges (1998). Je n’ai jamais pu revoir le film depuis.
  • Breaking the Waves m’avait fait le même effet mais c’était en K7.
  • Quand j’étais à la fac, il y a des jours où je pouvais me faire 3 films d’affilée sans sortir du ciné. Une année, je ne sais plus laquelle, j’avais du dépasser les 60 films vus en salle. C’était ma période boulimique.
  • Vu lorsque j’étais en 4ème en K7, Leviathan m’avait fichu une telle trouille que je regardais le film du fond du salon et que je me cachais régulièrement derrière mes mains en disant « je peux plus, je peux plus ». J’avais fini par m’arrêter et une amie m’avait raconté la fin. J’avais donc craqué à 5 minutes du générique…
  • Autre film culte : La Leçon de piano (1993) vu à Issoire avec ma mère (ooohhh), la même amie que ci-dessus, sa sœur et le petit-ami de cette dernière. C’est un film que je n’ai pas dû voir plus de 3 fois parce qu’il me transperce à chaque fois. J’ai la BO que j’ai écoutée en boucle mais pareil je n’y arrive plus aujourd’hui sans pleurer comme une madeleine. J’ai su jouer le morceau principal au piano.
  • J’ai vu Entretien avec un vampire (1994) avec mon oncle. Il avait eu l’air un peu gêné a posteriori parce qu’il y avait de la tension entre les hommes et il n’était pas sûre de ma réaction vis à vis de ça. J’avais répondu que c’était pire dans les livres :)
  • Avec ce même oncle, j’ai vu le director’s cut de Blade Runner en salle, place d’Italie, lors de sa ressortie en 1992. J’avais vu le montage d’origine un certain nombre de fois mais le voir sur grand écran, c’était un moment unique auquel je repense souvent.

A suivre…