Avis : Geneshaft

Initialement publiée sur Cinemasie le 4 janvier 2004 avec la note spatiale de 3.5/5.

GeneshaftAu 23ème siècle, l’Homme a évité l’extinction en utilisant la génétique pour permettre à l’élite de vivre. Ces individus sont dotés grâce à leurs gènes de capacités hors-normes. Celles de Mika Seido ne se sont pas encore réveillées mais elle va tout de même être intégrée à une équipe pour défendre la Terre contre d’étranges anneaux qui apparaissent dans l’espace.

A première vue, Geneshaft ne s’annonce pas comme une série vraiment innovante. Présentée rapidement, on pourrait la résumer en disant que de potentiels envahisseurs surveillent la Terre et qu’un équipage dans un vaisseau spatial utilise des mechas pour les combattre. Une série SF parmi tant d’autres. Par contre si l’on y rajoute quelques règles nouvelles : population génétiquement contrôlée, un ratio d’un homme pour neuf femmes, une durée de vie limitée, la suppression de tout besoin de reproduction et un chien qui sait chatter sur Internet, ça commence déjà à prendre une autre tournure.

Là où la série va prendre encore plus à contre-pied le spectateur c’est qu’après quelques épisodes convenus de baston intersidérale entre mécha (le shaft du titre) et les anneaux mystérieux, on va rapidement s’intéresser plus aux personnages qu’aux combats. Chacun des huit protagonistes principaux arrive dans l’aventure avec son caractère et ses capacités plus ou moins définies par ses gènes et qui lui donnent sa fonction par défaut sur le vaisseau. Pourtant les interactions au sein de ce groupe dans le contexte de l’histoire ne vont pas tarder à leur faire réaliser que quelque part quelque chose cloche vraiment dans leur mode de vie et que finalement ils sont bien peu libres de faire des choix qui sortiraient des sentiers battus. Le sentiment se renforçant peu à peu alors que le capitaine décide justement de désobéir sentant que quelques initiatives personnelles pourraient être les bienvenues dans cette affaire. Hors de portée des autorités et partant à la recherche d’une civilisation extra-terrestre disparue, chaque épisode leur permettra alors d’interagir avec des éléments neufs qui vont venir perturber leur petit équilibre intérieur et faire évoluer les idées bien carrées que tout le monde avait. Même le registre du vaisseau va en ressortir changé alors que toute émotion, envie et notion de sommeil lui ont été retirées pour assurer une efficacité maximale. Si tout ne se concrétisera pas au final, l’évolution des idées dans les esprits redonne une sacrée dose d’espoir dans ce monde.

Ainsi, le scénario tient bien la route même si on pourrait certainement lui reprocher l’usage de quelques facilités en cours de route et sur la fin. Les indices qui permettent de comprendre l’histoire dans sa globalité sont distillés au fur et à mesure des épisodes. Bien sûr, l’idée de fond qui pose la question de « Qu’est-ce qui se passerait si on nous privait du droit d’aimer et de vivre une vie ne se résumant pas à la durée de notre utilité pour la société ? » était très intéressante à aborder et pas trop mal traitée pour une production de ce genre. C’est d’ailleurs ce qui différencie cette série SF de beaucoup d’autres du même genre.

Grâce à une animation dynamique, des personnages loin d’être gnangnans et surtout sa musique rock qui rythme les aventures d’un générique à l’autre (Akira Takasaki, le guitariste du groupe Loudness en action), Geneshaft est une série pêchue que l’on regarde avec plaisir. Rien que le très réussi générique de début suffit à mettre dans le bain. Il y a de l’action bien gérée qui ne laisse jamais de coté l’humour. Des fois un peu lourd, des fois plus fin et surtout inévitable avec le personnage de la programmeuse en chef qui ne s’exprime que par le biais d’une réplique d’elle-même en marionnette et qui conclue systématiquement ses phrases assénées à toute allure d’une rire démoniaque. Ce qui ne fait qu’achever les debuggueuses déjà en pleurs d’être la cible de tant d’acharnement. Par contre, on pourrait reprocher à la musique d’être un peu trop présente dans certaines scènes où elle est clairement de trop. Autre petit bémol à rajouter dans la liste des casse-rythmes : les plantages inopinés de l’OS du Shaft qui arrivent en plein combat. Au début, ça passe encore, au bout de 4 ou 5 fois, ça devient un peu lourd et ça n’apporte pas forcément grand chose à l’histoire en dehors de la ralentir.

D’un point de vue plus technique, le chara-design est très sympathique, les visages jolis et l’harmonie globale des corps respectée (la très baraquée Teddy Bear fait un petit peu peur quand même). En plus, les tenues moulantes ne laissent pas le droit à l’erreur pour les dessinateurs qui s’en sortent plutôt bien. Du côté de l’animation des personnages, il y a quelques ratés en particulier quand il s’agit de les faire courir avec grâce. Le shaft a une tête un peu bizarre mais est bien trouvé visuellement. Le seul reproche qu’on pourrait lui faire c’est d’être en 3D et d’être mal intégré au reste. Quant aux décors, il n’y a pas grand chose à en dire.

Au final, Geneshaft est une série de bonne facture qui a oublié d’être complètement bête. Peut-être un peu nébuleuse au début, le temps de resituer les groupes d’intérêts les uns par rapport aux autres mais au final l’histoire se révèle plus complexe que prévue et ça fait du bien. En plus, elle ravira ceux qui ont quelques connaissances en informatique et seront à même de comprendre ce qui apparaîtra comme du charabia pour d’autres. En tout cas, treize épisodes à ne pas rater.