Avis : Journal d’une disparition de Hideo Azuma

Le nom d’Hideo Azuma ne parle sans pas à grand monde et pourtant le simple fait de mentionner La Petite Olympe et les Dieux et Supernana devrait faire soulever le sourcil des plus de 30 ans. Ces deux séries télé sont signées Azuma. Et une fois qu’on sait ça, on s’étonne moins du trait rond et mignon de ce manga qui est pourtant loin d’être une histoire de jeune héroïne en quête d’aventures. Journal d’une disparition est un manga autobiographique et édulcoré qui revient sur les périodes d’errance de l’auteur suite à ce que l’on peut aisément qualifier de burnout. Le mangaka vit décidément dans un univers impitoyable.

Le début du livre n’en dit pas aussi long sur le pourquoi du comment. Il faudra attendre la fin de la 2ème partie du manga pour savoir exactement comment les choses en sont arrivées là. Il entame juste en disant que du jour au lendemain, à force de boire et bosser, bosser et boire et dormir, il a tout laissé tomber pour partir dans la montagne et y démarrer une vie de clochard. Complétement coupé du monde, vivant de sa pêche dans les poubelles de la ville proche, apprenant à découvrir les bons filons pour se trouver de l’alcool et affrontant des intempéries qui en auraient tué plus d’un, il expose le quotidien de sa vie avec l’oeil de quelqu’un qui est venu, a vu et a survécu. Sans jamais s’apitoyer sur lui-même, avec beaucoup de détachement et, étonnamment, pas mal d’humour, il présente les choses avec un regard assez positif qui se réjouit de la simple trouvaille d’une beignet moisi dans un sac. Le dessin appuie cette tendance à dédramatiser le propos. Alors qu’il est évident que l’expérience n’a pas pu être plaisante même si ça lui a, par « chance », permis de se relever au lieu de finir de le rendre fou.

La deuxième partie est un retour à la rue quelque temps après avoir été rattrapé par sa vie et sa femme. C’est sans doute le passage qui a tout pour laisser perplexe puisqu’au lieu de redevenir clodo sur le long terme, notre auteur décide de travailler en tant que… technicien du gaz. C’est assez riche en informations sur les tuyaux, les raccordements, les procédures des petites interventions. Pas forcément ce qu’il y a de plus passionnant à présenter à un lecteur mais ça permet de rencontrer une galerie de personnages assez divers qui peuplent cette nouvelle vie. Ça reste cependant une partie un peu longue, tout du moins jusqu’à ce que soit abordée sa carrière de mangaka et le rythme effréné qui l’a mené à plusieurs reprises à tout quitter. Les anecdotes y sont assez révélatrices sur le fonctionnement de cet univers.

La troisième et dernière partie est le récit de son sevrage alcoolique après que sa femme décide de le faire interner une bonne fois pour toute. Après les hallucinations et la psychose, voici venu le temps de la reprise de contact avec le monde, des prises de conscience, du retour à la réalité. Après avoir descendu du sake et montré une piteuse image d’alcoolo pendant 150 pages (même s’il a l’alcool joyeux), il semble reprendre goût à la vie, constater les ravages de l’alcool sur ses camarades, qui pour certains sont de sacrés phénomènes, et finalement se faire une belle frousse avec l’ombre de la cirrhose qui plane sur son foie. Un tome qui se finit sur une note positive. Il a également écrit Journal d’une dépression dont le titre annonce la couleur.

A ne pas rater, en fin de livre et à l’envers de la jaquette : 2 interviews intéressantes avec l’auteur qui en disent un peu plus sur sa vie et comment ça a été retranscrit dans ce manga au final.

Note :

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