Avis : Le Secret de l’étrangleur de Tardi et Siniac

Avis phylactèrisés

Présentation de l’éditeur : Peut-on imaginer plus ignoble individu que Valentin Esbirol ? Profitant lâchement de la grève de la police et du brouillard, Esbirol a commis six meurtres dans la capitale du 1er au 6 février 1959. Six victimes, étranglées dans des circonstances étranges où l’hypnose semble tenir une place déterminante. L’assassin, surnommé  » l’étrangleur de minuit  » par la presse, oblige le jeune Alphonse – 12 ans ! – à assister à ses crimes ! Ce livre se propose de conter par le menu les sorties nocturnes de  » l’étrangleur de minuit  » ! Peut-on imaginer plus abjecte entreprise ?

Avis : Adaptation de Monsieur Cauchemar, roman policier signé Pierre Signac, Le Secret de l’étrangleur s’ouvre sur une compilation d’articles « d’époque » permettant au lecteur de se mettre dans l’ambiance. 1959, Paris. Les policiers sont en grève, un épais brouillard anonymise les passants dans la rue, la guerre d’Algérie est en cours et Hitchcock tourne la Mort aux trousses. Mais sur les 13 pages d’introduction, seules les premières ont vraiment de l’importance dans le cadre de cette série de meurtres mystérieux à Paris entre Ombres et brouillard. Assez curieusement, l’énigme ne tourne pas autour de l’identité du tueur puisque celle-ci est révélée dès la page 18. Au même titre que le jeune Alphonse, le lecteur est même invité à suivre le meurtrier dans ses déambulations nocturnes et à être aux premières loges pour assister à ses crimes. Non, là où tout le suspense de l’intrigue réside vraiment, c’est dans le mobile et dans la technique qu’Esbirol emploie pour arriver à ses fins. Et le moteur est particulièrement efficace, car les quelques soupçons formulés au fil des pages ne suffiront pas à lever le voile. Il faudra attendre les toutes dernières planches pour enfin savoir et apprécier après coup toutes les subtilités du scénario. Entre le ton, l’humour, les personnages, Paris, l’époque, un sens du détails dans les décors et ce noir et blanc fort à propos, il y a bien plus d’une façon de savourer cette BD. Tout comme il y a moyen de choisir sa fin puisque Tardi en propose plusieurs (mais une seule est vraiment à la hauteur). Une chose est sûre, Le Secret de l’étrangleur donne faim et les pages se laissent dévorer à toute allure. Comme dit sur la couverture : « N’achetez pas ce livre, vous le regretteriez ». Ou pas.