Avis : The Elegant Corpse de AM Riley

Résumé : L’inspecteur Roger Corso a la mauvaise surprise en rentrant de vacances de trouver chez lui un cadavre momifié. Le corps est celui d’un homme habillé en femme mort depuis 25 ans. Au fur et à mesure que l’enquête progresse, Roger découvre que cette affaire le touche de bien plus près qu’il ne le souhaiterait. Surtout quand le jeune frère de la victime se met à lui coller aux basques à longueur de journée.

 

Avis : Encore une fois il s’agit d’un roman court s’inscrivant dans la mouvance Gay/BDSM. Ça n’est donc pas tout public, je préfère plutôt prévenir que guérir les yeux choqués.
Notre flic enquête sur une série de meurtres intimement liée au milieu « des hommes en cuir » de Los Angeles. Ce qui aurait pu être anodin (surtout quand on voit les scénarios de certaines séries policières américaines actuelles) si Roger ne faisait pas lui-même secrètement partie de ce même milieu. Du coup, les victimes sont pour certains des connaissances directes et pour la totalité des connaissances de connaissances. Ce qui donne rapidement un aspect très personnel à l’affaire. Cependant, à part un chapitre au début pour établir clairement les penchants de Roger, l’histoire s’axe vraiment sur l’enquête pour une bonne moitié du livre et même si elle n’est pas le summum de ce que l’on peut lire en la matière, elle tient globalement la route. Il y a pas mal de mystères à élucider et j’ai eu un peu peur que ça ne colle pas sur la fin mais la recherche du coupable sait maintenir un certain degré de suspens. Bien sûr j’avais plusieurs coupables potentiels en tête et celui retenu à la fin est probablement le choix le plus satisfaisant qui explique effectivement tout. Ce qui est marrant c’est que ça m’a fait repenser à Mary Higgins Clark (que j’ai arrêté de lire depuis un moment parce que c’était toujours la même chose dans les grandes lignes).

 

Ce qu’il y a de plaisant en dehors d’une enquête qui occupe bien le devant de la scène, ce sont les personnages, notamment Mary-Anne dans le rôle de la collègue compréhensive. Mais c’est surtout Corso, le flic fort sympathique, un peu rugueux sur les angles, qui retient tout l’attention. Il y a un véritable univers construit autour de lui et l’enquête le replonge directement dans le passé. 25 ans avant, à l’époque où la première victime a disparu et où lui-même se découvrait un attrait certain pour le BDSM. Est-il nécessaire de préciser que l’autre moitié du livre sent fort le cuir et la transpiration ? L’histoire est pour la plus grande partie racontée de son point de vue et on est donc invité à revisiter le début des années 80, avant la « grande épidémie » et il s’en dégage une nostalgie très palpable par moment. C’est un peu cette impression que donne des films comme Larry Flint et Boogie Night. Une Amérique d’un autre temps où les mœurs n’étaient pas tout à fait les mêmes et ont bien évolué depuis. C’est d’ailleurs ce qui est souvent abordé quand Roger rencontre son ancien mentor. Quant aux « scènes » en tant que telles, elles arrivent relativement tard dans le livre, le temps que Roger et Sean se tombent dans les bras l’un de l’autre. Loin d’être aussi percutantes que celle de Bound and Determined, elles sont aussi assez différentes, généralement très courtes et un peu déroutantes je l’avoue. Notre jeune Sean est un vierge dans bien des sens du terme et l’introduction en la matière qui lui ait donné m’a paru bien légère. Surtout que Roger lui cède pour lui éviter de se retrouver avec quelqu’un qui aurait pris moins de précautions vis-à-vis du jeune homme. Enfin tout ça pour dire que leur relation ne m’a pas vraiment convaincue surtout, quand, au beau milieu, Sean devient incohérent. Il était marrant même si un peu pressant et d’un coup il est irritant au possible et j’en suis venue à me demander qui était le plus possessif du dominant et du dominé. Je comprends bien comment ça sert l’histoire mais ça reste ridicule.

 

Il y a d’autres points qui me chiffonnent beaucoup dans tout ça. Déjà pourquoi soudainement y a-t-il un changement de point de vue alors que tout était relaté par Roger depuis le début ? Visiblement l’auteur n’avait pas tout prévu et c’est rendu compte qu’il allait être limité par son choix initial. Pas de problème, on s’adapte ni vu ni connu. Puis il faut avouer que le style est globalement passable rendant la lecture plaisante mais pas « épanouissante ». En plus il y a des fautes. Je ne vais pas jouer à l’experte en fouets, martinets et autres cannes, je n’en suis pas une mais visiblement les spécialistes sur le net ont trouvé que l’auteur mélangeait aisément tout et s’emmêlait les pinceaux à plusieurs reprises. S’ils le disent… Et pour je ne sais quelle raison, impossible d’arriver à me convaincre que l’intrigue se déroulaient à Los Angeles, j’avais à la place une impression distincte de New-York en tête. Allez savoir pourquoi.
Un bilan de lecture assez mitigé. Pourtant la critique que j’avais lue et qui m’avait convaincue était bonne mais nos critères de satisfaction doivent différer.

En passant, le titre « The Elegant Corpse » que l’on traduira par « cadavre exquis » fait référence aux exercices de style de Sean ainsi que probablement au corps retrouvé chez Roger.

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