Writever de juin 2022 : La famille

Je viens tout juste de découvrir ce petit défi d’écriture sur Twitter et sur un coup de tête, je me suis lancée. Il s’agit d’un exercice de microblogging avec pas mal de contraintes. Chaque jour, il faut publier un court texte (max 280 sec, en pensant à inclure le numéro du jour et le hashtag #writever pour la visibilité) qui comprend le mot du jour (voir la liste en tête de ce post) tout en s’inscrivant dans un genre de l’imaginaire (SF, Fantasy, fantastique). Et comme les choses n’étaient pas assez compliquées, j’ai essayé d’inclure des proverbes et des citations autour du mot du jour quand je le pouvais et que ça collait avec mon histoire. Car, j’ai pris l’option d’écrire une histoire complète qui se développe au fil des 30 jours et que l’idée est venue d’un proverbe. À noter que j’ai tout écrit avant de commencer à poster, pour savoir où j’allais et pouvoir retravailler le début en fonction de mon avancée.

 

Voici ma contribution pour le mois de juin avec, en bonus, la liste des citations à la fin.

      1. Mes parents m’avaient appris à parler et le monde à me taire. N’y tenant plus et pour échapper à ce vœu de silence forcé, j’avais bruyamment claqué la porte de la maison en partant. Ce fut mon premier acte de rébellion.

      Ainsi commença ma nouvelle vie.

      2. Je n’avais jamais imaginé un instant que mon choix de m’installer au cœur des montagnes me pousserait à adopter un chat, mais avec la saison des accouchements, j’étais envahie de souris. Et dire que je pensais qu’il ne s’agissait que d’un proverbe…
      3. Maintenant que j’avais mon greffier attitré – un animal magnifique, bien qu’un peu plus grand que la moyenne – il me restait à espérer que notre mariage de raison prendrait bien, plutôt que mal, et que l’animal ferait son travail.
      4. Chose que les habitantes du village s’étaient bien gardées de me dire, c’est qu’entre les montagnes et les souris, il était question d’hérédité, et, là, nul moyen de m’insurger contre des milliards d’années. Souris un jour, caillou le lendemain.
      5. Et où l’on ne trouve rien comme repas, le chat ne revient pas. Je me retrouvais donc seule, avec des souris-cailloux sous le plancher, dans les murs, dans le grenier. Mon humble demeure menaçait maintenant de s’écrouler.
      6. J’avais souvent entendu dire qu’un foyer à soi est de l’or. Le mien n’était plus que ruine à cause de ces maudites montagnes et de ces maudites souris. Je trouvai alors refuge chez une vieille voisine en échange d’une unique demande : un croquis d’elle et sa famille.
      7. C’est là que je compris qu’il y avait des espèces de frayeurs qui ne se dissipaient que par des frayeurs d’un plus haut degré. Contre les souris-cailloux, je n’avais jamais eu aucune chance. Mon chat n’avait pas du tout la bonne taille pour arrêter l’invasion.
      8. La bête de la vieille mesurait bien 1,20 mètre au garrot, avait le poil aussi noir que la nuit et des yeux jaunes qui me fixaient avec intérêt comme si je fus le souper. La bête avait même un rejeton qui, tel père, tel fils, me donnait l’impression de voir double.
      9. Mon éducation artistique avait fait de moi une croqueuse modeste mais correcte. Comme tout portrait se situait au confluent d’un rêve et d’une réalité, je me mis à la tâche en faisant abstraction du tournant irrationnel que prenait ma nouvelle vie.
      10. La vieille était assise sur une chaise, ses bêtes l’encadraient. Tout s’était figé, hormis les pavillons de leurs oreilles, qui restaient très (trop ?) attentives aux crissements que mes crayons faisaient sur le papier.
      11. Il est curieux comme deux visages semblables, dont aucun ne fait rire en particulier, font rire ensemble par leur ressemblance. Plus je les regardais tous les trois, plus je la voyais, cette ressemblance. Elle m’amusa d’abord, puis me glaça le sang d’un coup.
      12. Tout drame inventé reflète un drame qui ne s’invente pas. Mes yeux comprenaient quelque chose que mon cerveau refusait encore de croire. Comment cela pouvait-il être seulement possible ?
      13. Flairant ma panique grandissante, ce fut le père qui bougea le premier et vint se placer devant la seule issue de la pièce. J’étais piégée et je repensais immédiatement au souper. C’est alors que la vieille s’exprima : « Je vais tout t’expliquer. »
      14. Elle m’indiqua une chaise, me servit une infusion et entama son récit :
      — La croyance à certaines vérités n’est venue à toutes que parce qu’elle est d’abord venue à quelqu’un. Ce quelqu’un fut la première habitante d’un village où ne vivent que des femmes.
      15. » Il ne peut s’agir à proprement parler de notre ancêtre à toutes, aucune de nous n’étant liée aux autres par le sang, mais nous la considérons pourtant comme telle. Elle fut la première, nous sommes d’une certaine façon ses filles.
      16. » Je veux que tu comprennes bien que notre secret est l’écrin de notre bonheur. Ce secret, je vais te le révéler, mais sache qu’il est déjà trop tard, tu ne peux d’ores et déjà plus quitter ce village.
      17. » Je suis une vieille femme maintenant, et cette bête que tu vois là, à mon côté, est mon cadet. Il est la chair de ma chair. Mais ça, tu l’avais déjà compris. Ton changement d’expression quand tu nous dessinais t’a trahie. Tu as reconnu l’air de famille.
      18. » Le temps des retrouvailles avec mon ancêtre est proche. Je vais bientôt devoir partir et mon mari me suivra dans la tombe, car nous sommes un depuis bien longtemps. Mais avant, je voulais que mon cadet trouve une partenaire de vie. Toi.
      19. » Comme je l’ai dit, je suis vieille et mon cadet n’est plus si jeune. Se reproduire devient une nécessité, et l’inceste nous est interdit. Fort heureusement, tu es arrivée. Nous t’avons accueillie les bras ouverts, nous t’avons offert une maison. Nous t’attendions.
      20. » Demain, je mourrai. Sereinement. Car tu es là maintenant. Ce n’est pas tellement triste, un enterrement. Il suffit qu’il y ait un peu de soleil dessus et tout le monde est content. Et les montagnes veilleront sur moi à jamais.
      21. » Toi, d’ici quelques mois, tu deviendras mère. Tu verras, ce n’est pas douloureux. Ils sont si petits à la naissance. Il te faudra juste faire attention aux dents et aux griffes, mais tu apprendras vite. Et les autres femmes seront là pour t’aider.
      22. » Je vais d’ailleurs te confier cette maison qui m’a été transmise par les parents de mon mari et que tu transmettras à la femme d’un de tes fils un jour. C’est ainsi que les choses doivent se passer. Ce village est nôtre et il le restera à jamais.
      23. Sur ces mots, elle se tut, se leva et alla chercher un livret qu’elle me tendit. Je l’ouvris avec précautions et y découvris une très longue liste de prénoms. Depuis combien de temps ces femmes subissaient-elles cette malédiction ? Cent ans ? Mille ans ?
      24. Trois lettres écrites en capitales à la fin de chaque ligne accrochèrent mon regard : GPA. Je les pointais du doigt à la vieille qui pointa à son tour la tasse sur la table. Celle que j’avais bue en l’écoutant.
      25. — Galega officinalis, Psilocybe cubensis, Atropa belladonna. L’alliance de ces trois plantes et champignons est essentielle pour tolérer nos différences biologiques avec nos maris et nos enfants. Tu devras en boire matin, midi et soir.
      26. » Tu sais comme on peut plier une jeune branche, mais pas un vieil arbre. Au début, tu ne pourras pas t’en passer, à moins de souhaiter affronter fièvre et vomissements, mais plus le temps passera, moins tu en auras besoin.

      Puis je me sentis partir.

      27. Le lendemain, il y eut une grande cousinade et une cérémonie d’adieu. À cette occasion, je retrouvai mon chat, qui n’en était pas du tout un, j’avais fini par le comprendre. C’était le fils d’une habitante qui n’avait pas encore atteint sa taille adulte.
      28. En fin de journée, la vieille but son ultime tisane : Aconitum napellus, Drimia maritima et Nerium oleander (ADN) et s’éteignit, entourée par toute la communauté. Elle précéda son partenaire d’une vie dans l’autre monde de quelques minutes seulement.
      29. Ainsi commença ma nouvelle vie avec la bête. Ou devrais-je dire mon mari, dorénavant. Il me tenait chaud la nuit et dévorait les souris par centaines aux saisons des accouchements des montagnes.
      30. L’idée d’un divorce m’avait effleurée bien sûr, mais la tisane avait aidé. Nous n’étions qu’un désormais. Enfin, plus pour longtemps. Pour mon plus grand bonheur, j’attendais une portée. Bientôt, il nous faudrait faire venir d’autres jeunes femmes en rébellion.

Liste des proverbes et citations :

  • Jour 1 : « Nos parents nous ont appris à parler et le monde à nous taire. » – Proverbe tchèque.
  • Jour 2 : « La montagne qui accouche » d’une souris – Jean de la Fontaine.
  • Jour 3 : « Le mariage est une greffe : ça prend bien ou mal. » – Victor Hugo dans Les Misérables.
  • Jour 4 : « S’insurger contre l’hérédité, c’est s’insurger contre des milliards d’années, contre la première cellule. » – Emile Cioran.
  • Jour 5 : « Où l’on ne trouve rien comme repas, le rat ne revient pas. » – Proverbe allemand.
  • Jour 6 : « Un foyer à soi est de l’or. » – Proverbe danois.
  • Jour 7 : « Il y a des espèces de frayeurs qui ne se dissipent que par des frayeurs d’un plus haut degré. » – Cardinal de Retz (Jean François-Paul de Gondi).
  • Jour 8 : « Tel père, tel fils. – du latin : « qualis pater, talis filius« .
  • Jour 9 : « Tout portrait se situe au confluent d’un rêve et d’une réalité. » – Georges Perec dans La vie mode d’emploi.
  • Jour 11 : « Deux visages semblables, dont aucun ne fait rire en particulier, font rire ensemble par leur ressemblance. » – Blaise Pascal.
  • Jour 12 : « Une œuvre sincère ne saurait être plus condamnable qu’un cri. Tout drame inventé reflète un drame qui ne s’invente pas. » – François Mauriac.
  • Jour 14 : « La croyance à certaines vérités n’est venue à tous que parce qu’elle était d’abord venue à quelqu’un. » – Antoine de Rivarol.
  • Jour 16 : « Le secret est l’écrin du bonheur. » – Alice Ferney dans La Conversation amoureuse.
  • Jour 20 : « Ce n’est pas tellement triste, un enterrement. Il suffit qu’il y ait un peu de soleil dessus et tout le monde est content. » – Jacques Prévert dans Les Enfants du paradis.
  • Jour 26 : « On plie une jeune branche, mais pas un vieil arbre. » – Proverbe belge.

Pour ce qui est de mes décoctions de plantes, j’ai fait des mélanges dangereux pour obtenir deux effets. Un effet psychotrope pour G.P.A. avec Psilocybe cubensis (champignon hallucinogène) et Atropa belladonna (Selon P. Delaveau, il existe une hypothèse selon laquelle le sabbat des sorcières serait en fait un délire atropinique. Pour se rendre au sabbat, la sorcière chevauchait un manche enduit d’onguent. La résorption au niveau de la vulve, plus intense et plus rapide, aurait entrainé un délire hallucinatoire (lévitation, transport dans un autre lieu, vision du diable)). J’ai jugé bon de rajouter un peu de Galega officinalis pour « soigner diverses affections, comme les fièvres pestilentielles, les piqûres d’insectes et les morsures d’animaux venimeux » et « le traitement d’appoint de l’insuffisance de sécrétion lactée ».
Mon mélange A.D.N. a quant à lui un effet létal avec Aconitum napellus, Drimia maritima et Nerium oleander. Le cœur n’y résistera pas. L’histoire ne dit pas si c’est bon au goût…

 

Note finale : Je me suis laissée porter par mon histoire de montagnes, de souris et de chats, et ce n’est qu’après coup que j’ai compris que j’avais écrit sans le vouloir une histoire de sorcières. Comme quoi, le subconscient travaille de façon bien curieuse parfois.

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