Le Goût du baiser de Camille Emmanuelle

Avis chapitrés

Le Goût du baiser de Camille Emmanuelle Quatrième de couverture : Cette année de première s’annonce particulière pour Aurore : à la suite d’un accident de vélo, elle vient de perdre le goût et l’odorat. Au lycée, elle fait tout pour cacher ce handicap, invisible aux yeux des autres. Mais en réalité, ce trouble s’avère plus envahissant que prévu, surtout quand Antoine, un garçon sur lequel elle fantasme depuis des mois, semble enfin s’intéresser à elle. Privée de deux sens sur cinq, Aurore a soudain le sentiment que son propre corps lui est étranger. Comment poursuivre une vie sexuelle à peine amorcée quand on ne sent rien, pas même sa propre odeur ?
Une histoire d’amitié, de plaisir, de désir, de colère transformée en force et de réappropriation du corps. Celle d’une jeune femme portée par une joie de vivre farouche et communicative.

Avis : Avant de parler du livre en lui-même, il paraît judicieux de dire deux mots de la collection dans laquelle il sort. L’Ardeur, aux éditions Thierry Magnier se définit en trois mots : lire, oser, fantasmer. L’idée derrière est de proposer aux adolescents des textes sans faux-semblants qui leur ressemblent et leur parlent en abordant un thème un peu touchy : leur sexualité, qui occupe, qu’on le veuille ou non, une part importante du maelstrom hormono-émotionnel propre à cet âge. Avec Le Goût du baiser, Camille Emmanuelle inaugure cette collection avec brio.

Le lectorat hors du public cible aura peut-être un peu de mal avec les premières pages. Il y a le phrasé d’abord, très « parlé », avec un usage des virgules un peu crispant pour un correcteur, et puis, il y a les flashbacks qui sont laborieux et freinent la lecture. Heureusement, une fois le cadre posé, l’histoire s’ancre dans le présent et tout devient beaucoup plus fluide. Même si elle est une adolescente de 16 ans comme il y a en a des milliers, Aurore prend magnifiquement vie. Ses erreurs, ses angoisses et ses questionnements font immanquablement remonter des souvenirs d’un passé plus ou moins lointain. Son problème, loin d’être anodin, stimule immédiatement l’empathie, car il peut toucher n’importe qui à n’importe quel âge. La pratique de la boxe que choisit Aurore pour se redonner de l’élan ne parlera sans doute pas à tout le monde, mais c’est ce qu’elle représente symboliquement qui compte par-dessus tout, c’est-à-dire l’empowerment, qui permet de se relever plus fort et de reprendre sa vie en main. L’histoire très touchante fonctionne vraiment bien et se dévore en un rien de temps, sans doute grâce à une bonne dose d’universalité qui happe littéralement le lecteur.

Pour peu que l’on soit familier du travail de Camille Emmanuelle, il n’est pas difficile de reconnaître sa patte et ses convictions distillées partout dans le livre. Elle a des messages à faire passer et elle s’y prend bien. En choisissant la voix de Bintou, la super copine féministe qui passe un temps fou à se documenter, elle transmet un maximum d’informations sur la sexualité, le clitoris, le plaisir féminin, les injonctions, le consentement, le comportement des garçons et plus encore. Elle recadre et dézingue à tout va et n’hésite pas à répéter pour que le message rentre. Ça fait tellement plaisir à lire que, n’hésitons pas à le dire, c’est jouissif. Même les scènes de sexe ne mentent pas : il y de l’humidité, des odeurs, des maladresses, des questionnements, des peurs, de grosses erreurs de jugement, du parasitage mental et du temps qui s’arrête pour être à l’écoute de l’autre. Qu’on ne s’y trompe pas, il n’est pas question ici de proposer des écrits érotiques à visée masturbatoire à des adolescents, il n’y a rien d’excitant dans ces passages, il y en a même un particulièrement délicat ; par contre, il y a de la réalité. Il ne s’agit pas de l’idéalisation absurde d’une relation romantique débutante. Il y a aussi bien tous les papillons dans le ventre qui en font le charme que toutes les interrogations qui viennent la polluer. Comme dans la vraie vie.

Bien sûr, ayant plus l’âge de l’autrice que celui d’une adolescente, il est difficile de savoir comment le livre sera reçu par le public cible. En tout cas, il est presque dommage que le livre soit déconseillé aux moins de 15 ans (âge légal oblige), car il est nettement plus sain et instructif que n’importe quel porno auquel un enfant de 10 ans peut être confronté en ligne. Malgré l’avertissement de rigueur, ce livre peut (et doit) être mis entre des mains plus jeunes, garçons comme filles, si les parents jugent que c’est compatible avec leur maturité intellectuelle. Il ne contient rien qu’ils n’auraient été susceptibles de voir ailleurs. Alors, n’hésitez pas : achetez-le et lisez-le, puis passez-le à votre ado. Si vous n’arrivez pas lui parler de sexualité, laissez Camille Emmanuelle s’en charger.

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