Avis : Sister de Senno Knife

Initialement publié sur Cinemasie le 2 mars 2003 avec la note fraternelle de 3/5

Plus inquiétant que vraiment effrayant

Profitant de la voie ouverte par Junji Ito avec Spirale, deux œuvres de Senno Knife sont éditées en même temps : Sister et La fin de l’Eden. Le manga d’horreur étant encore bien rare sur le marché français, il ne peut qu’attirer l’œil de l’amateur du genre.

Sister est un one shot contenant 5 nouvelles assez surprenantes dans l’ensemble et surtout toutes très courtes. Ceci implique que l’auteur doit être suffisamment concis mais efficace pour arriver à créer en quelques pages d’introduction une ambiance qui plongera le lecteur directement dans l’histoire. Senno Knife y arrive très bien. Son dessin y est pour beaucoup aussi. Très fin et soigné. Très sombre aussi. Le découpage des planches et les plans serrés sur les visages augmentent la sensation de tension et ce besoin de prendre ses jambes à son cou dégagé par certaines scènes, en particulier celles où ça devient gore. Les jeunes héroïnes (car il s’agit toujours d’héroïnes) ont l’air de poupées fragiles avec de grands yeux et une frange très longue pour visiblement attirer encore plus l’attention du lecteur sur leur regard. Cependant un reproche pourrait être fait à ces jolies jeunes filles : elles ont quasiment toutes les mêmes yeux assez inexpressifs si on ne regarde qu’eux et à part quelques changements de coiffure occasionnels, elles se ressemblent toutes beaucoup trop. Est-ce par manque d’expérience, d’imagination ou est-ce volontaire de la part de l’auteur ? En tout cas c’est assez troublant.

Du coté des scénarios, on a à faire à un habile mélange d’éléments très classiques (vengeance, amours incestueuses, pacte avec personne mal intentionnée) et d’éléments inattendus qui créent véritablement la surprise à la fin de l’histoire. D’ailleurs il est difficile de prédire quel sera le dénouement puisque certaines fins peuvent faire sourire, d’autres sont tout simplement inquiétantes. Et même si ça n’est jamais vraiment transcendant, ça reste très plaisant à découvrir pour la noirceur des idées que l’auteur couche sur le papier. Ça saigne, ça tranche, ça mute, ça rampe, les yeux se révulsent et les innocentes héroïnes sont malmenées. Que demander de plus ?

Quelques remarques au sujet de l’édition Végétal Manga/Soleil, il est dommage de trouver quelques bulles où il manque des mots et un sommaire où il y a 3 chapitres 3! Pour le reste, le papier est de très bonne qualité et la jaquette très réussie.