Avis : Spirit of Wonder de Kenji Tsuruta

Initialement publié sur Cinemasie le 11 avril 2003 avec la note de 3/5.

Tout n’est pas bon mais certaines histoires retiennent l’attention

En cours de lecture, j’ai commencé à penser ma critique et il me semblait que rien ne pourrait éviter la note catastrophe. En effet, la première impression est très décevante. Pourtant, après avoir fait reposer le tout et accepté certains aspects de ce manga, il finit par prendre une dimension toute autre et l’histoire passe de moyennement barbante à pas si mal que ça dans l’ensemble.

Commençons par les points négatifs puisque c’est ce qui m’a sauté aux yeux tout de suite. Le problème principal réside dans la construction de l’œuvre en elle-même : plusieurs histoires sont compilées, certaines très courtes et isolées, d’autres se poursuivant à divers endroits du volume. On est généralement lancé dans une aventure scientifique sans prévenir et quasiment sans présentation des personnages qu’il faut intégrer au plus vite en plus de leurs motivations qui ne sont pas forcément évidentes à saisir à première vue. De là ressort une impression de scénario brouillon où l’on n’a pas sa place. C’est bien dommage mais du coup ces grandes découvertes scientifiques d’un autre temps ne sont pas aussi excitantes pour le lecteur qu’elles ne le sont pour les chercheurs. Je m’attendais honnêtement à quelque chose de plus terre à terre et instructif, au lieu de cela, il s’agit des rêves éveillés de quelques scientifiques mis joliment en images. Et c’est ce point qui a eu du mal à me convaincre en première lecture. Pourtant ces rêves sont légitimes dans le sens où face à une petite fille atteinte d’une maladie mortelle, il serait difficile de ne pas imaginer pouvoir voyager dans le futur pour trouver le remède pour la soigner. De même qu’un canon à rayon glacial pourrait être une bonne solution quand la montée des eaux due au réchauffement de la planète devient très préoccupante dans Que l’univers est immense et merveilleux et A bientôt si Dieu le veut : deux histoires qui ne traitent pas vraiment directement du problème mais qui l’aborde à plusieurs reprises. Après, que l’on se sente concerné par ce genre de rêves dépend de chacun et ça conditionne aussi le fait que l’on apprécie ou non Spirit of Wonder.

Cependant, comme dit en introduction, tout n’est pas négatif. Le point le plus plaisant étant la force de caractère donnée à toutes les jeunes femmes du livre. Qu’elles soient femmes, filles ou elles-mêmes scientifiques, il n’y en a pas une qui se laisse marcher sur les pieds et c’est d’ailleurs cela qui tient en respect les hommes environnants. Même si quelques uns osent se montrer coquins avec un attrait certain pour les poitrines et les petites culottes, il est tout aussi certain qu’en plus d’un rougissement de l’intéressée, ils vont y gagner une réprimande voire un coup de tatane. Ça donne une bonne dynamique aux histoires principalement peuplées d’hommes qui, mine de rien, en plus d’être des rêveurs, sont également des grands gamins obnubilés par leur jouet. Ah ! Il est beau le club des jeunes scientifiques qui fête ses 50 ans d’existence et où la moyenne d’âge doit effectivement être de 50 ans ! C’est sans doute grâce à ce décalage entre âge réel et âge mental que l’auteur arrive à donner vie à des personnages dont l’insouciance et l’obstination créent des touches d’humour inattendue et une certaine légèreté très appréciable. D’ailleurs, pour illustrer parfaitement ça, un clin d’œil au Einstein tirant la langue est fait dès la première histoire. Ce qui ne les empêche pas de dégager une frénésie perceptible même si le sujet de leurs études reste assez abstrait.

Autre point positif et pas des moindres puisque c’est le plus visible : le dessin. Toujours très expressif au niveau des visages, très précis au niveau des décors et des inventions, chaque récit est un vrai plaisir à lire. Ne serait-ce que pour découvrir le joli minois de la demoiselle de service qui n’oublie jamais d’être sexy. En plus de cela, l’auteur donne aux histoires une impression d’intemporalité. Il nous balade du début du XXème siècle à l’an 2006 voire peut-être plus loin encore dans l’avenir et pourtant on ne se sent jamais complètement dépaysé et l’ambiance créée est souvent très réussie et agréable.

Finalement, Spirit of Wonder n’est pas si mauvais qu’il ne le laissait paraître au début et cela malgré le faible intérêt que je porte à certains des thèmes abordés (je soupçonne des maladresses de la part de l’auteur d’en être responsables). Ce qui a titillé soudainement mon esprit, c’est le dernier récit avec une Miss China pleine d’énergie dont les déceptions sentimentales sont touchantes et les coups de pieds ravageurs. En plus d’être bourrée d’humour, cette nouvelle est également non entrecoupée par d’autres histoires et cela permet de mieux en profiter. Et enfin le moteur qui fait tourner toutes les histoires se révèle : l’Amour. Qu’il soit directement pour la science, pour une ville ou pour une personne pour laquelle on invente par amour, il est omniprésent dans toutes les histoires et je m’en veux presque de ne pas l’avoir vu du premier coup.