Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses de Catherine Dufour

guidepetitesfillesQuatrième de couverture : À Noël dernier, j’ai feuilleté le catalogue Jouets d’un grand magasin. Sur fond bleu : des autos, des motos et des bateaux. Sur fond rose : des poupées qui marchent et parlent, dix Barbie princesse et une Barbie fait le ménage. Materner c’est très bien, faire le ménage c’est nécessaire, et s’habiller comme une princesse peut être agréable, mais ce ne sont pas les seules façons, pour une fille, de gagner sa vie. Il y a beaucoup d’autres métiers, bien mieux payés.
Ce « Guide des métiers » vous fera découvrir plus de cinquante professions, depuis Aventurière jusqu’à Physicienne en passant par Agent secret, Chef d’orchestre, Femme d’affaires, Informaticienne ou Surfeuse. Chaque fiche-métier offre deux portraits : celui d’une pionnière et celui d’une femme d’aujourd’hui. Des indications pratiques comme « études conseillées », « salaire en début de carrière » ou « espérance de vie » accompagnent le texte.

Avis : Filles ! Femmes ! Collègues ! Jeunes et moins jeunes ! Il est grand temps de s’affranchir des pressions sociales et de dire le mot de Cambronne au patriarcat, aux religieux qui s’y croient et aux machos de tout poil et pleins de poils. Parce que nous aussi, nous avons des poils après tout, alors pourquoi ne réussirions-nous pas tout aussi bien que les hommes dans des métiers où ils pensent encore avoir le monopole ? Regardez, même les princesses Peach et Daisy savent conduire un kart, il n’y a pas de raison pour que, demain, vous ne soyez pas vous-mêmes au volant de votre vie. Écoutez la réponse de Magatte Wade, fondatrice d’empire, quand on lui demande « Quel est [votre] objectif ? » : « Aider les filles mais aussi les femmes à avoir confiance en elles« , et surtout le bon conseil qui suit : « Le chemin est long et difficile [alors au moins] fais quelque chose que tu aimes. » Voilà, c’est dit. Quand on le veut, on le peut. Et il le faut. C’est bon pour l’estime de soi.

Le présent ouvrage a plusieurs mérites. Celui d’être instructif déjà, car nombre des femmes présentées sont de sombres inconnues et c’est fort dommage. Les voir (re)mises en lumière comme ça fait sacrément plaisir. Ensuite, il est plein de touches d’humour, mais Catherine Dufour n’en a jamais manqué. Ici, elle fait à nouveau mouche. Et enfin, il donne fichtrement envie de se battre et/ou de soutenir celles qui le font pour être maîtresses de leur destin où qu’elles vivent et quels que soient leurs choix. Mais ça, c’était le premier paragraphe de cet avis. En plus d’être un très bon complément à la chronique dominicale de France Info : Femmes d’exception, ce guide s’avère être une lecture édifiante et quand même sacrément moins tarte que les pubs Barbara Gould (ou gourde comme disaient Les Nuls) qui essayent de faire gober qu’une femme inoubliable met forcément de la crème sur son visage.

Qu’on ne s’y trompe pas cependant, si les femmes sont capables de s’imposer avec brio dans les chasses gardées des hommes comme l’est le métier de chef d’orchestre (sans doute un des exemples les plus révoltants du livre), elles sont aussi tout à fait capables de commettre les pires atrocités et d’être des tortionnaires hors pair. Comme quoi, le talent n’a pas de sexe – mais c’est quand même mieux quand il s’exprime dans les sciences, les arts, le sport, la politique. S’il restera toujours des différences entre les hommes et les femmes, la société aurait tort de sous-estimer tout ce qu’une femme peut lui apporter, peut-être justement parce qu’elle est différente. Le changement viendra de ces femmes qui braveront les éléments, de plus en plus nombreuses, jusqu’à gonfler les rangs des Gisèle Halimi, Anne Nivat, Amanda Palmer, Anne Monteux, Rita Colwell, Françoise Barré-Sinoussi, et jusqu’à ce que cela devienne normal. Et lire un livre engagé dans le combat, intelligent et bourré de bons exemples, ça fait du bien de temps en temps.


Une interview de la dame

En complément, voici un reportage norvégien sous-titré en anglais sur la neutralité sexuelle imposée depuis 1979 dans le pays et ce qu’il en est aujourd’hui quand « la théorie du genre » vient s’en mêler. (Attention, il existe une version sous-titrée en français, mais qui n’est pas neutre, elle, par contre)

Avis également publié sur Onirik.net