Demi-vie, tome 1 : Rupture de Magali Laurent

Avis chapitrés

Présentation de l’éditeur : La vie à temps partiel. Un mois d’éveil pour un mois de sommeil. Tel est le prix à payer pour survivre dans la Nouvelle Cité mondiale. Tout juste âgée de seize ans, Ysia doit quitter ses parents et devenir une Citoyenne à part entière. Beaucoup de changements rendent sa nouvelle réalité difficile : sa superviseuse est une femme froide et intransigeante, l’un de ses collègues l’épie pour une raison qu’elle ignore, et l’état de santé de son amie Kat se dégrade à vue d’œil, tout comme celui des autres habitants de son quartier. Et si tout cela était lié ? Que manigance le pouvoir en place ? Et qui est Driss, cette personne vivant à contretemps d’Ysia et partageant sa chambre ? Le Jardin où habite la jeune fille est une mécanique qui a fait ses preuves, mais quand l’intelligence artificielle au service des Citoyens se met à dérailler, c’est tout le système qui bascule. La rupture est proche. Le monde tel que le connaît Ysia touche peut-être à sa fin.

Note : SP lu pour le compte de RCS.

Avis : Rupture est le premier tome d’une trilogie dont l’intégralité est déjà disponible au Canada francophone. L’autrice finalise actuellement le premier opus d’un spin-off. La France, quant à elle, verra les tomes arriver progressivement au cours du second semestre 2021, à compter du 15 juillet.

Les prémisses de cet univers sont alléchantes au possible. Il suffit de lire la quatrième de couverture pour s’en convaincre. L’idée même de cette vie à temps partiel est vraiment originale et prometteuse, et a beaucoup d’implications pour les personnages. Par exemple, certains ne peuvent mécaniquement jamais se croiser, car ils vivent à contretemps et l’héroïne de seize ans n’en a en fait vécu que huit… Pendant que la moitié de la population dort, l’autre moitié travaille pour la communauté et tout le monde fournit de l’énergie pour alimenter la machine qui fait tourner ce monde. En échange du labeur et de l’énergie fournis, les Citoyens gagnent à peine assez pour manger, se laver et acheter des programmes sur leur clairécran, l’implant imposé à tous à l’âge de 16 ans et dont on devine qu’il ne sert pas seulement à se divertir. Voilà posées les bases de cette dystopie plutôt engageante et bien pensée, si l’on peut dire.

Puis, vers le premier tiers du livre, quand le monde se met à dérailler, on commence à perdre de vue cette bonne idée de départ. L’attention se reporte alors sur l’intelligence artificielle qui régit tout et qui, visiblement, cafouille. On abandonne donc assez rapidement cette part d’originalité pour rentrer dans une dystopie beaucoup plus conventionnelle, qui évolue d’abord en vase clos pour ensuite, on le devine d’ores et déjà, nous mener à l’extérieur du Jardin, vers une vérité cachée. Bien sûr, tout n’est pas prévisible et il y a même quelques retournements de situation bien sentis çà et là qui laissent supposer que la suite saura sortir des chemins tout tracés par moments. Les personnages fonctionnent bien dans l’ensemble, même si leur psychologie aurait pu être plus développée. À noter que celui de Driss s’en sort mieux que la plupart, ce qui en fait d’emblée un favori.

Malgré quelques bons moments et de très bonnes idées, ce titre conviendra peut-être plus aux adolescents qui n’ont pas encore trop de points de comparaison et ne s’attarderont pas sur un style d’écriture assez simple et sans fioritures qui privilégie l’efficacité sur le plaisir des mots que certains peuvent rechercher dans leurs lectures. La critique féroce mais bien vue des écrans qui hypnotisent les masses et isolent les individus pourrait même amener à réfléchir un peu les jeunes lecteurs. Rupture se lit donc sans déplaisir, et surtout très vite, mais il manque un petit quelque chose pour en faire un livre qui se dévore et qui fait frétiller les doigts en attendant le suivant. À réserver au public cible donc : à partir de 12 ans.