Le magasin des suicides de Jean Teulé

Le magasin des SuicidesL’extrait plus bas est finalement une bonne mise en bouche. Un bébé qui sourit dans un magasin où l’on vend la mort à la demande, c’est assez cocasse. Et ce n’est que le début du malheur…
C’est le premier livre de Jean Teulé que je lis. Je savais qu’il écrivait, je connaissais surtout le chroniqueur télé. Son auto-promotion entendue quelque part à la radio avait fortement attirée mon attention. Le livre est aussi épais que l’Amélie Nothomb annuel (enfin, sauf cette année où on a bien gagné 100 pages de gros caractères) et se dévore tout aussi vite. Ce qui est bon signe finalement. Difficile de résister à ce style mélant avec brio humour noir et cynisme. Dès les premières pages, je me suis pris aux jeux des noms propres choisis dans la grande liste des morts tragiques de l’histoire. J’ai aussi beaucoup (beaucoup beaucoup) pensé aux Valeurs de la Famille Addams où le petit dernier causait le même type de soucis à ses parents. C’est d’ailleurs la référence qu’on retrouve le plus dans les critiques du livre sur internet. Je vais en rajouter une autre qui m’a effleuré l’esprit à plusieurs reprises : Bazaar de Stephen King (la petite boutique où chacun trouve l’objet de ses rêves mais pour lequel on doit dezinguer un voisin). Question maintenant : comment peut-on survivre à ces références quand on ne fait que 160 pages ? Tout repose sur les bonnes idées suicidaires, l’ambiance générale très noire où les gens se jettent du haut des immeubles sous les pluies acides et le style encore et toujours, je crois. Surtout que, comme dans tout King qui se respecte (je suis une éternelle déçue de SK), ici aussi la fin déçoit et ce malgré le petit coup de pied aux fesses de la dernière phrase qui n’arrive pas à avoir l’effet escompté chez moi. A lire donc au premier degré sans se poser de questions sur l’avenir du monde, l’esprit léger et le sourire aux lèvres. Impossible d’aller jusqu’au second degré de toute façon, je vis avec une tortue cynique après tout.

Quant au livre suivant, il s’agit de Meurtres en douceur et autres nouvelles de Ray Bradbury que je n’ai pas eu le temps de mettre dans la catégorie Débuts de… vu qu’il est déjà fini. Extrait :

L’extraordinaire arriva lors de ma troisième séance chez Gustav Von Seyfertitz, mon psychanalyste venu d’ailleurs.
J’aurais dû prévoir l’étrange explosion.
Cet aliéniste, qui venait vraiment d’ailleurs, portait tout de même le nom -quelle coïncidence !- de l’acteur aquilin, grand, mince, menaçant et pour toutes ces raisons séduisant, qui jouait le rôle du grand prêtre dans La source du feu.
Dans ce film de 1935, le méchant magnifique agitait des doigts littéralement décharnés, vociférait des injures, en appelait aux flammes sulfureuses, massacrait les esclaves et n’était pas avare de tremblements de terre.
Après quoi, « mis en disponibilité », comme on dit, on put le voir dans les tramways d’Hollywood Boulevard, impassible comme la momie, muet comme un poteau téléphonique déconnecté.

Je lis des choses gaies en ce moment :o)
Hasards et coïncidences, la nouvelle intitulée Meurtres en douceur m’a apporté exactement ce que Le Magasin des Suicides n’avait pas réussi à faire : une fin aussi cynique que le concept de base et une constance dans le ton plus appréciable.
Et la palme de la nouvelle va à Echanges. Je n’ai jamais lu une histoire de livres et de souvenirs aussi poétique et touchante, j’en suis encore toute chose.

4 thoughts on “Le magasin des suicides de Jean Teulé

  1. Yeuuuuhhhhh… mais tu fiches le bourdon là !! Le Amélie Nothomb est cynique aussi ?…
    Euh… bah… bonne lecture ! ^^;

  2. Ca n’empêche que je peux lire ça quand même…! Si j’avais le temps…!
    Cela dit, merci pour tes avis, parce que c’est vachement sympa, on peut presque faire semblant de l’avoir lu…! ^^;

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