Six Feet Under. Nos vies sans destin de Tristan Garcia

Présentation : Six Feet Under est l’équivalent des grands romans français, russes ou allemands de la fin du XIXe siècle. Elle nous dévoile des vies sans destin, qui sont aussi les nôtres. Autour de la famille Fisher, gérante d’une entreprise de pompes funèbres, cette série suit le parcours d’une poignée de personnages dont la mort est le métier. Une dizaine d’individus de la classe moyenne américaine s’aiment, travaillent, et tous cherchent à tâtons un sens dans un monde qui les laisse libres de croire, ou non, à un Salut.
Mêlant des réflexions toujours nuancées sur la sexualité, les genres, la famille, la religion, la politique ou la psychologie, la série d’Alan Ball laisse se refléter nos incertitudes actuelles dans le miroir de la mort afin de dresser le portrait de notre humanité. Œuvre discrète, mais qui a bénéficié d’un succès critique considérable, elle est devenue la matrice d’un nouveau réalisme empathique.

Avis : Six Feet Under est de ces objets télévisuels intemporels qui marquent. Les téléspectateurs qui ont pénétré dans la vie de la famille Fisher, à l’époque de sa diffusion ou plus tardivement, en sont souvent ressortis avec la sensation d’avoir été confrontés à une série unique en son genre. Surtout s’ils ont tenu bon jusqu’au bout.

Tristan Garcia n’est pas arrivé sur ce projet par hasard, il est de ceux, dont je fais partie aussi, pour qui Six Feet Under est LA série parmi les séries. Il ne pouvait y avoir meilleur choix que celui de ce jeune philosophe passionné par l’univers créé par Alan Ball pour mettre des mots sur la complexité des personnages et décortiquer les sujets forts de la série. Et contre toute attente, il arrive également à donner une âme à son essai ; un pari qui n’est jamais gagné d’avance tant l’exercice ne s’y prête guère d’ordinaire.

Après une rapide présentation et surtout une analyse plan par plan du générique d’ouverture qui donne une première idée de la richesse et de la profondeur de l’œuvre, le livre s’articule par la suite autour de thèmes bien définis (six, comme les pieds sous terre) : l’individu, la famille, le travail, l’amour, la mort, le sens de la vie. L’auteur prend également le temps de dresser le portrait des personnages principaux et s’attarde sur quelques épisodes clés, faisant la lumière sur certains détails passés souvent inaperçus mais qui ont toute leur importance. Une belle façon de rendre hommage autant au travail des acteurs qu’à celui des hommes et femmes de l’ombre qui ont ciselé ce petit bijou brillant d’intelligence.

A noter que ce livre semble s’adresser avant tout à ceux qui ont vu la série, qui souhaitent aller un peu plus loin ; ils y retrouveront au passage, avec parfois beaucoup d’émotion, ce qui avait su les séduire, consciemment ou inconsciemment. Par contre, il est fort probable qu’il manque des clés de compréhension aux autres.

Six Feet Under. Nos vies sans destin s’inscrit dans une nouvelle collection lancée cette année par PUF et qui s’intéresse tout particulièrement aux séries américaines : 24, The Practice, Les Experts… Aux USA, ce type d’ouvrages est plus courant et se décline généralement chez plusieurs éditeurs en même temps (IB Tauris et sa collection « Reading… » par exemple en propose un). En français, il s’agit bel et bien du premier essai sur Six Feet Under. De l’inédit sans être de l’inédit pour peu que l’on soit bilingue, mais une belle plume pour une belle déclaration d’amour à une série incomparable.

Les individus en famille de Six Feet Under ne se situent plus les uns par rapport aux autres dans un espace de référence centré sur un point unique d’autorité auxquels ils se rapporteraient tous. Ils évoluent dans un espace cartésien ouvert, dont les deux axes seraient l’éducation et l’amour. Six Feet Under montre à quel point les parents ouvrent pour leurs enfants ce champ d’éducation et d’amour, mais aussi comment les enfants éduquent en retour leur parents et les aiment. C’est aussi en voyant Claire s’émanciper comme femme que Ruth se libère.

Avis publié initialement sur Onirik.

2 thoughts on “Six Feet Under. Nos vies sans destin de Tristan Garcia

  1. Merci pour cette lecture! C’est vrai que le « Reading Six Feet Under: TV to die for » est très bien, plus complet que celui que j’ai fait (mais ils s’étaient mis à une dizaine pour l’écrire!).

Comments are closed.