Alive de Tsutomu Takahashi

Également publiée sur Cinemasie le 16 octobre 2006 avec la note bancale de 2.75/5.

Alive2,75/5. Bancal mais prometteur.

Prenons deux condamnés à mort au bord de l’exécution. Mettons les dans une grande pièce vide dont ils n’ont pas le droit de sortir mais où on leur accorde un certain nombre de privilèges (nourriture, boisson, coupe de cheveux…). Laissons mijoter pendant un temps indéterminé (pas d’horloge, pas de repère temporel). Maintenant, si on introduit un élément perturbateur (disons une fille chaude et sexy) dans la pièce voisine et que celle-ci propose de « jouer » avec celui qui tuera l’autre, les choses commencent à prendre une tournure définitivement plus dangereuse.

Au bout de 19 tomes de Jiraishin, Tsutomu Takahashi voulait sans doute se détendre un peu. Il nous pond donc un one-shot dont l’idée de base est pour le moins séduisante. Ça sent le sang, les excès de violence et la noirceur.

Graphiquement, Alive n’a plus grand chose à voir avec Jiraishin. Le style rappelle de loin Takehiko Inoue période Vagabond pour ce qui est des gros plans sur les regards vraiment habités. Au passage, la transformation intérieure de Yashiro, le personnage principal, passe avant tout par l’évolution de son regard. Il est intéressant de resurvoler l’œuvre après la lecture pour mieux s’en rentre compte. A d’autres moments par contre, les visages semblent avoir perdu leur âme et ne plus être que traits noirs sur papier blanc. Problème venant probablement de l’hésitation de l’auteur entre crayonnage et aplats pour faire ses ombrages. Du coup, certaines planches laissent une impression très nette d’aurait pu mieux faire (manque de temps, d’application ?) surtout que d’autres sont très inspirées. Dommage car globalement et en mettant de côté le contenu des bulles, il y a quelque chose de vraiment très intense qui s’échappe des planches, notamment à partir du moment où les deux hommes se retrouvent enfermés.

Si le sentiment de satisfaction avait été au rendez-vous concernant l’histoire, les imperfections du dessin auraient pu être facilement oubliées. Mais ce n’est pas le cas. Sous prétexte de vouloir explorer le côté obscur d’un protagoniste principal quelque peu schizophrénique et de partir à la recherche de l’origine du Mal, Takahashi s’embourbe dans une histoire pseudo-horrifique où les expérimentations militaires rencontrent l’occultisme. N’aurait-il pas été plus judicieux d’en rester au rationnel et de regarder la folie et la violence se développer entre les deux prisonniers ? La noirceur étant déjà bien ancrée en eux sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter. Ou alors, quitte à plonger dans le surnaturel, pourquoi avoir plombé la fin ? Certes, la « boucle est bouclée » pour Yashiro qui est de loin le personnage le plus complet et intéressant mais on ne fait qu’effleurer d’autres développements possibles de l’histoire. Surtout que l’auteur précipite lui-même les événements en faisant de Yashiro un monstre opérationnel dès le transfert de l’entité maléfique sobrement nommé « le noir » mais ne semble pas savoir comment exploiter ce potentiel. Takahashi semble avoir voulu trop en faire pour un one-shot et le résultat laisse le lecteur sur sa faim. Un auteur à suivre cependant.