Empreinte émotionnelle d’un livre

Il s’est produit un phénomène étrange pendant la lecture du chapitre 6 du Soupir de l’Immortel d’Antoine Buéno. Pour résumer de manière simple, un couple se lance dans une visite immersive d’un lieu assez particulier et magique où ils finissent par perdre pieds, entraînant le lecteur avec eux dans une transposition troublante de leur état intérieur.

Vous ne trouverez ici que ce que vous êtes venus y chercher. Vous ne trouverez ici que ce que vous y amenez.

Les références à Alice au pays des merveilles sont évidentes et non-dissimulées tout du long, mais, pour moi, il y a surtout eu cette sensation bizarre et prégnante de déjà éprouvé. Sans déterminer dans un premier temps quel était l’élément déclencheur (un mot ou une tournure de phrase peut-être), c’est L’Écume des jours qui s’est imposé dans mon esprit. J’ai soudainement éprouvé cette même impression que j’avais déjà ressentie en lisant l’œuvre de Boris Vian. Le plus curieux là-dedans, c’est que je n’ai pas ouvert cette dernière depuis 17-18 ans et que je ne me souviens strictement de rien. J’ai juste une vague image de nénuphar et de poumons en tête et c’est tout. Pourtant j’en ai gardé un souvenir émotionnel impossible à décrire, proche d’un pincement au cœur assez désagréable allant de pair avec une immense tristesse. Cette sensation est tout ce qui est restée du livre après tant d’années mais elle revient périodiquement comme ça a été le cas avec le livre de Buéno. Ici, avec beaucoup plus de force que d’habitude cependant.

Après avoir franchi l’épilogue, je suis revenue sur ce chapitre, qui est à mon avis l’un des plus beaux du livre autant au niveau du fond que de la forme, et j’ai trouvé LA phrase. Là, en plein milieu. Passée inaperçue la première fois (sauf pour mon inconscient visiblement) mais tellement évidente maintenant.

Attention de pas choper un méchant nénuphar !

C’est sans doute le déclic qu’il m’aura fallu pour enfin ressortir L’Écume des jours de l’étagère et mettre une bonne fois pour toutes des mots sur cette sensation qui me hante de temps en temps depuis trop longtemps. Y a plus qu’à.