Djinns, tome 1 : L’Héritier des sables de Keliane Ravencroft

Avis chapitrés

Présentation de l’éditeur : Pour conserver sa place au palais, le prince Ceylan décide de succéder à sa mère et de prendre place sur le trône. Même si cela implique d’épouser le vainqueur d’un tournoi organisé par le Conseil.
Ildrys est un jeune homme mystérieux, dont l’éternel sourire se veut aussi énigmatique que ses intentions.
Entre les deux, la méfiance est de mise et les tensions ne tardent pas à apparaître. Mais les dangers sont légion et la vie de Ceylan menacée.
Résolus à unir leurs forces pour élucider les mystères qui se trament au sein d’Alberial, Ildrys va initier Ceylan à un monde qu’il ne connaît pas : celui de la magie et des djinns.

Note : SP lu pour le compte de RCS.

Avis : Entrer dans l’histoire ne fut pas une mince affaire. Certes, la mise en place de l’univers, des personnages et des enjeux prend souvent du temps, mais ce temps paraît tellement long ici. D’autant plus que le lecteur quelque peu exigeant sur la forme viendra buter régulièrement sur des tournures de phrases maladroites, des mots pris pour d’autres et, hélas, des fautes qui sont autant de freins à son avancée. Il faudra donc se montrer un peu tenace pour passer le début parfois trop naïf, quitte à le survoler. Pour être honnête, s’il ne s’était agi d’un service presse, il est à peu près certain que l’ebook me serait tombé des mains. Heureusement, tout s’accélère vers la moitié du livre, au moment où les deux héros quittent le palais pour se rendre au royaume de Huánjìng. C’est alors un festival de scènes d’action, de démonstrations de magie et de révélations qui porte le lecteur jusqu’à la fin. En parallèle, avec les masques qui commencent à tomber, les deux personnages principaux gagnent en consistance. Ildrys, qui était déjà fort charismatique, semble vraiment être le protagoniste le plus solide de l’histoire. Face à lui, Ceylan est un peu plus ambivalent. Son passé est intéressant et dévoile un aspect assez inattendu du personnage, mais il ne semble pas raccord avec celui qu’il est devenu et que l’on découvre au début de l’histoire. Difficile en tout cas de ne pas l’imaginer comme la rencontre de Bilal Hassani et d’Arya Stark dans une dynamique de uke/seme avec Ildrys.

Pour ce qui est de l’aspect romance justement, la fluidité de genre du prince, autant dans le corps que dans l’esprit, est un gros plus. L’autrice incorpore de manière très simple des éléments modernes et engagés. Un héros gender fluid pansexuel, ce n’est pas tous les jours qu’on en croise dans la littérature (presque) grand public. Ce qui est encore plus plaisant, c’est que son mariage avec un homme est accepté sans être moqué. Les implications de ce mariage portent plus sur la place que cela assigne à Ceylan dans la hiérarchie. Il est d’ailleurs assez curieux qu’à la suite de cette union, un parfait inconnu se retrouve avec les pleins pouvoirs du jour au lendemain, alors que son épouse, qui est la pièce maîtresse de l’échiquier (Alberial est un royaume matriarcal), est visiblement cantonnée à un rôle diplomatique et de représentation, mais pas de décision. L’histoire d’amour en elle-même est en tout cas assez classique dans sa forme, mais suffisamment bien fichue pour qu’on s’y attarde. On y retrouve des moments de doute et d’apprivoisement, des conflits, de la jalousie, de la confiance et des scènes où la température monte pour jouer sur la frustration de tout le monde. Et il y a surtout un appui marqué sur la notion de consentement dans le couple. Ce qui est toujours top.

L’Héritier des sables est un livre à mi-chemin entre la fantasy et la romance pansexuelle. Malgré un univers original très documenté et des intrigues à la cour bien construites qui donnent lieu à quelques très beaux retournements de situations, il pèche par sa mise en place longuette qui pourrait en décourager plus d’un. De plus, l’écriture de l’autrice n’est pas encore tout à fait au niveau des histoires qu’elle veut conter, mais sa marge de progression est évidente. Mon impression générale est donc très mitigée : il y a du très bon, du moyen et du perfectible. La suite sent néanmoins plutôt bon.

Note : L’appendice ajouté en fin de tome pour donner au lecteur des informations sur les sources d’inspiration de l’univers oriental du livre aurait pu être plus court. Les éléments de vocabulaire en mandarin pour s’adresser à un empereur, un prince ou un enfant permettront sans doute aux quelques qui ont des notions de prononciation de réviser leurs tons. Pour les autres, c’est peut-être un peu superflu. D’autant plus qu’il y a déjà des notes de bas de page aux bons endroits.