Avis : Da Vinci Code de Dan Brown

DaVinciCode

Avant que ça ne tombe dans les profondeurs insondables de ma mémoire, j’avais envie de donner mon avis sur le best seller du moment (380.000 exemplaires vendus en France au 20 Août dernier) : The Da Vinci Code de Dan Brown.

En temps ordinaire, je serais sûrement passée à coté de ce livre sans y prêter beaucoup d’attention en me disant que j’avais mieux à lire mais là en l’occurrence il m’a rapidement intriguée à cause de son sujet relativement proche dans les grandes lignes de celui d’un autre livre que j’ai lu il y a quelques mois (sur les conseils de l’équipe de Zataz). L’autre livre c’est Le Testament des Siècles d’Henri Loevenbruck que j’avais eu beaucoup de mal à lâcher mais dont le grand secret dont il est question tout du long m’avait un peu déçue car en complète rupture avec ma façon de voir les choses. Mais dans l’ensemble, j’ai quand même été très séduite par le style de l’auteur et l’histoire très fouillée. Enfin bon passons. Tout ça pour dire qu’il fallait que j’aille vérifier par moi-même dans quelles mesures les deux histoires se ressemblaient. Bilan : on est loin du plagiat et comme le dit Loevenbruck sur son forum, les ressemblances ne sont que des coïncidences. Par contre, ça ne m’empêche pas d’avoir un certain nombre de réserves face à ce best-seller qui a l’air de faire un malheur dans le métro.

Un petit résumé ça ne fait pas de mal en guise d’introduction. Robert Langdon est spécialiste en symbologie (et oui symbologist ne semble pas trouver de traduction dans mon Hachette-Oxford) en visite à Paris pour une conférence. Il est réveillé au milieu de la nuit par un policier qui le conduit jusqu’au Louvre où le conservateur vient d’être assassiné. De nombreux codes semblent avoir été laissés par la victime avant sa mort et Langdon est convoqué dans un premier temps pour aider la police à y voir plus clair. Rapidement, une cryptographe nommée Sophie Neveu entre en scène et lui fait comprendre qu’il est, pour l’instant, le suspect principal. Et pour cause, son nom est retrouvé écrit sur le sol à coté du corps. Fuyant tous deux pour avoir les mains libres afin de prouver l’innocence de notre héros, on ne tarde pas à apprendre que Sophie Neveu est la petite-fille du conservateur et que les codes laissés un peu partout lui sont directement adressés. Commence alors une course poursuite pour retrouver et préserver le secret gardé depuis des siècles par le Prieuré de Sion et dont l’Opus Dei aimerait bien s’emparer aussi.

Première remarque. Là où l’auteur est fort, c’est que mine de rien l’édition de poche fait 490 pages et que toute l’action se déroule en moins de 24h. C’est dire si l’histoire est touffue. Mais en contrepartie, Dan Brown fait une bien grossière erreur en déclarant dans les premières pages que : « All descriptions of artworks, architecture, documents, and secret rituals in this novel are accurate ». Si seulement il ne s’était pas pris tant au sérieux, son livre aurait sans doute été plus digeste. Parce que oui il y a des erreurs, des inexactitudes qui décrédibilisent assez facilement le travail de l’auteur. En particulier quand on habite Paris, des choses sautent aux yeux comme ce fameux train partant de St-Lazare pour aller à Lille ! De même, certains déplacements en voiture dans Paris sont assez étonnants quand on connaît les lieux. Sans parler du fameux cul-de-sac du Louvre. Même moi qui n’ai vu la Joconde qu’une fois il y a longtemps, je me souviens bien être rentrée par un coté de la pièce et ressortie de l’autre. On pourrait se dire que ça n’est pas si grave après tout. Sauf que sur des choses aussi simples à vérifier, il paraît aberrant de faire de telles erreurs. Du coup comment faire confiance à l’auteur quand il commence à rentrer dans les détails de son histoire de Jésus marié à Marie-Madeleine et de ces passages de la Bible remaniés pour effacer tous les chapitres parlant de la « vie privée » de Jésus et servant à décrédibiliser Marie-Madeleine dont l’influence féminine sur le prophète aurait été trop mal perçue par certains à l’époque et surtout diraient que la religion ce n’est pas qu’un histoire d’hommes. Du coup, après la mort de Jésus, elle aurait fui en France et sa descendance aurait donné les Mérovingiens (c’est pas beau la vie !). Le rôle du Prieuré de Sion est donc de conserver secrètement les restes de Marie-Madeleine et des évangiles apocryphes (l’ensemble formant le véritable Graal, qui du coup n’est plus la coupe du Christ ayant servi lors de la Cène et de la Crucifixion) et de protéger la descendance du Christ en passant. Bien sûr je n’ai pas les connaissances nécessaires pour faire la part du vrai et du faux mais une chose est sûre, il est impossible de prendre au pied de la lettre tout ce que dit Dan Brown. Déjà qu’avec un sujet traitant d’ésotérisme, il vaut mieux prendre des pincettes ! Là, il y a des passages tellement capillotractés, décrits avec tellement d’insistance qu’on ne tarde pas à 1) vouloir tout aller vérifier par soi-même sur Internet (on fait avec les moyens du bord et je n’ai pas envie non plus de perdre mon temps à la BN). 2) Trouver que ça transpire fort la fumisterie par tous les pores du papier même en essayant de rester très premier degré et de n’y voir qu’une simple histoire fantastique.

Que trouve t’on donc sur Internet ? Que le Prieuré de Sion, bien que soit disant remontant au XIème siècle, est plutôt une secte créée par un illuminé du XXème et que finalement on trouve assez facilement une flopée d’articles permettant de faire la lumière sur les faits rapportés par l’auteur. Ainsi plutôt que de reprendre ce qui a déjà été dit ailleurs, je conseille la lecture des articles sur topchretien.com, ALEPH, l’Internaute et Alpheus parmi beaucoup d’autres mais finalement on en arrive vite à lire un peu partout la même chose.

A partir du moment où tout le coté « on vous révèle ce que l’Eglise vous cache » n’est pas pris au sérieux (et pourtant il y a des gens pour y croire, si si) que reste-t’il ? Un thriller ésotérique pas si haletant que ça car souvent assez énervant. Tout d’abord parce que le coup de découper en 105 petits chapitres un ouvrage de 500 pages pour mieux tenir en haleine le lecteur, ça lasse très très vite et ensuite parce que certains mystères (énigmes, identité du « Teacher ») sautent tellement aux yeux qu’on en arrive à attendre 50 pages avant que les protagonistes percutent de leur côté. Entre temps, on s’ennuie à les voir tourner autour du pot. Heureusement qu’il reste quelques bonnes surprises notamment quand il s’agit de cryptographie. Au final, le livre aurait été plus plaisant à lire si l’auteur n’avait pas recours à des ficelles aussi évidentes et surtout s’il avait admis clairement que tout ça n’était qu’une histoire fantastique romancée. Là où je n’ai pas trop de regret c’est d’avoir acheté l’édition de poche américaine et que du coup je n’ai déboursé que 8€ au lieu des 21 réclamés pour la version grand format française. Et dire que le San Francisco Chronicle a osé dire : « Umberto Eco on steroids ». Da Vinci Code c’est pas loin du pipi de chat à coté quand même. Enfin ça ne m’empêchera pas de lire Digital Fortress trouvé 5€ en occaz. En théorie ça ne parle que de cryptographie, ça devrait tenir un peu plus la route.

Edit du 19/04/06 : Un article interessant démontant lui-aussi le livre

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