Serpent Rouge de Hideshi Hino

Initialement publié sur Cinemasie le 1er novembre 2004 avec la note de 3,25/5.

Cauchemardesque et peut-être un peu inaccessible

IMHO continue sur sa lancée des œuvres d’horreur singulières qui n’ont rien à voir avec ce qu’il y a d’actuellement disponible sur le marché français. Cinderalla était l’illustration du psychédélique gentiment gore. Serpent rouge est plutôt du genre horreur psychanalytique.

Au premier degré de lecture, qui est clairement le plus accessible, on découvre une bien étrange famille dont seul le petit dernier semble normal. Attention chaud devant ! La grand-mère se prend pour une poule et passe sont temps sur un nid qu’elle a construit. Le grand-père se fait masser le furoncle par sa belle–fille. Le père élève des poules et fait croire à sa mère que leurs œufs sont d’elle. La grande sœur, de grande beauté comme sa mère, voue, quant à elle, une fascination étrange pour les vers et autres mille-pattes qu’elle aime faire grimper sur son corps (fascination pour les rampants et grouillants partagée avec l’auteur à la vue de ses autres œuvres). Quelle famille ! Et quelle maison ! Ambiance claustrophobique garantie. Un lieu clos dont on ne s’échappe pas et dont les innombrables pièces inexplorées dégagent une aura très malsaine qui ne donnent pas envie d’ouvrir les portes. Sans parler DU lieu interdit qui va bien sûr être « profané » libérant le serpent rouge du titre. Les différents éléments de la famille vont alors sombrer rapidement dans la folie la plus complète sous le regard apeuré du fils. C’est là que l’histoire devient définitivement gore et va déboucher sur un bain de sang et un voyage assez hallucinant. On ne sait pas trop où on va et la fin pourrait presque décevoir mais finalement la boucle est bouclée de manière assez « cocasse ». Une vingtaine de minutes suffit pour arriver à la dernière page de cette descente ultra-rapide en enfer. Ce qui, si on décide de rester au premier degré, peut paraître insatisfaisant.

Sauf que Serpent Rouge est une œuvre qui se creuse. Certains éléments mettent d’ailleurs rapidement la puce à l’oreille. Cette courte histoire d’horreur n’est peut-être pas simplement destinée à faire ressentir quelques frissons mais aussi une occasion d’explorer les névroses d’une famille toute entière. Pour cela il faut chercher des réponses du coté de la psychanalyse et après, tout dépend du niveau de connaissance que l’on a en la matière. Difficile de réclamer des notes de bas de page explicatives ce qui serait donner trop d’indices aux lecteurs. Du coup, il y a un coté frustrant dans le fait de savoir qu’il y a beaucoup de choses derrière tous ces événements, sûrement révélatrices sur l’auteur, et de ne pas avoir les connaissances suffisantes pour apprécier pleinement l’œuvre. Voilà donc une vision parmi tant d’autres, qui vaut ce qu’elle vaut. En la retransposant un peu, pourquoi ne pas voir simplement dans cette histoire le quotidien d’un jeune enfant aux prises avec les peurs que l’on peut avoir à cet âge face aux choses qu’on ne comprend pas et qui débouchent sur des crises d’angoisses et des terreurs nocturnes, celles dont on se réveille en hurlant (illustré par le passage du rêve). La peur du monstre sous le lit, la peur du croquemitaine dans le placard, la peur de la mort, les pièces dangereuses où il est interdit d’entrer pour raison inconnue. Le reste de la famille vit d’ailleurs sa vie, certes étrange dans le contexte du livre, mais de manière tout à fait normale pour eux. La sœur semble en pleine puberté et découvre les premiers émois sexuels et les vieux sont un peu gâteux. Tout cela ne serait donc que l’interprétation complètement subjective d’un environnement normal par un enfant qui n’a pas tous les outils pour le comprendre. Pourquoi pas ? L’intérêt de cet ouvrage réside justement dans les différentes lectures que l’on peut en avoir.