11 février 2017

L’Homme qui marche de Jirô Taniguchi

Note : Avis préalablement posté sur CinémAsie le 16 septembre 2013 avec la note contemplative de 4/5.

Avis : S’il est bien un manga de Taniguchi qui n’est pas si simple à appréhender qu’il n’y paraît, c’est bien L’Homme qui marche. Comparé à Quartier lointain où le lecteur peut se permettre de rester passif et se laisser porter par le scénario, ici, il faut accepter le défi de se glisser dans la peau du personnage principal, de faire l’effort de voir avec ses yeux. Sans ça, le livre doit perdre une grande partie de sa saveur et paraître bien ennuyeux.

Comme avec les haïkus, il est fort probable qu’aucune sensation ne ressortira des scènes si aucun lien intime ne se fait avec le lecteur. Heureusement, les situations sont suffisamment communes pour évoquer quelque chose chez la plupart d’entre nous. La première neige de l’hiver dont on a presque l’impression de sentir l’odeur, ce bout de paysage qui retient notre attention au détour d’une rue et qui devient soudain un endroit pour lequel on éprouve une inexplicable affinité et que l’on veut s’approprier à sa façon.

L’homme qui marche vient d’emménager et part à la découverte de sa nouvelle ville. On ne connaît pas grand-chose de l’un comme de l’autre, mais est-ce important ? C’est l’occasion pour lui de retrouver des choses familières lui rappelant son enfance, de partager des moments avec les gens qui l’entourent et surtout avec la nature. Un moyen de construire des souvenirs propres à cette ville aussi. Toutes ces situations donnant lieu à de grands instants de poésie, de bonheur et de sérénité où le temps semble s’arrêter pour mieux être dégusté. Les silences prennent alors un sens nouveau souvent très touchant. Et pour ça, Taniguchi n’a pas eu à inventer des scénarios alambiqués. Simplicité de l’histoire pour un dessin maîtrisé d’une grande précision semble être le seul tour de magie réalisé par l’auteur. Âmes insensibles s’abstenir.

16 août 2014

Daisy, lycéennes à Fukushima de Reiko Momochi

daisy-01Avis également publié le 16 août 2014 sur CinémAsie.com avec la note de 4,25/5
Présentation de l’éditeur
Depuis le terrible tsunami qui a frappé Fukushima, Fumi n’ose plus sortir de chez elle. Trop inquiète pour sa santé, à cause des éventuelles radiations émises par la centrale. Pourtant, en dernière année de lycée, il faudra bien qu’elle se décide à retourner en cours. Mais est-il seulement possible de recommencer à vivre et de faire comme si de rien n’était, quand même une simple pluie représente la menace d’une contamination radioactive ? Heureusement, elle pourra compter sur Moé, Ayaka et Mayu, ses trois meilleures amies. Ensemble, elles comptent bien profiter de la vie, et surtout sortir toutes diplômées du lycée ! Elles décident alors de créer un groupe de musique, Daisy, pour se redonner du courage. Mais très vite, la réalité les rattrape et…

Avis
Tout est dans le titre ou presque : Daisy, lycéennes à Fukushima… après le 11 mars 2011, date du séisme qui fut suivi par un tsunami destructeur et l’accident nucléaire que l’on connaît. Le Japon et le monde entier se retrouvent en état de choc face à la catastrophe, la question du nucléaire est à nouveau soulevée un peu partout. Puis le temps passe et, aujourd’hui, même le Japon est sur le point de relancer quelques réacteurs.

La ville de Fukushima se situe à environ 60 kilomètres de la centrale, c’est là qu’habitent les héroïnes de Daisy. Il s’agit d’une zone qui n’a pas été évacuée en urgences malgré les vents qui ont porté la radioactivité dans sa direction, et malgré la demande pressante des habitants. Alors qu’il est impossible de rester dans certains parcs plus d’une heure, que les enfants sont gardés à l’abri des maisons, que la pluie est crainte parce qu’elle rabat la radioactivité au sol et qu’il faut sans arrêt racler la terre pour la mettre dans des sacs dont on ne sait quoi faire, comment ne pas avoir envie de fuir loin de là ? Faute de pouvoir quitter la ville, il leur a donc fallu s’adapter. Ce manga en deux tomes s’appuie sur des témoignages bien réels recueillis à Fukushima et les quatre lycéennes vont alors servir de vecteurs, de fils conducteurs et de témoins de l’après-Fukushima. Ou comment, au moment du choix crucial de l’orientation à la fin du lycée qui est synonyme de futur, elles vont se retrouver à remettre leur avenir en perspective et se demander ce que signifie être une habitante de Fukushima ? À leurs yeux, aux yeux de leurs concitoyens et aux yeux du reste du Japon.

Toute l’angoisse des habitants de la ville transpire à travers de simples questions : partir ou rester ? Pour quelles raisons ? Et à quoi bon ? Est-on vraiment en sécurité à Fukushima ? Le riz est-il comestible ? Et le lait ? Peut-on croire les autorités et le gouvernement qui se veulent rassurants ou s’agit-il d’un mensonge de plus qui contredit la réalité sur le terrain ? Autant de questions sans réelles réponses qui, aujourd’hui encore, hantent les esprits. la vérité, c’est sans doute que nous ne saurons pas avant des années, quand les cancers de la thyroïde auront vu leur nombre exploser, que l’on pourra dénombrer les morts de ceux qui ont tout perdu, y compris l’espoir.

De la lecture de Daisy, il ressort un sentiment mitigé. Aucun rapport avec la qualité de l’histoire ou du dessin – au contraire, il faut lire ce manga -, mais parce qu’il en émane un message tellement positif, tellement empli d’espoir, qui donne envie de se battre pour ce pour quoi on croit, que la chute ne pourra qu’être plus rude et amère lorsqu’elle aura lieu.

8 août 2014

Avis : Love Hina de Ken Akamatsu

love_hina_01Initialement publiée sur Cinemasie le 27 avril 2004 avec la note de 3,5/5.
Présentation de l’éditeur : Un amour de pension !

Keitaro, 19 ans, est un étudiant raté, mal à l’aise avec les filles et comble de malchance ses parents l’ont mis à la porte ! Il se retrouve devant l’hôtel de sa grand-mère, esprant que celle-ci l’accueillera. Mais surprise ! L’hôtel est devenu un pensionnat pour jeunes filles et sa grand-mère est partie en lui en laissant la charge ! Entouré de jolies demoiselles qui le traîtent comme un larbin, il garde un objectif en tête : intégrer la prestigieuse université de Tokyo pour enfin tenir la promesse qu’il a faite il y a bien longtemps…

Avis : Ayé, le 14ème tome est sorti et il était grand temps que cette histoire touche à sa fin. LE manga à succès d’Akamatsu déjà décliné en série, OAV, roman et autres éléments de merchandising divers et variés peut enfin regagner le fond de mes étagères.

lovehinamanga10Pourtant, elle démarrait très bien cette comédie romantico-comique pour garçons avec sa flopée de personnages hauts en couleur. Enfin, surtout les filles parce que le rôle de Keitaro est quand même censé cibler le jeune Japonais un peu brêle en amour, rêvant sans doute de se retrouver au beau milieu d’un harem de petites amies potentielles. Et c’est surtout tellement plus drôle et musclé que les interminables histoires à l’eau de rose de Katsura. Que de franches rigolades à voir Keitaro voler vers l’infini et au-delà à la suite d’un coup de poing rotatif de Naru, que de situations cocasses et complètement inimaginables, que de détails qui font sourire cachés dans le décor. En plus la trame de l’histoire est bien fichue et on ne cessera d’encourager notre petit couple dans leur volonté d’entrer à Todai ensemble. Sauf qu’aux alentours du tome 9, il y a comme qui dirait un début de ras-le-bol. L’histoire commence à s’enliser franchement. L’auteur ne sait plus quoi inventer pour que l’intrigue rebondisse le plus longtemps possible, si bien que ce tout et n’importe quoi devient vite lassant. Les cinq derniers tomes demandent plus du courage qu’autre chose pour être lus et c’est bien dommage. Ça gâche franchement la si bonne impression qu’avait laissée le manga jusqu’alors.

lovehinamanga11Par contre, la chose qu’on ne pourra pas reprocher à Akamatsu, c’est son dessin soigné et une parfaite maîtrise de son chara-design. L’auteur se permet même de leur faire prendre un coup de vieux particulièrement réussi dans le dernier tome. Les décors sont bien loin de n’être que des arrière-plans. D’ailleurs, qui ne voudrait pas passer un petit week-end dans la pension Hinata tellement elle a l’air sympathique ? Alors, bien sûr, on pourrait facilement dire qu’Akamatsu, avec sa forte attirance pour les petites culottes (quand les filles sont habillées tout du moins) et les grosses poitrines, joue la carte du racolage facile (Fanservice, es-tu là ?), mais il faut avouer que c’est souvent présenté avec beaucoup d’humour et jamais tout à fait gratuit. Double plaisir pour le lecteur donc. Tout du moins au début puisque, comme pour le reste, la politique de la surenchère sévit au bout d’un moment dans le seul but de garder le lecteur tout coalgan dans le nez, mais sans doute moins amusé.

Finalement, ça n’a pas eu l’air de gêner la gent masculine alentour, public cible à l’origine. Pour ma part, je trouve que trop c’est trop et que malgré un succès évident, les éditeurs japonais feraient bien se retenir d’user certaines histoires jusqu’à la corde. Chose rare, la série TV s’en sort du coup bien mieux que la version papier.

3 avril 2014

La Tour fantôme, tome 1 de Taro Nogizaka

La tour Fantome T1_Couv Présentation de l’éditeur : En 1952, une vieille femme fut retrouvée, les os brisés, attachée aux aiguilles du cadran d’une horloge au sommet d’une tour.
Deux ans plus tard, Taïchi Amano est victime de la même agression, dans ce lieu qu’on surnomme désormais la « Tour fantôme ». Mais il est sauvé in extremis par Tetsuo, un garçon étrange en quête d’un trésor lié à l’inquiétante tour. L’appât du gain entraîne alors Amano dans une aventure aussi inattendue que dangereuse…

Avis : Une femme dans le gris d’Alice Muriel Williamson, roman de la fin du XIXe siècle n’a eu de cesse au fil des années d’inspirer les auteurs (Ruiko Kuroiwa, Edogawa Ranpo) et les réalisateurs (James Vincent, Kôzô Saeki). Au Japon, hormis les diverses adaptations et réinterprétations libres, il aura aussi donné naissance à un feuilleton télé et un autre radiophonique, ainsi que le présent manga signé Taro Nogizaka : La Tour fantôme.

Taïchi, héros sans grandeur, raté, veule, volontiers menteur et sans le sou, a développé une fascination certaine pour les romans policiers, les magazines pour adultes et le meurtre mystérieux de la tour fantôme. Sa rencontre avec Testuo, être aussi androgyne qu’énigmatique, va le placer au cœur même d’une intrigue dont il ne mesure absolument pas les réels enjeux. Poussé par des sentiments peu nobles (avidité, envie) et son désir de plaire à une jeune femme inaccessible, il prend part à ce jeu de manipulation à plusieurs niveaux dans lequel il est encore bien difficile de déterminer qui manipule qui exactement.

Ce premier tome a le mérite de poser de façon efficace les jalons pour la suite. Sur fond de chasse au trésor, l’ambiance se fait rapidement malsaine et inquiétante ; aucun personnage ne semble digne de confiance et même Taïchi n’est pas des plus sympathique. Il ne serait d’ailleurs pas étonnant de voir la noirceur aller crescendo dans les tomes à venir. Graphiquement, le style est plaisant, les visages jolis et expressifs, mais l’abus de gros plans et de plans moyens semble servir avant tout à masquer quelques problèmes de proportions, notamment au niveau des mains. Même si ce titre est un seinen, l’auteur aurait par ailleurs pu s’abstenir de glisser des éléments assimilés à du fan service qui n’apportent rien à une histoire qui se suffit très bien à elle-même. Heureusement, il en faudra plus pour faire renoncer à la lecture de la suite d’ores et déjà annoncée pour le 21 mai 2014. Une affaire à suivre.

Avis également publié sur Onirik.net

15 octobre 2012

Avis : Codename Sailor V de TAKEUCHI Naoko

Présentation de l’éditeur : Dynamique et enjouée, Minako Aino brille par son talent en sport, mais beaucoup moins dans ses études ! Comme toutes les adolescentes, elle s’intéresse essentiellement aux histoires de cœur…jusqu’à ce qu’elle rencontre Artemis, un chat bien mystérieux, qui va changer son destin : il lui révèle qu’elle est en réalité une guerrière née sous la protection de Vénus et qu’elle a pour mission de faire régner la paix et la justice. En ouvrant son poudrier magique, elle se transforme en Sailor V, la justicière en uniforme ! Elle doit désormais défendre la Terre contre des ennemis qui veulent asservir puis faire disparaître le genre humain. Découvrez Sailor V, série à travers laquelle Naoko Takeuchi va poser les bases de son futur grand succès, Sailor Moon.

Avis : La phrase importante à retenir de la présentation de l’éditeur est sans doute celle-ci : « Découvrez Sailor V, série à travers laquelle Naoko Takeuchi va poser les bases de son futur grand succès, Sailor Moon. » Traduction : « Ceci est un brouillon expérimental pour les fans qui veulent vraiment savoir d’où vient Sailor Moon. » En insistant bien sur le public cible : les fans. La lecture de Sailor V, qui ne compte pourtant que deux tomes dans cette réédition, s’avère être un véritable calvaire pour les autres.

Certes, il s’agit d’un shōjo, il est presque normal de revoir ses attentes à la baisse quand on est déjà bien adultes et qu’on a passé l’âge, mais il y a des limites à l’intolérable. Le ton employé par l’auteur, qui semble s’adresser à des gamines de 8 ans, est niais au possible. L’héroïne en devient totalement insipide (déjà que la pauvre est blonde…). Si encore les intrigues n’avaient pas été bâclées, ce mauvais choix aurait presque pu être passée sous silence, mais le côté répétitif des histoires (un ennemi vient venger le prédécesseur déchu), les raccourcis scénaristiques et la quasi absence de fil conducteur rendent le tout encore plus pénible à lire. Les pages se suivent, se ressemblent, et ne passent jamais assez vite. Seuls les deux derniers chapitres viennent relever le niveau et donnent un peu de profondeur à Minako. Ça arrive juste beaucoup trop tard.

Même graphiquement, l’auteur tâtonne beaucoup. Les planches sont chargées, encombrées de petites étoiles, petits cœurs et autres décors fleuris ; ça déborde d’une case sur l’autre et il y a de l’abus de trame dans l’air. On est loin du style plus épuré de Sailor Moon. C’est fort dommage, car, à côté de ça, elle a un beau coup de crayon et ses personnages ont une véritable identité visuelle. En dehors de ce côté fatiguant, ça permet cependant de bien se rendre compte des progrès de Takeuchi, tout en gardant à l’esprit que la réédition de Sailor Moon a été retravaillée entre temps.

Codename Sailor V est vraiment à réserver aux fans pur sucre. Ou aux gamines de 8 ans. Mais pas aux autres, ni à ceux qui n’aiment pas les chats. Surtout quand le chat porte un nom féminin alors qu’il s’agit d’un mâle ; ça porte trop à confusion. Dans tous les cas, il vaut mieux oublier ce mauvais moment aussi vite que possible et se concentrer sur les histoires de lapins, de Lune et d’homme mystère, bien plus prometteuses.

(Publiée sur CinémAsie le 13 octobre 2012)