Avis : Hansel & Gretel de Junko Mizuno

Initialement publiée sur Cinemasie le 28 juin 2005 avec la note gloutonnesque de 3/5.

hanseletgretel Un petit creux ?

Il était une fois dans le pays où les légumes poussent dans les chevelures, les croissants sortent de la montagnes aux pains et les cochons s’automutilent pour offrir leurs côtelettes, une jeune fille répondant au doux nom de Gretel dont les parents tenaient l’unique épicerie locale. Autant dire qu’avec un marché aussi prospère, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Jusqu’à cette terrible nuit où une mystérieuse ombre noire aux formes féminines engloutit toute la nourriture. Nos villageois s’en trouvèrent fort dépourvus alors que la bise n’était pas encore venue. Il ne leur resta plus alors que la solution de partir au Pays de Mangetou où, selon la légende, les toits des maisons sont en pain d’épice et les fenêtres en sucre. De quoi rassasier tout un peuple et peut-être bien la sorcière qui a tendu le piège aussi. Hansel et Gretel pourront-ils sauver les habitants de leur village de ce funeste destin ? Et surtout notre jeune héroïne pourra-t’elle enfin recevoir gratuitement des produits amincissants ?

Après Cinderalla, Junko Mizuno s’attaque à nouveau à un pilier de la littérature enfantine. Comme avec Cendrillon, elle ne se contente pas de reprendre bêtement l’histoire que beaucoup doivent encore avoir en mémoire. Elle décide au contraire d’inverser les rôles, de faire de Gretel une justicière armée d’un sabre en bambou et d’Hansel un garçon dont la puissance vocale est à la hauteur de l’intelligence. Quant aux parents qui abandonnaient initialement leurs enfants au fond de la forêt, c’est à eux de sombrer dans la gourmandise et les cases aux rebords ondulés.
Le tout garde un côté très enfantin avec des personnages peu profonds, des dialogues d’une grande naïveté et surtout un dessin ultra-kawai aux couleurs acidulées qui pourra dérouter ceux qui n’ont jamais goûté à l’œuvre de Mizuno. Ça pourrait donc potentiellement s’adresser à un public jeune mais le lecteur est assez rapidement rappelé à l’ordre par quelques poils pubiens, seins pulpeux, yeux noircis par la fatigue et monstres gélatineux rouge vif. L’humour décalé que l’auteur distille çà et là va aussi dans ce sens. Dommage que l’histoire s’empâte un peu au milieu avec notamment la scène des cachets qui se répètent plusieurs fois d’affilée et qui est loin d’être trépidante. Le revirement final n’en est cependant que plus surprenant et savoureux (ce qui, pour un manga qui parle obsessionnellement de nourriture du début à la fin, est un comble). Même si, en fin de compte, l’histoire n’est pas aussi trash que certains aiment à le dire, Mizuno se permet tout de même de trahir en beauté l’esprit des contes pour enfants tout en restant malgré tout très proche de l’histoire d’origine. Cet aspect manichéen qui aide nos chers têtes blondes à faire le tri dans leurs angoisses est ici bien malmené puisque non seulement le méchant ne meurt pas mais, qui plus est, le méchant n’est pas si méchant que ça. Où va le monde ?! En tout cas, comme dans tout bon conte qui se respecte : ils vécurent heureux, se marièrent et eurent beaucoup d’enfants… pardon… elles vécurent heureuses et se coursèrent les seins à l’air au bain public. Moralité : la gourmandise est un vilain défaut mais tout est bien qui finit bien.

PS : A noter la présence de Dolls à découper et à habiller à la fin du volume. Une idée originale.
PPS : L’histoire bonus et sans parole de Mina en 5 pages est parfaitement anecdotique.

Par curiosité le travail prélable sur papier ça donne ça (c’est un cahier rhodia 22,5×29,7, 160p).

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