Outrage et rébellion de Catherine Dufour

outrage-et-rebellion4ème de couverture : 2320, ouest de la Chine. Les élèves d’une pension de luxe s’ennuient dans leur prison dorée. Marquis, le plus enragé d’entre eux, se révolte brusquement : il invente, ou plutôt réinvente, une musique pleine de colère qui va fédérer les élèves contre les surveillants. Fuyant la répression qui s’abat sur la pension, Marquis se réfugie dans les sous-sols de Shanghai où il va donner aux damnés de la terre les mots et le tempo d’une révolution.
Le Rock s’est brûlé les ailes à l’acide, le Punk s’est dilué dans l’héroïne… Y aura-t-il un jour une musique assez puissante pour échapper à ses propres excès et renverser toutes les dictatures ?

Avis : Le Goût de l’immortalité m’avait mis une claque tellement étourdissante que je n’ai même pas été capable de lui rendre hommage au travers d’un avis (mais, vraiment, il faut le lire). Ni une, ni deux, je me suis jetée sur ce second ouvrage se déroulant dans le même univers, tendant fébrilement l’autre joue. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a encore une bombe au milieu qu’il est impossible de voir venir et qu’elle est amenée de façon magistrale. La mauvaise, c’est que je n’ai pas aimé tout le reste. Il faut dire que je ne suis pas très punk dans l’âme, mode de vie ou musique dans le même sac, et qu’il y a franchement beaucoup trop de longueurs.

Outrage et rébellion, c’est la jeunesse à la dérive : sexe, drogue et rock’n roll 24/7. Leurs parents ne veulent pas d’eux, alors ils les collent en pension. Les monos s’en foutent tant que tout ce petit monde est HS et que l’état physique ne se dégrade pas de manière visible parce que ça ne le ferait pas. Alors la jeunesse cherche une raison de vivre, ou une façon d’oublier que leur vie, c’est de la merde. Ça sent la révolte, le vomi, l’urine, le sang et les gens qui baisent et ne se lavent jamais. En gros, c’est trash. Et malheureusement très rapidement répétitif au point de devenir lassant. Même quand l’histoire s’évade hors du vase clos de la pension, elle n’arrive pas à prendre son envol. Il y avait des idées dans le prolongement du Goût de l’immortalité, mais tellement en filigrane que la plus intéressante est totalement noyée dans la masse. Le sentiment d’insatisfaction est énorme. Il y avait tant à faire avec cet univers…

Sur la forme, le format documentaire centré sur une figure mythique de la musique était plutôt bien vu, et ça se tient jusqu’au bout puisqu’il y a même le générique de fin, mais ça reste parfois un peu difficile à suivre à cause de la multiplication des points de vue. J’ai également eu la sensation que ça empêchait un quelconque attachement pour les personnages. Au niveau de l’écriture, l’auteur est restée en parfaite cohérence avec le style du Goût de l’immortalité. Le ton est sec, le vocabulaire est en adéquation avec l’ambiance. Elle se ressert même de sa règle particulière pour l’utilisation des majuscules. Je trouve aussi très sympa de jouer avec les mots issus de plusieurs langues, notamment asiatiques. Ça doit tuer un correcteur, mais c’est fun. Sauf que nani ? ça ne veut pas dire qui ? mais quoi ?, ce qui aurait été bien mieux vu les circonstances. Mais passons.

Un livre qui mentionne hide de X-Japan, ça fait quand même chaud au cœur, mais j’en attendais trop et la déception est à la hauteur. Dommage.


Aidime nous a appris à nous coiffer comme une explosion. Elle nous a appris à nous entourer les cuisses de lacets pour paraître sexuels. Elle nous a appris à déchirer nos combis au jian. A porter des fluorides sans avoir l’air complètement ridicules. A marcher comme si on tanguait bourrés sur un fil au-dessus d’un ravin […] p47

Le niveau de violence de nos concerts dépendait pas mal de ce qu’on avait pris avant. Y avait les concerts « flaques ». Y avait les concerts « j’ai le dos qui démange et les bras trop courts pour me gratter ». p85

Le jour où j’ai commencé à saigner du cul, ça m’a mise en colère, à cause de ce que ça voulait dire. Mais j’ai mieux regardé et finalement, j’ai trouvé des avantages. Déjà, ça diluait le sperme, qui m’avait toujours dégoûtée, surtout à cause de l’idée qu’il y a des Têtards dedans. Et le sang c’est rouge, j’aime bien le rouge. Ça sent la ferraille. J’aime bien cette odeur. Le sang, c’est coloré, on peut se grimer avec, c’est festif. p156

Quand le commerce lance des vedettes, des jeux ou des gadgets qui rapportent des millions. Ce n’est pas que les gens les aiment à fond ! C’est qu’ils sont très nombreux à les aimer vaguement. Le pauvre truc que vous chargez dans votre bulle pour faire une pause, bien matraqué, il rapporte carrément une ligne bancaire ! Ça permet à un passe-temps vaguement merdique pour productif fatigué de se prendre pour un mythe. p487

Toute cette course à l’éternité, ça n’a pas de sens. Une vie, ça passe. Quand on vit trop longtemps, tout ce qu’on fait, c’est entasser des tonnes de cendres au-dessus de sa tête. L’immortalité, elle est dans l’instant quand il est assez fort pour arrêter le temps. Elle est dans la musique. Quand vous êtes au milieu du son et que vous vous sentez vivre, au lieu de survivre. Quand vous voyez toute votre vie défiler sous vos pieds et que vous planez loin au-dessus, accroché au fil du son, eh bien l’immortalité, elle est là. p490