Avis : Déclic Amoureux de Mari Okazaki

Également publiée sur Cinemasie le 20 juillet 2006 avec la note photographique de 3/5.

Declic_AmoureuxMaki et Yumi sont deux amies de lycée. La première, particulièrement talentueuse en photo, sera repérée par Asaï, un jeune caméraman professionnel. Ce dernier lui présente Saï, sa petite amie. Elle aussi photographe, elle a aujourd’hui perdu sa motivation. Mais quand l’amour s’en mêle, rien ne va plus… (Akata)
Entre filles

Déclic Amoureux est la première œuvre de la mangaka Mari Okazaki et aussi son premier manga édité en France. Présentée comme la nouvelle génération d’auteur de shôjo par Akata, ça ne pouvait qu’attiser la curiosité. Autant le dire tout de suite, Déclic Amoureux n’est pas un chef-d’œuvre qui déchaîne les foules. Par contre, il faut lui reconnaître quelques points assez positifs qui font que le livre n’est pas complètement dans les sentiers battus et que l’auteur est effectivement à surveiller.

Rien qu’au titre, on peut s’attendre à une histoire standard de la jeune fille innocente qui va trouver son prince charmant au terme d’une courte aventure, one-shot oblige. Que nenni ! Notre héroïne, Maki, est une kogaru qui prend en photos les culottes de ses camarades du lycée pour les revendre à une boutique en sous-sol fournissant quelques fétichistes en serviettes hygiéniques et culottes utilisées. Elle est un peu difficile à cerner au début tellement elle semble froide et en rupture avec le monde qui l’entoure. Son talent ? La photo dont elle ferait bien son métier mais ne sait pas trop comment y arriver. Les filles qu’elle côtoie en particulier Yumi, meilleure amie et modèle, semblent aussi en manque d’inspiration quant à ce que pourrait être leur avenir. C’est là qu’apparaît le prince charmant en la personne d’un photographe belle gueule dont les intentions ne sont pas clairement annoncées mais qui montre un intérêt tout particulier pour le travail de la jeune fille et pour le physique de son amie tout en essayant de relancer la carrière de Sai, sa compagne. La passion commune de Maki et Asai laisse présager un court instant un rapprochement. Un déclic amoureux peut-être… Et bien non, le déclic dont il est question n’est pas celui qu’on pense et c’est là que se fait la différence. Autant ne plus trop en dire et laisser aux futurs lecteurs le plaisir de la découverte des subtilités de ce récit sur une jeunesse qui cherche à se frayer un chemin dans la vie. Un peu d’humour pour détendre l’atmosphère parfois tendue, quelques passages transpirants la fraîcheur et pas mal d’énergie positive qui tire tout le monde vers le haut, rien de mieux pour faire oublier un peu les faiblesses de l’œuvre.

En effet, loin d’être parfait Déclic Amoureux souffre par moment de vides émotionnels. Ces moments où l’on ne se sent plus impliqué. Ce n’est pas que l’auteur n’y ait pas mis du sien, c’est simplement que les sentiments ne passent plus la barrière de papier. Du coup ça saccade un peu avant l’envolée finale. A cela il faut rajouter un style graphique un peu particulier qui en rebutera sûrement quelques-uns. A première vue, il y a un petit côté Fuyumi Soryo (sans doute le strabisme divergeant du à la symétrie du regard) mais c’est assez loin d’être aussi beau. Évacuons rapidement le problème des décors inexistants, ce qui est étonnant pour un shôjo, et des plans larges où quelques simplifications du dessin auraient pu être évitées, pour passer directement au cœur du problème : les visages. De face, ça rend plutôt bien, c’est souvent assez expressif et joli. De 3/4 et de profil, c’est « surprenant ». Les fronts sont fuyants, les bas de visages tassés et les mâchoires prognathes. Sans oublier les bouches. Impossible de ne pas les mentionner tellement elles ne peuvent passer inaperçues : ultra-larges, lèvres inférieures trop grosses, le tout pointant vers l’avant comme un bec de canard. Yumi est la seule à y réchapper. A la place, la pauvre hérite d’une bouche en cul de poule qui lui donne un air bête. Enfin ça va plutôt bien avec son côté rêveuse et idéaliste.

Toujours dans la catégorie déroutant, on peut aussi rajouter le découpage des planches. Au départ l’insertion des photos au beau milieu des scènes peut faire un peu fouillis. Globalement on est loin d’un découpage très carré à la Toriyama sans pour autant être au niveau du bazar organisé des planches de X. C’est entre les deux et ça reste parfaitement lisible malgré les nombreux chevauchements de cases. L’audace de l’auteur s’étend aussi sur les angles de vue très originaux qu’elle utilise dans certaines scènes. C’est peut-être cet aspect là plus que l’histoire en elle-même qui laisse présager plein de bonnes choses à venir.

NB : Un petit bonus pour les fidèles lecteurs de ce blog que je dois pouvoir compter sur les doigts d’une main. Juste au sujet d’un petit truc qui m’est venu tout de suite à l’esprit à la vision d’une case de ce manga. Ça n’avait pas trop sa place dans la critique ci-dessus alors je le mets là. Page 84, on voit la main de Maki en sueur, torturée par le déclencheur d’un appareil photo. Esprit mal tourné peut-être mais sachant que l’auteur a aussi écrit des Josei (manga pour femme adulte) érotiques, peut-être que l’image n’est pas si innocente que ça. Cette main transpirante a quelque chose de très « sexuel » qui me rappelle beaucoup celle de Deborah Kara Unger (souvenir lointain mais il me semble que c’est elle) dans Crash quand elle expérimente de nouvelles sensations sur la banquette arrière d’une voiture avec Elias Koteas. Peut-être pas si farfelu quand on voit l’intensité que l’héroïne met dans sa séance photo.

4 thoughts on “Avis : Déclic Amoureux de Mari Okazaki

  1. Elle n’est pas encore en ligne, prochaine mise à jour avec un pavé sur Ayashi no Cérès :) J’aime bien faire des avant-premières ici…

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