15 novembre 2017

La route est encore longue

Tout part de cet article de Maïa Mazaurette où elle interviewe un de ses potes qui se trouve être une tête pensante derrière le site Art de séduire, un site de coaching en séduction puant dès la page d’accueil et qui s’enfonce encore un peu plus à chaque article lu. La relation entre ces deux personnes est inexplicable pour moi, sachant que Maïa Mazaurette vomit jour après jour en ce moment sur les suites de l’affaire Weinstein, le comportement des harceleurs et violeurs et le forum 18-25, et qu’Art de séduire, c’est la quintessence de la connerie qui ne fait que renforcer les clichés dont il faudrait justement se débarrasser une bonne fois pour toutes pour assainir les relations homme/femme. Parfois, je m’imagine qu’Art de séduire est un site parodique à la Gorafi, mais malheureusement l’absence d’humour prouve bien que non. C’est à pleurer.
Bien sûr, dans les commentaires de l’article de Mazaurette, ça réagit et quelqu’un poste un lien vers Odieux Connard qui s’en était donné à cœur joie avec Art de séduire il y a quelques années. High Five, nous sommes bien d’accord.
La même Maïa Mazaurette poste dans sa revue de presse du dimanche un lien vers un article de Libération : Pourquoi le 18-25 en veut tant aux féministes ? où l’on découvre que le Celestin (l’archétype du puceau qui pleurniche de ne rencontrer personne alors qu’il lui faudrait déjà sortir de chez lui) adule la figure du mâle alpha et ne rêve que de se faire coacher par lui pour arriver à péchos. Ah… ben, c’est exactement Art de séduire ça, non ? Des mecs en galère qui recherchent les conseils de quelques alphas qui se targuent d’avoir tout compris aux relations homme/femme et de détenir LA clé. Bilan : Copinage 1 – Cohérence 0.
De là, j’ai rebondi sur l’entretien de Mélanie Gourarier sur le site de l’Humanité, justement sur les mâles alpha et les masculinistes qui ne sont pas loin. Et j’ai repensé à cet article d’Art de séduire qui est actuellement en première page chez eux : Femme Fatale : La Reconnaître et La Séduire. La femme fatale, le Saint-Graal inatteignable, le défi ultime (car la femme est un défi, rien que ça, c’est injurieux), le boss de fin de niveau comme ils le disent eux-mêmes. La femme fatale les fait se pisser dessus rien qu’en y pensant pour une bonne raison : il s’agit simplement d’une femme qui a conscience de sa féminité, qui est belle parce qu’elle est bien dans ses pompes et que ça se voit ; elle n’a tellement rien à prouver aux autres que toutes les accroches à la con des stars de la séduction ne fonctionnent pas avec elle. La femme fatale connaît les codes et sait surtout reconnaître le loup dès qu’il ouvre la gueule. Elle n’est pas mystérieuse, elle a juste quelques tours d’avance. Et ça, ça les frustre, les mâles alpha, parce qu’ils n’ont pas prise sur elle, alors ils la rabaissent, en font une manipulatrice de première, un être à éviter à tout prix, il la stigmatise parce qu’ils ne peuvent rien en faire d’autre. Face à elle, ils sont en situation d’échec. Voilà de quoi ces rois de la séduction ont peur : d’une femme qui n’a pas besoin d’eux pour exister, qui s’assument totalement autant dans sa sexualité que son intelligence, une femme qui sera même capable de les objectifier parce qu’ils ont imaginé que s’épiler tout le corps et faire de la muscu allait leur donner un avantage sur leurs congénères. La femme fatale n’est pas manipulable comme le souhaiteraient les champions de la manipulation et ça, c’est tellement frustrant. À mon avis, une femme fatale est surtout une femme libre, libre de ses choix et libre de dire oui ou non selon son envie à elle. Et cette liberté-là, c’est tout le bien que je souhaite à toutes les nanas de la planète, féministes ou pas.
Ce que certains hommes n’ont pas encore compris, a fortiori ceux qui croient qu’un site comme Art de séduire où l’on compare surtout la taille de son sguègue ses pectoraux à celle de son voisin pourrait réellement les aider, c’est que les règles sont en train de changer et qu’il va falloir s’adapter. Ce que d’autres ont compris, c’est qu’il n’y a pas besoin d’être alpha pour séduire, il suffit d’être bien dans ses pompes et d’avoir plus confiance en soi qu’en un quelconque guide de drague à la con. Et surtout, par-dessus tout, que l’autre n’est pas la cible, l’ennemi, la conquête ou le défi, c’est juste un humain à respecter, à découvrir et à apprécier dans toute son individualité, quelle que soit la finalité de la relation. Et, chose magique, c’est valable pour tout le monde.

Maïa Mazaurette reste malgré tout un très bon « outil » de veille que je lis plus ou moins assidûment depuis l’époque de La Coureuse et que je continuerai à lire sans problèmes. C’est aussi sans doute le fait de la suivre qui me donne le recul suffisant pour faire le tri dans tout son discours, surtout quand il y a des contradictions flagrantes comme celle exposée plus haut. Et là, vraiment, je ne comprends vraiment pas la logique.

31 juillet 2012

Pris en flag’

Un indic m’a suggéré, sans doute de manière pas si innocente que ça, d’aller jeter une oreille sur l’émission On verra ça demain diffusée vendredi 27 juillet 2012 sur France Inter. Sujet : Entre science et fiction – Les Utopies. A la 34ème minute, il y a la présentation du Soupir de l’immortel par Simon Assoun.

On se situe en 570 après Ford, ce qui correspond pour nous à 2478. C’est donc de l’anticipation. Et vous décrivez, Antoine Buéno, clairement une utopie puisque nous sommes dans un futur où tous les problèmes sont résolus : la crise environnementale, la crise alimentaire, plus de guerre, plus de misère, plus de maladie. La planète est devenue un véritable Eden. Les humains sont devenus immortels. Un petit problème de surpopulation évidemment qui est maîtrisé grâce à un numérus clausus qui équilibre morts accidentelles, suicides illégaux, départs pour l’espace et naissances en couveuse. Effectivement tout va pour le mieux en apparence, mais, évidemment, il y a toujours un mais en science-fiction, et c’est ce qui est intéressant sinon on s’ennuierait un peu. Vous n’avez pas échoué, Antoine Buéno, puisque j’ai bien compris vos problèmes qui sont décrits. Tous ces progrès évidemment font émerger des petits soucis et des nouvelles dérives qui sont parfois terrifiantes. Je ne les dévoilerai pas toutes mais je peux citer la montée du suicide assisté, la problématique de la surpopulation, l’expansion spatiale et la colonisation et tous les virus sous-jacents qui vont se multiplier avec l’arrivée d’un autre virus plus inquiétant encore. Évidemment, on reconnait notre monde puisque l’action se déroule à Paris, vous prenez en compte nos problèmes actuels pour projeter le lecteur dans le futur et, comme toute bonne science-fiction, on réfléchit sur notre présent. Alors il y a pas mal de choses dans ce roman, il y a une enquête, un intrigue politique, une histoire d’amour […]

Pour voir le travail du journaliste, je vais remettre la 4ème de couverture…

L’an 570 après Ford. Le monde est enfin durable et uniformisé. Plus de crise environnementale, plus de guerre, plus de misère. La planète est devenue un Éden ultralibéral, une jungle luxuriante d’humains bigenrés.
Tout ne va pourtant pas pour le mieux. L’immortalité se paye au prix fort.
Entre une histoire d’amour impossible, une enquête policière déconcertante et un complot politique odieux, Le Soupir de l’immortel est un spectaculaire roman d’anticipation, foisonnant et déjanté.

… et le deuxième paragraphe de mon avis court sur le livre.

En situant son action plus de 450 années dans notre futur (570 après Ford correspond à 2478 pour nous), l’auteur se donne suffisamment de latitude pour apporter un certain nombre de changements majeurs à notre société tout en faisant le choix de conserver en contrepartie un cadre très familier puisqu’il s’agit d’un Paris que les habitués reconnaîtront sans peine. Les humains sont maintenant bisexués et immortels, protégés de la plupart des aléas de la vie par la Sécurité Sociale qui n’a jamais mieux porté son nom. À plus grande échelle, la surpopulation est totalement canalisée grâce à un numerus clausus qui équilibre morts accidentelles, suicides illégaux et départs pour l’espace d’une part, et les naissances en couveuses de l’autre. Plus de guerre, plus de crise énergétique, plus de crise alimentaire, plus de dérèglement climatique, plus de maladies. L’homme peut enfin se concentrer sur son épanouissement personnel et son « élévation spirituelle ». Les apparences d’un monde meilleur sont bien entendu trompeuses, sinon il n’y aurait rien à raconter. Tous ces progrès ont fait émerger de nouveaux problèmes et surtout de nouvelles dérives parfois terrifiantes ; ajouté au fait qu’il y a malgré tout des choses qui ne changent pas avec le passage des siècles, et voilà comment faire en sorte que le lecteur ne regarde pas simplement cette vision du futur avec curiosité, mais se demande quelles décisions d’aujourd’hui pourraient y mener.

Porté par une enquête policière, une intrigue politique et une histoire d’amour, […]

Amusant, non ?

26 mars 2011

Juste une remarque…

J’ai reçu cette semaine gratuitement un numéro de La Nouvelle République généreusement offert par l’Assurance Maladie car il y avait en bonus un « Passeport pour la santé ». Première chose qui me hérisse le poil : je ne vois pas de quel droit l’Assurance Maladie se permet d’utiliser mes données pour m’envoyer un « publi-reportage » maison. Mais je parcours rapidement le truc quand même passant sur les astuces santé pour maigrir (merci, je n’ai pas de problème de poids, ni à manger équilibré), les bienfaits du thym (ça fait longtemps que j’ai découvert la Tisane des 40 sous de chez Dammann Frères) et j’arrive sur le traditionnel article sur le diabète alors forcément je lis. Toujours les mêmes choses.
L’article se conclut sur ce paragraphe qui m’a interpellée.

Le médecin traitant peut prescrire un lecteur de glycémie pour les patients traités par médicaments ou pour ceux dont une amélioration du taux de glycémie est recherchée. Dans ces deux cas, le remboursement sera limité à 200 bandelettes par an.

J’avoue avoir du mal à savoir à qui s’adresse cette remarque… uniquement aux pré-diabètiques de type 2 ? Non, parce que moi c’est 240 contrôles glycémiques par mois soit 2880 bandelettes par an et je suis remboursée à 100%. J’ose espérer qu’un type 2 qui se prend en charge fait au moins 4 contrôles par jour soit 1460 bandelettes par an. Du coup, pourquoi appeler cet article « Le diabète en Loir et Cher » plutôt que « Je suis (pré-)diabètique de type 2, je n’y connais rien mais ça m’intéresse » ? Pour être honnête, il aurait fallu au minimum l’intituler : « Le diabète de type 2 en Loir et Cher ». Parce que c’est toujours la même chose. Type 2, type 2, type 2. De toute façon, il représente 87% des patients diabétiques du Loir et Cher alors les types 1 hin ! Ça m’insupporte au possible de systématiquement voir que les articles traitant de diabète sont en fait toujours sur les types 2. Certes le type 1 est connu depuis longtemps, notre prévalence reste fixe dans la population mais un petit point sur les avancées scientifiques et les nouveaux traitements ça ne ferait de mal à personne. Bref ça me fatigue d’être assimilée à l’autre type qui n’a pas grand chose à voir avec le mien (de la différence entre une mauvaise hygiène alimentaire et une maladie auto-immune). Mais forcement il y a moins de fric à se faire sur notre dos.

3 juillet 2010

Bon ben si c’est ça on va le lire en anglais hin

J’étais bien partie pour lire un livre en français pour une fois (2 en si peu de temps, ça relevait de l’exploit) mais là ça ne va pas être possible. Le livre en question est « Carbone modifié » de Richard Morgan, que je lis dans le cadre du club de lecture Vampires et Sorcières (enfin en parallèle, j’accompagne juste ce mois-ci). Au bout de 30 pages, je suis déjà en train de m’arracher les cheveux. L’utilisation du passé composé au lieu du passé simple me met en pause toutes les 10 lignes. Du coup pour savoir si c’est moi qui lit trop en anglais et ai perdu l’habitude ou la traduction, j’ai jeté un œil à la version originale.

My lift turned out to be a battered but undeniably rakish-looking Lockheed-Mitoma transport decked out in what were presumably police colours. I’d flown Lock-Mits on Sharya, but they’d been a dull radar-reflective black all over. The red and white stripes on this one looked garish by comparison. A pilot in sunglasses to match the rest of Ortega’s little gang sat motionless in the cockpit.
The hatch into the belly of the cruiser was already hinged up. Ortega banged on the hatch coaming as we climbed aboard and the turbines awoke with a whispery sound.

En français ça donne ça.

Mon regard a été attiré par un transport Lockheed-Mitoma cabossé, peint aux couleurs de la police. J’avais piloté des Lock-Mit sur Sharya, mais ils étaient noirs, mats et antiradar. Les rayures rouges et blanches de celui-ci lui donnaient un petit air de clown. Un pilote arborant les mêmes lunettes que le reste de la bande d’Ortega attendait, immobile, dans le poste de pilotage.
L’écoutille commençait à s’ouvrir. Ortega a tapé sur la carlingue quand nous sommes montés dans l’appareil et les turbines se sont animées dans un murmure.

Moi j’y vois plutôt ça, même si je ne suis certainement pas traductrice, ça montre qu’il y a un soucis quelque part dans les détails.

Mon transport se révéla être un Lockheed-Mitona cabossé mais indiscutablement fringant arborant ce qui devait être les couleurs de la police. J’avais piloté des Lock-Mits sur Sharya, mais ils étaient recouverts du noir anti-radar terne. Les rayures rouges et noires de celui-ci étaient tape-à-l’oeil en comparaison. Un pilote portant des lunettes de soleil similaires au reste de la bande d’Ortega était assis immobile dans le cockpit.
L’écoutille sur le ventre du croiseur était déjà ouverte. Ortega tapa sur le montant de l’écoutille alors que nous montions à bord et les turbines se mirent en marche dans un murmure.

« Decked out » porte plus de sens que « peint ». Il y a une notion de « finesse » qui est passée à la trappe.
« Garish » et « clown », j’avoue que je ne vois pas comment c’est arrivé.
Pour « rakish-looking », le terme français me manque. Il s’agit a priori d’un terme maritime sous-entendant qu’un vaisseau est élégant et rapide d’où mon fringant.

Rien qu’à la ligne suivante, il y a encore un bout de phrase qui disparait magiquement entre la vo et la vf.
C’est le genre de petites choses qui me découragent de lire les traductions quand je peux lire en anglais. Bref, je ne sais vraiment pas ce qui m’est passé par la tête en me disant que j’allais pour une fois lire un Milady. Altered Carbon me voilà.