15 mai 2011

Avis : Wolfsbane (Aralorn 2) de Patricia Briggs

Spoiler Alert : Difficile de parler du tome 2 sans spoiler des événements du tome 1.

 

Synopsis : Lors des 10 années passées, Aralorn, la mercenaire métamorphe, a mené une vie dangereuse, à mille lieues de sa noble éducation. Aujourd’hui, elle doit retourner chez elle pour la plus malheureuse des raisons. Son père, le Lyon de Lambshold, est mort. Mais quand Aralorn et son compagnon Wolf arrivent sur place, la combinaison de leurs magies révèle un fait à la fois heureux et fort inquiétant. Son père n’est en fait pas mort, il n’en donne que l’impression. Mais une sombre brume l’habite.
Le Lyon de Lambshold a été ensorcelé par l’ae’Magi qui l’utilise pour arriver à ses fins : détruire Aralorn et Wolf. Avec son père comme pion sur l’échiquier, Aralorn pourra-t-elle lever ce mystérieux sortilège ? Ou s’adonnera-t-elle à la magie noire au risque de perdre son compagnon et sa propre vie ? (Trad de Tan)

 

Avis : Pour ceux qui ont lu Masques, le premier tome, le synopsis de Wolfsbane peut laisser perplexe. Comment Briggs allait-elle s’y prendre pour rebondir vu la façon dont se terminait le tome 1 ? Avec une petite astuce un peu tirée par les cheveux mais qui fonctionne suffisamment bien pour lancer cette nouvelle aventure qui, pour le coup, prendra plus la forme d’une enquête. A qui profite le crime ? Voilà la question. Un crime qui force Aralorn à reprendre contact avec sa famille après des années d’éloignement et par la même occasion à nous montrer un peu plus d’où elle vient et dans quel environnement elle a grandi avec ce sentiment omniprésent de n’appartenir ni totalement aux humains, ni totalement aux métamorphes. Un retour qui s’effectue dans la joie malgré des circonstances particulièrement tristes.

Comme dans le premier tome, ce qui conquiert avant tout le lecteur c’est bien sûr la relation Aralorn/Wolf qui a continué à évoluer entre les deux tomes et continue à travers celui-ci. Femme de caractère, Aralorn ne laissera pas Wolf lui échapper quitte à utiliser des ruses peu honnêtes pour le retenir. En contre-partie, Wolf n’est pas vraiment dupe et la détermination de la jeune femme à son égard le force à remettre les choses en perspective. Briggs nous l’a confié après l’interview, la colonne vertébrale de cette duologie c’est ce couple et il est difficile de dire le contraire. Leur relation porte l’histoire, comme c’est le cas dans la série Alpha & Omega mais avec encore plus de force ici. Ils gardent à la fois leur identité propre ; elle, la merveilleuse conteuse à l’esprit vif, lui, le héros ténébreux et torturé mais non dénué d’humour. Mais ils sont aussi complémentaires à plus d’un titre ; elle a besoin de lui car il est le seul à pouvoir l’aider à y voir plus clair dans cette sombre histoire et lui à besoin d’elle alors qu’il est en lutte avec sa propre magie qui menace de se retourner contre lui. C’est non seulement l’occasion d’en apprendre plus sur les différentes formes de magies qui peuplent leur univers mais aussi sur ce peuple de métamorphes très particuliers dont est en partie originaire Aralorn.

Contrairement à Masques, l’intrigue se déroule sur une période qui s’étale moins dans le temps, ce qui permet de limiter l’impression de saccades qui surprenait un peu dans le premier tome. Ici, il y s’agit plus d’une course contre la montre avant que la situation devienne irréversible une bonne fois pour toute et les minutes sont comptées. De même, le lieu de l’action se cantonne à la région de Lambshold : son château, son vaste domaine et ses montagnes. Finalement, on se rapproche plus du déroulement classique d’une histoire telle qu’elle se déroule dans la plupart des cas.

Ce qui est étrange, c’est qu’en lisant Wolfsbane dans la foulée de River Marked, il est possible de noter une certain nombre de similitudes dans la trame de l’histoire notamment tout ce qui touche au retour aux origines et les métamorphes dont l’héroïne est une descendante. Le couple Aralorn/Wolf rappelle aussi fortement celui formé par Mercy et Adam. Des analogies dont l’auteur est parfaitement consciente.

Un peu inférieur à Masques, Wolfsbane reste néanmoins une lecture agréable mais repose sur des bases moins solides et laisse surtout dans l’expectative d’une suite qui ne viendra sans doute jamais. Dommage car ce couple était vraiment très attachant.

Note :

16 février 2011

Avis : Masques (Aralorn 1) de Patricia Briggs

Synopsis : Après avoir grandi entre bonnes manières et attentes oppressantes, Aralorn a fui les obligations dues à son rang pour poursuivre une vie d’aventures en tant qu’espionne mercenaire. Sa dernière mission consiste à espionner le toujours plus puissant sorcier Geoffrey ae’Magi. Mais dans une guerre contre un ennemi armé du pouvoir de l’illusion, comment reconnaitre le véritable ennemi ou l’endroit où il portera son prochain coup ?

 

Avis : Patricia Briggs prend bien le temps dans l’introduction de resituer ce livre dans l’ensemble de son œuvre. C’était le tout premier. Une œuvre de jeunesse qui a eu la chance d’être publiée alors qu’elle n’avait pas encore d’expérience. La version d’origine sortie en 1993 est depuis devenue introuvable. D’où l’envie de ressortir l’ouvrage au moment de la sortie de la suite, Wolfsbane. Elle en a profité pour relire et reprendre Masques après toutes ces années pour l’enrichir et apporter un peu plus de liant à l’histoire. Elle conclue en espérant que ceux qui ne connaissaient pas la première version mais son familier avec son travail actuel ne seront pas trop étonnés. Que nenni ! Patricia Briggs a visiblement eu du talent dès la première seconde où elle a posé un stylo sur une feuille de papier.

 

A travers le court prologue qui relate la rencontre d’Aralorn, notre héroïne, et de Wolf, les bases sont posées. Elle est tout de suite sympathique, avenante, pleine de ressources et surtout c’est une mercenaire qui vit dans la boue et la sueur. Wolf, quant à lui, souffre et reste mystérieux mais se livre à de petites pointes d’humour furtives en présence d’Aralorn. Comme dans d’autres séries de l’auteur, on retrouve cette complémentarité entre les personnages, ce lien solide baigné d’un profond respect et d’une confiance aveugle voire d’un peu plus. Il faudra attendre que les événements se précipitent pour découvrir enfin la vérité sur Wolf. Les révélations sur ce personnage très intriguant seront un peu accueillies par le lecteur comme l’accomplissement d’une quête. Tout d’abord inatteignable physiquement sous sa forme de loup solitaire, il le reste tout autant avec son masque par la suite. On devine le lourd secret qui pèse sur ses épaules, sa personnalité en est assombrie mais on sait aussi qu’Aralorn sera la clé du mystère et que tout deviendra clair à un moment. Elle, c’est son opposé. Elle est pétillante et pleine d’humour souvent décalé. Elle vit dangereusement mais ne se laisse que rarement abattre et va toujours de l’avant. Passionnée de légendes, chaque fois qu’elle se lance dans la narration d’un conte, c’est aussi bien le livre que le personnage qui s’enrichissent en quelques lignes. Le moment le plus mémorable est sans nulle doute cette scène magique où elle retrace l’histoire du vieil homme de la montagne. Aralorn et Wolf forment à eux deux la colonne vertébrale de ce livre, lui donnant à la fois beaucoup de charme mais servant aussi de point d’amarrage au lecteur pour rentrer de plein pieds dans l’histoire et se passionner pour leurs aventures.

 

Face à eux, l’ennemi est féroce et entouré par une horde de zombies peu recommandable. Il ne faut pas attendre bien longtemps pour mesurer la menace que représente l’Ae’Magi et l’étendue de sa puissance et de ses pouvoirs puisqu’Aralorn en sera témoin dès les premières pages. La piqûre de rappel plus tard dans le livre ne sera pas des plus agréables non plus. Il s’agit d’un vrai méchant, séducteur et dangereux qui a la main mise sur le pays grâce à un subterfuge redoutable et vicieux. L’histoire commence au moment crucial où l’Ae’Magi, déjà bien implanté, est sur le point de lancer l’assaut final d’où le sentiment d’urgence qui règne de part et d’autre des deux camps. Même si on aurait souhaité en savoir un peu plus sur l’avant, Patricia Briggs a néanmoins réussi à créer rapidement un univers passionnant où loyauté, trahison et illusion sont les maîtres mots. Les différentes formes de magie ont une place de choix puisque quasiment tous les personnages en sont dotés, qu’il s’agisse des cuisiniers ou des nobles mais cela n’empêche pas toute fois d’assister à quelques combats à l’épée ou à la lance. Prenant le parti de raconter l’histoire à travers plusieurs personnages, on pourra reprocher par moment à l’auteur d’avoir donné la parole à certains personnages secondaires qui apportent trop d’éclaircissement sur leur motivation et donc sur le développement de l’histoire. Ça reste cependant anecdotique et le plus gros est laissé à Aralorn et Wolf pour le plus grand bonheur du lecteur.

 

Alors oui, les aficionados de la fantasy les plus exigeants n’en auront peut-être pas pour leur argent. Oui, il y a des incohérences, des erreurs de raccord, des facilités scénaristiques, un château qui passe pour un vrai moulin. Oui, le suspens n’est pas forcément des plus haletants mais une fois qu’on a créé ce lien avec les personnages, qu’on a appris à les connaître et à les aimer, alors le livre se dévore littéralement. Il est dense malgré son épaisseur, riche en rebondissements, bourré de passages magiques qui font rêver et d’autres qui font trembler. Pour ceux qui n’auraient pas encore goûté à la fantasy made in Briggs, Masques est une occasion à ne pas rater.

Wary eyes, eager eyes, restless eyes, children were a much more difficult audience than adults because no one had yet had a chance to teach them that it was better to be polite than honest.

Aralorn

Wolf read through books on rabbit breeding, castle building, and three hundred ways to cook a hedgehog.

Note :