Toute à vous de Maïa Brami

Avis chapitrés

Présentation de l’éditeur : Depuis qu’elle l’a surpris en train d’enlever son t-shirt devant sa fenêtre, Stella fantasme sur son voisin d’en face. Installée aux premières loges, elle écrit des lettres enflammées à cet homme dont elle ignore tout et qui, c’est certain, ne la lira jamais. Alors elle s’en donne à cœur joie, s’inventant mille scenarii et livrant ses réflexions, drôles et pertinentes, sur les hommes, les femmes, le cinéma, le désir, le sexe et tout le reste…

Avis : Les premières pages auraient pu faire penser au récit de la relation sinistre d’une stalkeuse avec son voisin ; ce qui aurait été un choix très curieux pour cette collection qui « se pose résolument du côté du plaisir et de l’exploration libre et multiple que nous offrent nos corps ». Fort heureusement, il suffit d’arriver à la troisième page et de lire cette malencontreuse histoire de foin et de poils pour comprendre que le ton va être beaucoup plus léger. Le lecteur ne sera d’ailleurs jamais à l’abri d’un éclat de rire au détour d’une page. Là où le livre se montre encore plus malin, c’est qu’en ôtant la vue à l’homme désiré, la jeune femme construit leur histoire fantasmée à l’abri de la pression sociale qui pèse sur les corps à travers son hypervisibilisation sur les réseaux sociaux et dans les magazines. L’homme est aveugle et c’est presque une bonne chose. Cela permet à Stella de ne plus être en recherche de validation visuelle, puisqu’il ne pourra jamais la lui donner, ni lire son courrier d’ailleurs. Et ça suffit à libérer son imagination. Ses fantasmes de lui et avec lui se développent alors avec tout un répertoire sensoriel qui ne prend plus en compte la vue. Dans ses lettres, elle met en valeur le toucher, l’ouïe, l’odorat, le goût et c’est ce qui apporte énormément de sensualité à l’histoire. Entre des bas de soie et autres pancakes au sirop d’érable, elle raconte le cinéma qu’elle aime et se voit déjà être sa guide dans cet autre monde qui échappe à sa perception. Cette situation particulière la pousse à réfléchir et à déconstruire sa conception de la relation à l’être aimé, ce qui ne peut que l’enrichir ici.

Hélas, malgré ses 120 pages, le livre est déjà trop long. Il est difficile de savoir quelle sera la chute à l’avance, car il est évident tout du long qu’il y aura une chute, une surprise, un événement pour clore l’histoire en beauté, mais elle est finalement très décevante. Peut-être cela vient-il d’un défaut d’attachement à la narratrice, ou d’une lassitude à lire ses divagations ? Peut-être est-ce dû au fait que ses déductions imaginaires se révèlent finalement toutes justes ? En tout cas, les bonnes impressions des premières pages s’évaporent très vite. Ce qui est dommage parce que l’idée et l’intention étaient bonnes, Maïa Brami a de l’humour, des choses à dire et des idées à transmettre, mais le format choisi atteint rapidement ses limites. De plus, la collection Ardeur s’adresse, selon sa présentation, à un public adolescent. Ici, l’héroïne a la vingtaine et l’impression qui reste en fermant le livre, c’est celle d’un vieux souvenir de mes 15 ans quand je lisais 20 ans ou Jeune et Jolie l’été : des magazines qui donnaient la fausse impression aux jeunes filles d’être plus vieilles qu’elles ne l’étaient vraiment. Je n’ai jamais cru un instant que ça pouvait intéresser les plus de 20 ans. La sensation de déconnexion est, ici, la même. Le problème principal avec Toute à vous, c’est donc sans doute de ne pas vraiment arriver à déterminer pour qui il a été écrit.

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