11 septembre 2016

Politique d’achat

Balade dans le rayon BD de ma librairie favorite hier. Ouverture de quelques ouvrages pour regarder à quoi ça ressemble ; on n’est jamais à l’abri d’un coup de cœur soudain dans une librairie après tout. Ah tiens, y a un Bastien Vivès mis en avant : La Boucherie. Une réédition. Bastien Vivès, ça dépend des jours. J’aime plus ses histoires que son coup de crayon. J’ouvre, je regarde. Beaucoup de blanc et des tâches de couleurs au milieu. Ça, ça va se lire très très très vite, y a pas photo. Je referme, je retourne. 20 €. Pour 108 pages. Le Amélie Nothomb de la BD (que je n’achète plus depuis des années à cause de la taille de police toujours plus grosse choisie par son éditeur). Y a peut-être une chouette histoire, mais le dessin, ça ne passe pas. Si la bibliothèque municipale l’a en stock, la pilule passera mieux. Et je pourrais dire pareil du Guide du mauvais père de Guy Delisle que j’avais déjà taclé ici.

51wzmer-ll La Boucherie

BD suivante : Shangri-la de Mathieu Bablet, un chouchou dont j’adore les décors, on dirait du Otomo. Lui, je savais que j’allais l’acheter depuis que j’ai eu vent du projet. L’objet-livre est très beau, l’intérieur, ben, c’est Bablet quoi ! Je regarde le prix, 20 €. Pour 222 pages. Et quand je dis pages, ce ne sont pas des pages pleines de blanc avec un peu de couleur au milieu. Pour le coup, c’est étonnement peu cher.

417bxcuqd3l Shangri-la

Et ce matin, grâce à un article du Courrier International, je découvre des extraits de Kobane Calling de Zerocalcare, un récit fort peu joyeux sur les combattants kurdes qui m’a l’air, par contre, fort instructif. 23 €. Pour 288 pages. Sans doute un futur achat.

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Moralité : plus il y a à lire et à regarder, plus je sens que ça va m’occuper, plus je suis susceptible d’acheter une BD. D’où mon attrait certain pour les « romans graphiques » sans doute.

4 avril 2014

Polina de Bastien Vivès

polinaPrésentation de l’éditeur : Très douée pour la danse, la petite Polina Oulinov est sélectionnée pour suivre les cours de Nikita Bojinski, un maître d’une exigence absolue, à la fois redouté et admiré.
Au fil de son enseignement, qu’elle suit des années durant, Polina devenue jeune fille développe avec son mentor une relation complexe, entre antagonisme et soumission – et finit par le quitter pour explorer de nouvelles expériences artistiques, en toute indépendance. Plus tard, devenue vedette internationale dans sa discipline, la jeune femme prendra toute la mesure de sa dette à l’égard de ce maître aussi difficile que lumineux.

Avis : C’est plus fort que moi, je trouve que Bastien Vivès fait péteux sur lui. Oui, c’est un a priori et c’est comme ça. Il m’aura fallu ouvrir mon esprit très grand avant de faire de même avec Polina. Surtout que je n’avais pas été franchement séduite par son « truc » sur la blogosphère. Autant dire qu’il m’en coûte, mais je l’admets : j’ai beaucoup beaucoup aimé l’histoire de Polina. Le parcours de cette jeune danseuse que l’on suit de son enfance jusqu’à l’âge adulte est étonnamment bien vu. D’ailleurs, peu importe qu’elle soit danseuse, il s’agit avant tout du portrait criant de vérité d’une jeune femme qui se construit, passe par différentes étapes, laisse des portes ouvertes, en ferme d’autres, change, avance dans la vie, pour enfin atteindre une forme d’accomplissement, de sagesse et d’épanouissement. On le devine, ce n’est pas la fin de son histoire, mais, au moment de refermer le livre, il est assez évident qu’elle est sur le bon chemin et qu’elle a un bel avenir devant elle. Ce qui est une sensation assez rare qui laisse une encore meilleure impression.

Le gros problème reste quand même le dessin bien top minimaliste, surtout pour une BD sur la danse – art ô combien exigeant – qui nécessiterait naturellement plus de précisions et de détails. Pour le coup, ça se lit un peu comme un manga, c’est à dire vite, beaucoup trop vite, en ne prenant en compte que la notion de mouvement, parce que le reste n’a pas grand intérêt. C’est dommage, ce n’était pas loin du sans fautes, mais visuellement, il m’en aurait fallu plus.

Et par curiosité, il semblerait que ce soit la vidéo ci-dessous qui ait inspiré l’auteur :

31 octobre 2013

Quai d’Orsay. Chroniques diplomatiques de Christophe Blain et Abel Lanzac

quaidorsayPrésentation de l’éditeur : Avec Quai d’Orsay, dont voici l’intégrale, Abel Lanzac et Christophe Blain nous font pénétrer dans les coulisses agitées du ministère des Affaires étrangères : quand la politique fait rire…

Dans les deux tomes de Quai d’Orsay, nous suivons Arthur, le nouveau conseiller en charge du langage du ministre Affaires étrangères, qui tente de se familiariser avec les mécanismes du pouvoir, les subtilités de la diplomatie et de la politique, et la personnalité singulière d’Alexandre Taillard de Vorms… Arthur, l’ensemble des conseillers et le directeur de cabinet essaient de garder le cap malgré le tourbillon des crises internationales et des coups de tête du ministre.

Avis : Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé n’est absolument pas fortuite. Le quai d’Orsay période Villepin, c’est comme si on y était. Et pour cause, Abel Lanzac, scénariste sous pseudo, y était justement à cette époque. Au détour d’une page, les alter egos sur papier de Dominique de Villepin, Jacques Chirac, Colin Powell, et sans doute d’autres pour les plus initiés, sont parfaitement reconnaissables. Mais l’idée derrière cette BD n’est pas de faire une caricature facile et/ou de régler des comptes. Au contraire, le but premier est de montrer l’envers du décor du ministère des affaires étrangères en suivant l’arrivée et la mise sous haute pression d’entrée de jeu d’Arthur, conseiller et plume politique. Il va devoir composer avec un ministre que l’on découvre très rapidement comme éternellement insatisfait et changeant au possible, et trouver sa place dans l’équipe de choc qui l’entoure. Le baptême du feu d’Arthur fera couler autant de sueurs froides dans le dos du lecteur que dans celui du personnage et donnera le ton pour la suite. Tacatacatac ! Vlon !

Vu comme ça, par le petit bout de la lorgnette, c’est fascinant de regarder évoluer le personnage grandiloquent du ministre et de découvrir les rouages de la politique internationale et de la gestion des crises diplomatiques. Les mains du lecteur sont tellement plongées dans le cambouis qu’il en oublierait facilement de faire le rapprochement avec les situations bien réelles de l’époque et surtout qu’il y a d’autres ministères à côté de ce ministère-là. Le président n’est d’ailleurs qu’une ombre la plupart du temps. L’impression de vase clos qui cadrent l’histoire pour aller à l’essentiel ne se fait toutefois pas ressentir, tant l’attention est captée ailleurs. Le top du top ? L’éclairage apporté sur ces événements revécus dans le détail, notamment ce fameux discours à l’ONU, en faisant quasiment abstraction de tout une part plus large du contexte, est réellement captivant. Il y a du rythme, du suspense, une vraie tension qui se dégagent des cases. En contre partie, certaines situations frôlent tellement les frontières du réel qu’elles réussissent, par leur côté totalement absurde, à susciter des sourires voire de francs éclats de rire. Car oui, en plus, c’est drôle.

Une chose est sûre, il vaut mieux être spectateur/lecteur qu’acteur de cette BD, et peut-être même du monde politique tout court. Surtout quand le principal intéressé dit lui-même :

Pour être franc, la BD est même un coup en dessous de la réalité.

On n’ose imaginer…

31 mai 2013

Un Printemps à Tchernobyl d’Emmanuel Lepage

Un printemps à TchernobylPrésentation de l’éditeur : 26 avril 1986. À Tchernobyl, le cœur du réacteur de la centrale nucléaire commence à fondre. Un nuage chargé de radionucléides parcourt des milliers de kilomètres. Sans que personne ne le sache… et ne s’en protège. C’est la plus grande catastrophe nucléaire du XXe siècle. Qui fera des dizaines de milliers de victimes. À cette époque, Emmanuel Lepage a 19 ans. Il regarde et écoute, incrédule, les informations à la télévision.
22 ans plus tard, en avril 2008, il se rend à Tchernobyl pour rendre compte, par le texte et le dessin, de la vie des survivants et de leurs enfants sur des terres hautement contaminées. Quand il décide de partir là-bas, à la demande de l’association les Dessin’acteurs, Emmanuel a le sentiment de défier la mort. Quand il se retrouve dans le train qui le mène en Ukraine, où est située l’ancienne centrale, une question taraude son esprit : que suis-je venir faire ici ?

Avis : Il doit y avoir à Tchernobyl ce même poids qui pèse aussi sur Hiroshima : le poids de l’histoire. Celui dont on ne peut prendre la pleine mesure qu’en s’y rendant par soi-même. C’est ce qu’a fait Emmanuel Lepage grâce à une association d’artistes engagés contre le nucléaire. Le but initial était de faire un compte-rendu dessiné et le projet donnera Les Fleurs de Tchernobyl, cosigné avec Gildas Chasseboeuf. Mais il y a aussi eu une expérience personnelle forte qu’il ne pouvait pas garder pour lui et qui se transformera en ce Printemps à Tchernobyl. L’ouvrage de grandes dimensions (32×23 cm) et épais (168 pages) retrace le voyage d’un point de vue beaucoup plus intimiste, revenant sur des interrogations, sur des constats de première main. Lepage retranscrit à merveille sa perception du poids du drame que porte encore cette région et ses habitants, souvent sans avoir à rajouter la moindre bulle de commentaire. De manière surprenante, le lecteur découvre que la vie continue sans s’encombrer vraiment de savoir si la zone est sale ou non. Le dessin au teint gris-brun se transforme alors en magnifiques planches aux couleurs éclatantes.

Tchernobyl, c’est beau ? Doit-on se sentir coupable de ce sentiment ? […] Ce qu’il a fallu expliquer pied à pied, c’était que beau ne veut pas dire bien.[1]

L’auteur partait là-bas sans vraiment savoir ce qu’il allait y trouver. Il a d’abord eu ce besoin de confronter l’idée à la réalité. Ce qu’il a ramené est surprenant à plus d’un titre. Bien sûr, on ne peut pas lire Un Printemps à Tchernobyl aujourd’hui sans penser à Fukushima, et au traumatisme similaire qui va planer sur toute une population et tout un pays pendant les dizaines d’années à venir. C’est finalement la mise en perspective de ces deux événements intolérables et dramatiques qui donne une nouvelle dimension à ce témoignage. Un incontournable du 9ème art dont la profondeur déborde littéralement des cases.

[1]Citation tirée de l’interview donnée par Emmanuel Lepage à du9 en octobre 2012.

Cet avis a été également publié sur Onirik.

24 février 2013

Le Bureau des complots de Jérémy Mahot

bureaudescomplotsPrésentation de l’éditeur : Le bureau des complots est une agence secrète qui se place au-dessus de tous les gouvernements. Son nom ne vous dit rien. Et pourtant, il sait tout de vous, de quoi demain sera fait, et programme chaque événement. Le 11 septembre ? Rien n’a été laissé au hasard. Henry, l’un des membres du bureau, vous plonge au cœur du secret et dévoile le quotidien cynique de ces mystérieux hommes de l’ombre…

Avis :
Vous vous êtes toujours demandé ce qu’il s’était réellement produit le 11 septembre 2001, et d’ailleurs ça vous réveille encore la nuit, 12 ans plus tard. Comment quatre avions ont pu être détournés et deux d’entre eux finir dans les tours jumelles de Manhattan ? Comment presque personne (Oublions un instant Bigard et Marion Cotillard) n’a cru aux théories fort bien argumentées de Thierry Meyssan ? Et par dessus tout, vous vous demandez encore pourquoi (Oui ! Pourquoi !) le World Trade Center numéro 7 s’est écroulé ce jour-là ? Ne cherchez plus. La réponse est là, dans le Bureau des complots de Jérémy Mahot.

Les planches en niveaux de gris respectent religieusement une composition invariable : 6 cases. Les personnages en forme de demie-gélule sont comme des Monsieur Patate sur lesquels viennent se greffer toute une gamme d’accessoires qui servent à les différencier et à les reconnaître. Les décors sont géométriquement chatoyants pour les yeux. Le tout est généré par ordinateur, et, en feuilletant l’ouvrage, il est assez difficile de savoir à quoi s’attendre exactement.

Sous leurs airs un peu rigides de gélule rigolotes, les personnages sont en fait des agents secrets qui influent sur le monde pour protéger les intérêts de quelques hommes de l’ombre bien mystérieux. Et le 11 septembre, c’était eux ! En tout cas, c’est ce que Jérémy Mahot essaye de démontrer. Il profite de l’occasion pour ressortir les théories du complot les plus populaires de 2001 afin de toutes les mettre en relation les unes avec les autres. Le résultat est une histoire aussi abracadabrante qu’extraordinairement absurde et drôle qui en plus pourrait tout à fait avoir un fond de vérité, car, comme chacun sait : plus c’est gros et mieux ça passe. Les petites gélules ont su organiser l’événement qui a marqué la planète longtemps à l’avance et en ne laissant aucun détail de côté. Le plan était parfait, il a fonctionné et le reste fait maintenant partie de l’histoire. Un terrible secret se cache dans la tour numéro 7 du World Trade Center et c’est la pierre angulaire qu’il manquait pour enfin comprendre. Merci donc à Jérémy Mahot pour cette grande révélation et ce grand moment de franche rigolade. Pour le reste, il faudra attendre la levée du secret militaire dans quelques siècles pour savoir.