Avis : Journal d’une dépression d’Hideo Azuma

En guise de prologue, l’auteur met en garde contre son propre manga : « Attention ! Si vous lisez ce livre d’une seule traite, vous risquez de faire une dépression. » Et quelque part, il n’a pas tort. Sur 200 pages, Azuma raconte environ 8 mois de sa vie. Jour après jour, sans en rater un. Et de quoi sont faites ses journées ? Il se réveille, il mange, il travaille un peu, il mange, il dort, il va à la bibliothèque, il mange une glace, il dort, il lit, il regarde la télévision, il se gave de médicaments et il dort. Avec sa propension à dormir tout le temps, le doute n’est pas vraiment permis : il est bel et bien en dépression et sa vie semble réellement d’un mortel ennui. C’est même un miracle qu’il arrive à mener à terme les projets sur lesquels il travaille, surtout qu’il est plutôt dans une période de creux niveau carrière.

Est-t-il alors possible d’éprouver un plaisir quelconque à la lecture de ce manga ? Curieusement oui. Pas forcément au début à cause du côté répétitif de la structure et d’un sentiment d’abrutissement asséné à grands coups de titres de livres obscurs et de noms d’auteurs inconnus pour le public français. Puis, quand le rythme est pris, ce sont les petits détails noyés dans la masse qui commencent à prendre du relief et les remarques les plus anodines qui ont le plus de charme. Une considération faite par un éditeur sur l’état du marché ou de l’auteur sur les tenues des lycéennes, le running gag de son interrogation sur la relation entre les glaces qu’ils consomment quotidiennement et le fait qu’il s’endort systématiquement dans la foulée. Il lit également tellement de choses qu’il devient presque réjouissant de reconnaître soudainement certains titres comme Homunculus, Death Note, Gantz, Densha Otoko (il travaille sur un projet pour 2chan pendant un temps). Le nom de Hitoshi Iwaaki (Parasite) fait soulever un sourcil et le clou du spectacle réside sans doute dans l’apparition d’Eiji Ōtsuka, scénariste de MPD Psycho, qui apparaît ici sous un jour tout nouveau puisqu’il est également critique littéraire et auteur de romans. Sans ces contacts épisodiques avec le monde extérieur, le lecteur aurait sans doute effectivement sombré dans la dépression. La monotonie des journées est aussi rompue sur le papier par ses lolitas rondelettes qui égaient les pages et quelques petits animaux rondouillards dont un qui ressemble fort à un Periophthalmus tout à fait adorable et qui assiste placidement aux activités quotidiennes de l’auteur.

Journal d’une dépression fait suite à Journal d’une disparition et il est d’ailleurs beaucoup question de ce dernier puisqu’il relate en partie son travail sur cet ouvrage dans l’éventualité d’une publication. La disponibilité de ses deux mangas en France prouve qu’Azuma n’a pas travaillé pour rien. Inférieur à son prédécesseur, ce one-shot pourra être considéré comme extrêmement rébarbatif par beaucoup. Ce qu’il est dans un sens. Mais il est tout aussi possible d’en retirer des petites choses de-ci de-là. A noter que l’interview en 3 parties qui entrecoupe le récit permet à la fois de reprendre son souffle et d’en apprendre plus sur la genèse de ce manga et quelle influence cette soudaine notoriété a eu sur la vie de l’auteur qui n’en demandait pas forcément tant.