Love 3D de Gaspar Noé

Avis en 24 images/s

love_poster Synopsis : Un 1er janvier au matin, le téléphone sonne. Murphy, 25 ans, se réveille entouré de sa jeune femme et de son enfant de deux ans. Il écoute son répondeur. Sur le message, la mère d’Electra lui demande, très inquiète, s’il n’a pas eu de nouvelle de sa fille disparue depuis longtemps. Elle craint qu’il lui soit arrivé un accident grave.
Au cours d’une longue journée pluvieuse, Murphy va se retrouver seul dans son appartement à se remémorer sa plus grande histoire d’amour, deux ans avec Electra. Une passion contenant toutes sortes de promesses, de jeux, d’excès et d’erreurs…

Avis :
Encore un film dont l’aura sulfureuse et le buzz cannois donnent une bien mauvaise idée a priori. Un peu comme Drive de Refn était vendu par sa bande-annonce comme un film d’action façon Transporteur, Love ne peut pas vraiment se résumer à ses scènes crues filmées en 3D, et encore moins à un porno. Comme son titre l’indique, il s’agit bien d’une histoire d’amour avant tout, qui s’inscrit plus dans la directe lignée d’un Intimité de Chéreau ou d’un 9 Songs de Winterbottom. Étrangement, public comme presse semblent majoritairement déçus. Pas assez de sang, de sperme et de larmes sans doute…

Une anecdote de tournage dit que le script de Love ne fait que sept pages. Ce qui est fort possible. Le synopsis plus haut résume bien toute l’intrigue en tout cas. Rien de bien original donc, à part peut-être le montage antéchronologique qui permet de déconstruire l’histoire d’amour de la rupture brutale jusqu’au moment de la rencontre aux Buttes-Chaumont, en passant par tous les faux-pas, moments passionnels/fusionnels et les balbutiements. Le film est loin d’être un puzzle compliqué à reconstituer et ne présente donc pas forcément beaucoup d’intérêt de ce point de vue-là. Sans parler qu’émotionnellement, la sauce ne prend jamais vraiment. À part peut-être un sentiment de dégoût face au gâchis de cette relation classique mais néanmoins jolie. Au moins, la couleur est annoncée dès le début : ça finit mal.

Ce qui vaut le détour par-dessus tout, c’est la forme du film, pour peu que l’on s’intéresse à l’aspect technique. Car la vraie bonne idée est d’avoir réalisé Love en 3D, et, comme pour Avatar, il gagne à être vu en 3D (sans ça, vraiment, passez votre chemin). Noé a su jouer avec l’outil, la profondeur de champ et les lignes de fuite. La caméra ne se permet pas de grands mouvements brusques, elle se pose et filme. L’action est nette au premier plan et au centre. Les acteurs se déplacent, dansent, avancent et reculent ; dans une pièce, le chambranle de la porte devient même un second cadre très présent dans l’image. Et ce jeu avec les possibilités offertes par la 3D sert complètement le film, son rythme et la sensation d’immersion dans les scènes, ce qui réussit à rendre l’intimité du couple plus palpable. Ce n’est pas forcément dans les scènes de sexe que l’effet est le plus saisissant d’ailleurs, même si le trio avec une autre femme fonctionne particulièrement bien. Et bien sûr, Noé n’a pas pu résister à l’irrésistible : l’éjaculation face caméra en gros plan qui, elle aussi, déborde du cadre (ce qui change des bonbons qu’ils volent au ras du nez, c’est sûr) et a fait couler pas mal d’encre à elle toute seule. Ça paraît de bonne guerre.

Il peut être aussi ludique de trouver les éléments de mise en abyme glissés un peu partout dans le film, avec notamment la remarque du personnage principal, réalisateur en herbe, qui se fait l’écho de l’intention de Noé avec ce film :

Do you know what my biggest dream in life is? My biggest dream is to make a movie that truly depicts sentimental sexuality. / Je veux réaliser un film qui montre enfin que la sexualité peut être aussi sentimentale.

Voilà, tout est là. Peut-être que le jour où la critique arrêtera de jouer la carte de la fausse pudeur, le regard sur le sexe et l’intimité filmés commencera à changer dans le cinéma et la société, car il n’y a rien de bien choquant dans la plupart des scènes de sexe du film. C’est juste l’histoire d’un couple dont la femme ne garde pas son soutien-gorge quand elle fait l’amour et ne part pas avec le drap pour aller aux toilettes, laissant l’homme nu avec les coussins. Ah, et elle a des poils pubiens aussi… Outrage visuel ultime. Et puis, puisqu’il semble nécessaire de le rappeler aux bien-pensants, il n’y a aucune obligation à voir le film et ce qui se passe dans celui-ci est autrement plus sain que ce que pourrait découvrir un jeune de 16 ans par lui-même sur Internet et qui ne sera certainement pas encadré par un regard d’adulte. Sans parler que ce qu’essaye de faire ce jeune couple, c’est fonder une famille et avoir des enfants… un processus qui inclut aussi du sperme, du sang et des larmes.

I want to make movies out of blood, sperm and tears. This is like the essence of life. I think movies should contain that, perhaps should be made of that.

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